Skip to main content

Full text of "Chanteclair"

See other formats



CARNINE LEFRANCQ 


LE jour DE L’AN 


« Un tas de pauvres qui donnent a un tas de men- 

_ diants » Telle est encore la meilleure definition des 

arennes. Mais comment nous soustraire ^ “^ronVTrer- 
morialqui nous cause des depeii.tc cxafce.Lcs, I n > "t perspective? 

cevons que nous avons une annee de plus... ou une aiinee 

Sans compter que cc jour nefaste est le plus 
soiivent accompagne de gel, de neige, de pluie ou 
vent. Les statistiques maeorologiques rappellcnt que 
le jour de I’an le plus froid du siecle passe hit le 
I'-''janvier 1833. 

Un dessin de Victor Adam, public a cette date thins 

leC/itirmari, nous montre les Parisieiis devant le thcr- 
inometredel’ingenieur Chevalier, qui, comme arennes 
anxParisiens, indiquait seize degres au-dessous de zero. 

La chalcur des souhaits combat, il est vrai, les^ 
rigneiirs de la tempaatnre. Comment se souaiaiie 
a mi usage qui remonte aux premiers temps de Home, 
alors que le roi sabin Tatius, au dire des chioni 
ques, recevait, le premier jour de 1 annee, la vci veine 
du Bois Sacre de la Basse Strenice; epoque ou, des 
la plus haute antiquite, on echangcait des cadeaux, 
des Dieux de bois ou d’argent, gateaux de miel, 
pieces de monnaie ou fetiches, aecompagnes des plus 
tendres souhaits. II est a noter qu’a Rome, c etait les 
petites gens qui offraient aux grands, et siirtout a 
i’Empereur, ties etreiines qui aaient ohligatoiies. 

Le premier jour de I’aii ii’a pas toujours 
le Icr janvier. 


Q.2. ,,, J, ,1 ,,, I,,,,f J, J,,,, I,,, J, J,,,, I,,, 








CHANTECLAIR 


Romulus avail fait commeucer I’aunec, ii 
Rome, le 1“'' mars; Cesar reprit, apres 
Xuma, la date du 1“’' janvier. Charlemagne 
fixait le premier jour de I’an au I'a’ mars. 

Le Christianisme essaya de proscrire les 
ctreunes, souvenir d’uii culte ahominable. 
L’anatheme et I’excommuiiicatiou etaient 
pronouces contre ceux cpii celehraient en¬ 
core les calendes de janvier par des danses, 
des mascarades et des cadeaux. Aux fetes 
paj'ennes, on substitua des reunions, a 
I’epoque dePaques; c’etait, en elfet, Paques 
qui, jusqu’au milieu du .xvi'- siecle,. mar- 
quait le premier jour de I’annee. 

Charles IX re'stitua au pi’ janvier I’hon- 
ueur d’ouvrir le cycle des 363 jours. 

Et depuis, grands et petits 
out toujours offert les etreuues 
consacrees; sous Louis XIV, 
les maitresses et les favo¬ 
rites en recevaieut^ de 

pour les gens de cour 
line facon de plaire au 

cadeaux pour M'>‘r de 
Montespan! On don- 
uait aux laquais, aux 

suisses, aux servi- 

« Le comte de Gram- 
mont, dit Tallemant 
des Rcaux, n’est pas 
autremcnt liberal ; 

gucnilrd!uit.''”s>s 
vingt-quatre violous alle- 
rent une fois lui donner 
ses etrennes. Apres qu’ils 
eurent bieu joue, il mit la tete a la feuetre : 

« Combien etes-vous, messieurs ? — Nous 
« sommes viugt, monsieur. — Je vous 
(I remercie tons viugt « bien humblement. » 
Et il referma la feuetre. » 

Le cardinal Dubois, qui etait d’une ladre- 
ric legcudairc, cut, sous la Regencc, un mot 
aussi fameux. A uu maitre d’hotel qui recla- 
mait ses etrennes, il repondit : 

— « Maraud, je te doune tout cc que tu 
ni’as vole pendant I’annee. » 

Les avares out toujours etc soupconnes 
de cboisir pour mourir la dernicre semaine 
de decembre; on connaTt Tepitapbe : 


mort la veille de I’an, 


La Revolution, qui guillotina pas mal 
de monde, essaya de couper le cou au jour 
de I’an. Elle n y parvint pas ; trop de 
gens etaient interesses a recevoir des 
etrennes. 

Le Gouvernement republicain de 1792 
decreta que I’annee commenccrait le jour 
ou le soleil franchit le point equinoxial d’au- 
tomne, et ce jour qui se trouvait etre le 
22 septembre 1792, fut appele « l<a- Vende- 
miairc de I’an I de la Republique. » 

Les Encj'clopedies nous disent que I’usage 
des etrennes cst repandu en tons pays, meme 
^ ’ ' ' « la veille du jour de I’an, 





la mere fait cadeau a son fils d’u 
fille, grasse de preference, et qu’il n’epouse 
que jusqu’au lendemaiu seule- 
ment. Au matin, on apprete la 
mariee en civet, en daube 
ou a la broebe; puis on 
la serf, entouree de persil 
ou de cresson, a son 
epoux, dans uu diner 
de gala, ou sont invi¬ 
tes les parents et 
amis. Ccla s'appelle 
diner avec « les 
[ fa- 


LE BAISER DU JOUR DE L'AN 




Le jour de I’an, 
c’est I’epoque des sou- 
baits et des visiles, 
dcs lettrcs et des 
compliments. C’est 
le petit garcon qui 
dans la chambre pater- 
uclle, en chemise, recite : 


IS demandent les miennes... 

C’est I’eternelle banalite dcs lettres, tou¬ 
jours les memes. Deja, Madame de Sevigue 
se plaignait de leur ]}latitude. « Desesperee 
de ees lettres de bonne anuec, ecrit-clle, il 
me prend envie de souhaitcr tonte sorte de 
guignon a ceux a qni j’ecris, pour varicr un 
peu la phrase... » 

A Paris, le jour de Fan, ce sont les ba- 
raques sur les boulevards, coutumc nee en 
1789, supprimee par la Revolution, reprise 
plus tard; joie des cnfants et sujet de me- 
contentement pour les commercants qui 
craignent une concurrence pourtant peu 
redoutable; ce sont Ics magasins, oil se 


Ces quatre petits v( 
Ces quatre petits vi 
Ces quatre petits vi 
Ces quatre petits vi 











Lc Doctcur Aristide VALASSOPOULO, d’Alexandrie 





CHANTECLAIR 


presse la foule, rues encombrees, cochers 
tledaigneux, cohue uu peu partout, sauf 
pourtant dans les theatres : les recettes 
haisseiit dans les salles de spectacle d’une 
facon reguliere pendant la premiere semaine 
de I’annee; apres avoir dehourse pour les 
etrennes, les Parisiens n’ont momeutane- 
raent plus le sou pour leurs plaisirs! 

Les visites officielles se repetent, avec 
line invariable monotonie, jadis aux Tuile- 
ries, aujourd’hui a I’Elysee. Autrefois, c’etait 
les aubades de tambours dans la cour du 


postales. A-t-on souvent anuonce la mort 
de la carte de visite! Elle naquit un jour 
ou un visiteur delicat, ehoque de ue trouver 
que registres crasseux et plumes^ cpoiutees 

son nom sur un carre de papier, qu’il don- 

Puis les artistes creerent de jolies cartes, 
ornementees, charmautes, au xvm'= sieele, 
avec une profusion de guirlandes, de colom- 
bes, de sujets mytbologiques et de petits 
amours percant des ccEurs. Ne nous mo- 



LES CARTES DE VISITE SOUS LOUIS-PHILIPPE 


Carrousel, ou I’Empereur passait une revue. 
Mais que ce soit Louis XVIII, Charles X, 
Louis-Philippe, Napoleon III, M. Thiers ou 
M. Fallieres, que la reception se passe au 
Louvre ou a I’Elysee, ce sont les memes 
sourires, les memes voeux, les memes decla¬ 
rations de devouement inalterable des fone- 
tionnaires, qu’il s’agisse de la famille royale, 
de la famille imperiale ou de la prosiierite 
de la Republique. 

... Void les facteurs ecrases sous le poids 
des cartes de visite, sans compter les cartes 


quons pas : nous usons souvent de cartes 
postales moins spirituelles. 

En 1835, la mode etait aux cartes de 
visite a encadremcnts de deutelles! Aujour¬ 
d’hui, le simple « bristol )) est en usage ct 
a son utilite. 

Les cartes de visite, en Chine, sont pro- 
portionnees a I’importance du personnage a 
qui on les adresse. C’est ainsi qu’un ambas- 
sadeur anglais recut un jour du vice-roi du 
Petcbili uue carte de visite en papier rouge 
de telle longueur qu’elle eut suffi a entourer 
du baut eu has la colonne Veudome. 









CHANTECLAIR 


Auiourcl’hul, le facteur offre ties calen- 
driers, dores pour les patrons, modestes 
nour ies culsiiiieres. Autrefois, le jour de 
fan voyait eclore les (( Almanaehs predisant 
,, le beau temps, la pluie, la gelee, les tem- 
« petes, les meteores et les recommanda- 
<( tions pour eouper les cheveux, les ongles 
« et prendre medecine ou se faire saigner 
(( en tel ou tel temps ! » 

« Tous ces jolis Almanaehs, ecrivait 
Mercier, passent de 
main en main, puis 
meurent des le mois 
de fevrier : on ne 
concolt pas ce que 
devient cette espece 
de marchandise qui 
separpille dans les 
innombrables p o - 
ches des grisettes; 
car toute fille a un 
Almanacb ehantant 
qu’elle recoit au jour 
de fan, )> 


seul, helas, differe 
des autres et est 


La nuit du 31 de- 
cembre 1870 au 
1““' janvier 1871 fut 
sinistre a Paris. Le 
canon grondait aux 

remparts ; le general Trochu presidait 
au Louvre un conseil de guerre on « 1 on 
« decidait qu’avant de poser les armes, 
« on executerait une nonvelle et derniere 
« operation offensive )). 

« — Pauvre annee ! ecrivait Francis 
Magnard, tu commences bien tristement, et 
les voix joyeuses qui accueillent la bonne 
annee n’auront pour toi ni souhaits, ni sou- 
rires. Longtemps, longtemps, les enfants se 
rappelleront I’annee sans etrennes, I’annee 


ou leur pere attendait aux avant-postes, 
sous une brise glacee, le danger et la mort, 
ou la mere etait assise pres de la cheminee 
sans bois, sans avoir pu acheter pour les 
petits les friandises de Pan nouveau... 


Et pourtant, par 


1 froid de dix degres 



(les gazettes nous le disent), la foule en- 
combrait les boulevards, ou appai-aissaient 
comme de coutume, eclairees par de me- 
chants quinquets, les boutiques du !<!■• Jan¬ 
vier. Les papas, en 
costumes de gardes 
nationaux, acbe- 
taient pour les en¬ 
fants des sabres et 
des trompettes d’un 
sou! Les dames se 
faisaient des visites, 
ecbangeaient des 
souhaits pour « des 
temps meilleurs » 
et dans les restau¬ 
rants on soupait avec 
des rats en salmis 
et des rosbifs d'ele- 
phant du Jardin des 
Plantes. 

Tout cela est loin. 
La generation qui 
n’a pas vu la guerre 
ne peut se douter 
de tant de choses 
lugubres. 


Aujourd’hui, Paris 
est illumine. 

Jamais, dit-ou, on 
et jamais 


ete plus pauvi 


depense autant d’argent. C est loigie 
accoutumee de fleurs et de jouets de cho- 
colats et de marrons glares, de cadeaux et 
de voeux « toujours sinceres ». 

Chanteclair ne peut se derolier a 1 an¬ 
tique usage et, selon 
la formule, j’adn * 


/r 


teurs ses souhaits les ■ 
plus chaleureux. 


j=0: 


PREFEREE AUX SIMILAIRES 

Ayant prescrii la Gamine Lefrancq depuis son apparition, je smstres 
satisfait de cet excellent produit et ne manque pas de le prescrire e pre 
rence a tous les similaires. Docteur Camille Tournier, Paris. 


























CHANTECLAIR 



SANS SIMILAIRE D’ACTION. 

Je recommande la CARMINE LEFRANCQ, comme une preparation de choix, 
sans similaire d’action, voire meme de bon marche ; et je le fais avec Une absolue 
confiance depuis que, vous en ayant demande 10 flacons pour un malade, j’ai constate 
que deux avaient suffi pour obtenir la suppression de sueurs profuses, I’abaissement 
de la temperature et une prompte convalescence. De plus, ce qui n'est pas a dedai- 
gner, ce jus de viande est d’un gout agreable, mele a la boisson. 

Docteur Gabarret, Captieux, (Gironde). 








CHANTECLAIR 


Le Docteur Aristide VALASSOPOULO 

d’Alexandrie 



‘ De retour a Alexandrie, il est nomme medecin r 
chef d’line ambulance an corn s de I’epidcmie de cholera 
(Ic 1883. Deux aunees plus tard, il devient medecin 
ordinaire de I'Hopital grec d’Alexandne et arrive en 
1900 au poste de medecin-chef de cet etablissement. 

En meme temps que clinicien, le Docteur Valas- 
sopoulo est un epidemiologiste distingue; et ses 
fonctions en un centre ou se rencontrent les ma¬ 
ladies pestilentielles qui nienaeent 1 Europe out hxe 
particiilierement son attention sur 1 etude de la 
neste, du cholera et du typhus. 

L’Hopital gree d’Alexandrie repond d ailleurs, 
par son installation, a ces preoccupations d’hygiene 
internationale ; il est cn effet pourvu d un labora- 
toire bacteriologique, d’une salle de radioscopie, d u. 
pavilion d’isolement pour les maladies contagieuses, 
d'une buandei-ie mecanique, etc. , „ • i- 

En 1900, I’Academie de Medecine de Pans ilecerna 
an Docteur Valassopoulo le prix Alvarenga pour une etude 
snr la peste d’Alexandrie de 1899; au Coiigres >"‘=dica du^^^ 

Caire i presenta un rapport fort interessant snr le typhus h.lieux ou icteic intccticux 

* iLs 1. r:,; r.,v; rt ,i„.. .u^ 

MU I’opothciap.e hepal.qnc. su. la pathogeme de la pneumonie pcsteuse, sui les icsultats 

""SSs^S"r’irGi.ee au Conseil OU^ntenaire de reg^.^cDteim ^ D 
Ligue egyptienne contre la tuberculose, le Docteur Valassopoulo etait, en 1907, 
correspondant de la Societe medicale des Hopitaux de Pans. 


PORTRAIT-CHARGE. Anne 
seringues pour la serotherapie, lancetl 
tiomblon, le docteur Valassopoulo ccarl 
Au fond, Esculape et Hippocrate si 


;nal de la prophylaxie des maladies 


de I'Europe les epidemies asiatiques qv 
.•ent leur fils d’un regard bienveillaiit. 


LA MEILLEURE DES SIMILAIRES. 


NE SE REJVIPLACE PAS. 


Je liens 4 vous adresser mes eloges pour 
votre excellente Carnine Lefrancq que je com¬ 
mence seulement 4 connattre et i prescrire. C’est, 
a mon avis, la meilleure des preparations simi- 
laires, si tant est qu’il en existe de similaires. 
Elle a surtout cet avantage de pouvoir etre 
employee a tous les ages et dans toutes les 
affections dependant d’un affaiblissement de 
I’organisme. 

Docteur Lacambre, Nantes. 


La Carnine Lefrancq est un medicament mer- 
eilleux qui ne saurait etre remplace par aucun 
utre. C’est sur mol que j’en ai fait I’expdrience, c est 
■ous dire si je suis edifie sur sa valeur et les 
ucces qu’on peut en attendre. 

La Carnine seule suffit pour relever les etats 
leurastheniques et, en un mot, tons ceux prove- 
lant de la consomption. Depuis cette constata- 
:ion, je la prescris couramment h mes clients. 

Docteur P. Thomas, Hyferes (Var). 



















CARNINE LEFRANCQ 


est exclusivement preparcc avec du sue rausculaire 
de B(EUF CONCENTRE dans le Vide et a Froid, 
par un precede depose a rAcadcniie dc Medecine. uN hectare 


USINE MODELE 
a ROMAINVILLE (Seine) 


FKAN 9 AIS 

ESPAGNOL 

ANGLAIS 

ITALIEN 

RUSSE 


Nous donnons 
ci-contre une 
reproduction pho- 
tographique de la 
premiere page de 
I’editionespagnole 


^ ^ * 



CARNINE : 
LEFRANCO 


LE MONDE ENTiER. 

Elle est particu- 


REPUBLIOUE 

ARGENTINE, 
LA PLATA, 

LE MEXIOUE, eic. 


ANOREXIE = TUBERCULOSE 

ANEMIE — CHLOROSE ^ DEBILITE 
NEURASTHENIE ~ CONVALESCENCES 
MALADIES DE L’ESTOMAC ET DE 
LTNTESTIN --- ALIMENTATION LIQUIDS 


De I a 5 auillerees a bouehe par jour, 
a n'lmporte quel momeni, PURE ou 
addiiionnee d'un liquide quelaonque. 
eau minerale ou nalurelle, the, kit, ete. 
(pas de bouillon) 

FROID ou TIEDE 


Depot General : Etablissements Fumouze, 78, Faubourg Saint-Denis, Paris 




























r 



LES DEUX AUBERGES 


Alphonse DAUDET 


C’etait en revenant cle NTmes, une apres- 
inidi de jiiillet. II faisait une chaleur acea- 
blante. A perte de vue, la i-oute blanche, 
— efnbrasee, poudroyait entre les jardins d oli- 
viers et de petits chenes, sous un grand 
solcil d’argent mat ([ui remplissait tout le 
ciel. Pas une tache d’ombre, pas nn souffle 
de vent. Rien que la vibration de Pair chaud 
ct le cri strident des cigales, musique folle, 
assourdissante, a temps presses, qui semble 
la sonorite meme de cette immense vibra¬ 
tion luinineusc... Je marchais en plein 
desert depuis deux beures, quand tout a 
roup, devant moi, un groupe de maisons 
blanches se degagea de la poussiere de la 
route. C’etait ce qu’on appelle le relais de 
Saint-Vincent : einqou six mas, de longues 
granges a toiture rouge, un abreuvoir sans 
eau dans un bouquet de flguiers maigres, et 
tout au bout du pays deux graudes auberges 
qui se regardent face a face de chaque cote 
du chemin. 


btitiment ucuf, plein de vie, d’animation, 
toutes les portes ouvertes, la diligence 
arretee devant, les chevaux fumant qu on 
detelait, les voyageurs descendus buvant a 
la hate sur la route dans I’ombre courte des 
murs ; la cour encombree de mulets, de 
charettes; des rouliers couches sous les 
hangars en attendant la fraichc. A I’inte- 
rieur, des cris, des jurons, des coups dc 
poing sur les tables, le choc des verres, Ic 
fracas des billards, les bouchons de limo- 
nade qui sautaient, et, dominant tout cc 
tumulte, une voix joyeuse, eclatantc, qui 
chantait a faire trembler les vitres : 

La belle Margoton 

A pris son broc d’argcnt, 

L’aubcrge d’en face, au contraire, etait 
silencleuse et comme abandonnec. De I’herbe 
sous le portail, des volets casses, sur la 
porte un rameau de petit houx tout rouille 
qui pendait comme un vieux panache, les 
marches du seuil calees avec des pierres dc 


Le voisinage de ces auberges avait quelque 
:hose de saisissant. D’uu cote, un grand 


' I CARWNE LEFRANCO - prepare dans 

—— 










CHANTECLAIR 


la route... Tout cela si pauvrc, si pitoyablc, 
c[ue c’etait uue charite vraiment tie s’arreter 
la pour boire un coup. 

Ell entrant, je trouvai une longue salle 
deserte ct morne que le jour eblouissant tie 
trois grandes fenetres sans rideaux faisait 
plus morne et plus deserte encore. Quel- 
ques tables boiteuses on tralnaient des 
verres ternis par la poussiere, un billard 
creve qui tendait ses quatre blouses comme 
des sebiles, un divan jaune, un vieuxcomp- 
toir, dormaient la dans une cbaleur mal- 
saine et lourde. Et des moucbes! des mou- 
cbes ! jamais je n’en avais taut vu : sur le 
plafond, collees aux vitres, dans les verres, 
par grappes... Quand j’ouvris la porte, 
ce fut r.n bourdonnement, un fremis- 
semcnt d'ailes comme si.j’entrais dans une 
ruche. 

Au fond de la salle, dans I’embrasure 
d’une croisee, il y avait une femme debout 
contre la vitre, tres occupee a regarder 
dehors. Je I’appelai deux fois : <( Eh ! 
riiotesse ! )) Elle se retourna lentcment, et 
me laissa voir une pauvre figure de paysanne, 
ridee, crevassee, couleur de terre, encadree 
dans de longues barbes de dentelle rousse 
comme en porteut les vieilles de chcz nous. 
Pourtant ce n’etait pas une vieille femme; 
mais les larmes I’avaient toute fanee. 

« Qu’est-ce que vous voulez ? me deman- 
da-t-elle en essuyant ses yeux. 

— M’asseoir un moment et boire quelque 

Elle me regarda tres etonnee, sans bou- 
ger de place, comme si elle ne comprenait 

« Ce n’est done pas une auberge ici ? )) 

La femme soupira : <( Si... e’est une au- 
auberge, si vous voulez... Mais pourquoi 
n’allez-vous pas en face comme les autres ? 
e’est bien plus gai... 

— C’est tropgai pour moi... J’alme mieux 
restei chez vous. )> Et, sans attendre sa 
repense, je m’installai devant une table. 

Quand elle fut bien sure que je parlais 
serieusement, I’liotesse se mit a aller et 
venir d’un air tres affaire, ouvrant des 
tiroirs, remuaut des bouteilles, essuyant 
les verres, defangeant les moucbes... On 
sentait que ce voyageur a servir etait tout 
un evencment. Par moment la malheureuse 
s’arretait et se prenait la tete, comme si 
elle desesperait d’en venir ii bout. 

Puis elle passait dans la piece du fond; 
je I’entendais remuer de grosses cles, tour- 
menter des serrures, fouiller dans la huche 
au pain, soufflcr, epousseter, laver des as- 


siettes. De temps en temps un gros soupir, 
un sanglot mal etouffe. 

Apres un quart d’beure de ce manege, 
j’eus devant moi une assiettee de passerilles 
(raisins secs), un vieux pain de Bcaucaire 
aussi dur que du gres, et une bouteille de 
piquette. « Vous etes servi )), dit I’etrange 
creature, et elle retourna bien vite prendre 
sa place devant la fenetre. 

’'Pout en buvant, j’essayai de la faire cau¬ 
ser : « II ne vous vient pas souvent du 
monde, u’est-ce pas, ma pauvre femme ? 

Ob ! non. Monsieur, jamais personne... 
Quand nous etions seuls dans le pays, 
c’etait different, nous avions le relais, des 
repas de chasse pendant le temps des ma- 

depuis que les voisins sont venus s’etablir, 
nous avons tout perdu... Le monde aime 
mieux aller en face. Chez nous, on trouve 
que e’est trop triste... Le fait est que la 
maison n’est pas bien agreable. Je ne suis 
pas belle, j’ai les fievres, mes deux petites 
sont mortes... La-bas, au contraire, on rit 
tout le temps. C’est une Arlesienne qui 
tient I’auberge, une belle femme avec des 
dentelles et trois tours de chaine d’or au 
cou. Le conducteur, qui est son amant, lui 
amene la diligence. Avec ca un tas d’enjo- 
leuses pour chambrieres... Aussi, il lui en 
vient de la pratique. Elle a toute la jeu- 
nessc de Bezouces, de Redessan, de Jon- 
quieres. Les rouliers font un detour pour 
passer par cbez elle... Moi je reste ici tout 
lejour, sans personne, a me consumer. )) 

Elle disait cela d’une voix distraite, 
indifferente, le front toujours appuye 
contre la vitre. Il y avait evidemraent dans 
T’auberge d’en face quelque chose qui la 
preoccupait. 

Tout a coup, de I’autre cote de la route, 
il se fit un grand mouvement. La diligence 
s’ebranlait dans la poussiere. On entendit 
des coups de fouet, les fanfares du postilion, 
les lilies accourucs sur la porte qui criaient: 
« Adiousias !... adiousias ! )) ct par la-dessns 
la formidable voix de tantot, reprenant de 
plus belle : 

A pris son broc d’argeiit, 

A I'eau s-cn est allee ; 

A cette voix, I’botessc Irissoima de tout 

tendez-vous ? me dit-elle tout has, c est nion 
mari... N’est-ce pa,s qu’il chantc bien? » ^ 

Je la regardai, stupefait : « Comment. 







.Jl Ahoj'U.^ 


Lc Profcsscur PIERRE-MARIE 
















CHANTECLAIR 


votre mari ?... II va done la-bas, lui aussi ? » 
Alors elle, d’un air navre, raais avec une 
grande douceur : « Qu’est-ce que yous 
voulez, monsieur? Les homines sont comme 
ca, ils n’aiment pas voir pleurer; et moi je 
pleui-e toujoursdepuis la mort des petites... 
Puis e’est si triste cette grande haraque ou 
il n’y a jamais personne!... Alors, quand il 
s’ennuie trop, mon pauvre Jose va boire en 
face, et comme il a une belle voix, I’Arle- 


sienne le fait chanter. Chut! le voila qui 
recommence. » 

Et, tremblante, les mains en avant, avec 
de grosses larmes qui la faisaient encore 
plus laide, elle etait la comme en e.xtase 
devant la fenetre, a ecouter son Jose chanter 
pour rArlesienne : 

Le premier lui a dit : 
tionjour, belle mignonne. 

Alphonse Daudet. 



Quelles que soient 
les considerations 
qui vous amenent a 
prescrire une mar¬ 
que similaire vous 
reviendrez 


CARNINE LEFRANCQ 
parce que vous ne 
consentirez pas a 
sacrifier I’interet de 
VOS malades. 


OPINION DE NAPOLEON pr 


« Je desapprouve qu’on donne La Fon¬ 
taine aux enfants, qni ne peuvent I’entendre. 
Il y a beaucoup trop d’ironie dans la fable 
du Loup et de I’Agnean, pour etre a la 
portee des enfants. 

(( Elle peclie d’ailleurs, a mon avis, dans 
son principe et sa morale. Il est faux que 
la raison du plus fort soit la meilleure, et si 
cela arrive, en effet, e’est la le mal. Tabus 
qu’il s’agit de condamner. 

(( Le loup eut done du s’etrangler en 
croquant Tagneau )). 


Sur Jean.Jacques Rousseau. 


« C’est pourtant Rousseau qui a ete la 
cause de la Revolution. 

(( Quel art, quelle force de raisonnement, 
quel charme de style et d’expressions dans 
la Nouvelle Helo'ise! Mais Jean-Jacques a 
trop charge son sujet. Il a peint la frenesie. 
L’araour doit etre un plaisir, et non pas un 
tourment. Get ouvrage a du feu, il remue, 
il inquiete. L’amour parfait est iddal; les 
deux amants du livre sont aussi aeriens 
Tun que Tautre, aussi fugitifs, aussi mys- 
y terieux, aussi inexplicables )). 























CHANTECLAIR 


Le Professeur PIERRK-M.ARIE 



Pierre-Marie est ne a Paris le 9 septembre ^1853. 
en 1878, puis docteur en mededne, medecin des Hopitaux et agrege, 1 
en 1908 la chaire d’Anatomie pathologique a la Faculte 
de mededne de Paris. II est actuelleiiient medecin 
a Bicetre. 

Eleve de Bouchard et de Charcot, dont il 
fut le chef de clinique a la Salpdride, le doc¬ 
teur Pierre-Marie demontra la frequence de 
I’origine infectieuse de nonibre de maladies 
de la moelle epinide, et notamment de ^ la 
scldose en plaques. On lui doit la connais- 
sance d’une nouvelle maladie, I’acromegalie, 
affection qui deforme le squelette et pro- 
voque le gigantisme, et qu’on attribue a une 
altdation de I’hypophyse. C’est dans la Noii- 
velle Iconographie de la Salpetriere, de 1888 
a 1891, que M. Marie publia ses etudes sur cette 
curieuse maladie. 

On lui doit aussi d’intdessantes observations s 
le thorax en bateau des syringomyeliques, la taille de _ 

guepe de I’atrophie musculaire progressive, I’ankylose des articulations scapulo- 

humerales, etc. j 

Be professeur Pierre-Marie a reuni ses nombreuses conferences del Hospice 
de Bicetre et de la Faculte dans deux importants ouvrages ; Lecons sur les maladies 
de la moelle (1892) et Lecons de clinique medicale (1896). 

II est membre de la Societe deBiologie et Chevalier dela Eegion d Honneur. 


PORTRAIT-CHARGE. — Le docteur Pierre-Marie 
relations qui unissent le gigantisme et I’acrom^galie. 

Le voici pr&isdment en train de mesurer les extr^mitfe d’v 
acrom^gale. 


est I’auteur de la d^couverte des 
in gdant qui est manifestement un 


11 


BOV’HfePATIC 


Chaque cuilleree a bouche dc 
principes solubles de 50 gr. 




PREPARE DAliS LE VIDE ET A FROID AVEC LES Chaque globule renferme 0 ^ 

FOIES DES BttUFS DE LA CARNINE LEFRANCQ. ext rait epa 


INDICATIONS. — T( 
et toutes celles qui 
Manifestations muitiples et 
bfete, Goutte, Dyspepsias in 
Le Flaeon de 13 euill 


sent compiiqu^es 


qui sont le r4sultat de I’insuffisance hdpatique 
de cette insuffisance et aggravdes par elle : 
ritisme, Nephrites, Artferiosclerose, Cirrhoses, Dia- 
eschroniques, Constipation, Urticaire, Dermatoses. 


he ou eelui de BO Olobules : 6 francs 


echantillon sar demande. 


















CHANTECLAIR 



VIERGE CONSOLATRICE 

(Mater afflictorum) 

Reproduction par la .photographie des couleurs du tableau de Bououereau, au Musee du Luxembourg, a Paris, 




CHANtECLAIR 


n pleut doucement sur la viUe. 

(Arthur Rimbaud). 

II pleure clans mon ccEur 
Comme il pleut sur la ville. 
Quelle est cctte langueur 
Qui penetre mon cceur ? 

0 bruit doux cle la pluie 
Par terre et sur les toits! 
Pour un coeur qui s ennuie 
0 le chant de la pluie ! 

II pleure 


■ qui s’ecoeure. 
Quoi! nulle trahison ? 

Ce deuil est sans raison. 

C’est bien la pire peine 
De ne savoir pourquoi, 

Sans amour et sans haine, 
Mon coeur a tant de peine. 
Paul Ve 


NE PRESCRIVEZ PAS LA VIANDE CRUE 
A VOS MALADES : 

elle surcharge I'estomac, menace I'mtestin 
en pure perte, puisque toute la partie solide 
de la viande est sans aucune valeur ; 

i TSTiitritive, ni Tlierapeutique 





JEUNE BARBARINE. 


J’ai .eu I’occasion de prescrire 
la Carnine Lefrancq et le plai- 
sir de constater les bons resultats 
obtenus; c’est le remede par 
excellence de tous les debilites 
qui, des les premiers jours de 
traitement, ressentent une im¬ 
pression de bien, etre qu’ils 
n’esperaient plus. 

Docteur Chiron du Brossay, 
Bauge (Maine-et-Loire). 


N’ESPEREZ PAS que vos malades prepareront 
conveuablement du sue musculaire. ' 

Ordonne* la CARNINE LEFRANCQ 

qui est bien superieure et moms chere. 


Deux cortege 
L’un est 
Une fem 


les deux corteges 

i se sont rencontres a I eglise. 
orne : il conduit le cercueil d’l 
le suit, presque folic, etouffant 
Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise. 
L’autre, c’est un bapteme : an bras qui le defend 
Un nourrisson gazonille une note indeeise, 

Sa mere, lui tendant le doux sein qu il epuise, 
L’embrasse tout entier d’un regard triomphant. 

On baptise, on absout, et le temple se vide 
Les deux femmes, alors, se creisant sous 1 absidc 
Echangent un coup d’oeil aussitot detourne, 
p't merveilleux retour qu’inspire la priere. 

La’ icune mere pleure en regardant la biere. 

La 'femme qui pleurait sourit au nouveau-ne ! 

JosEPHiN Soulary 




effet de NUIT 


D 


La nuit. La pluie. Un ciel blafard qui dechiquette 
De fleebes et de tours a jour la silhouette 
me ville gothique eteinte au lointain gns. 

1 a plaine. Un gibet plein de pendus rabougris, 

Secoues par le bee avide des comedies, 

Et dansant dans fair noir des g.gues non paieillcs, 
Tandis que leurs pieds sont la pature des 
Ouelques buissons d’epines epars, et quelques houx 
DmsLiit I’horreur de leur feiiillage a droite, a gauche, 
Sur le fiiligineux fouillis d’un fond d ebauche. 

Ft nuis autour de trois livides prisonniers 
Sni vont pieds nus, deux cent vingt-cinq pertuisaniers 
En marche, et leurs fers droits, comme des fers deheise, 
Luisent a c’ontre-sens des lances de I’averse. 

Paul Verlaine. 


















CHANTECLAIR 



CARNINE LEFRANCQ: FOnte di vita 


CHANTECLAIR 

tire en 5 langues : 

FRAN9AIS, ESPAGNOL, 
ANGLAIS, ITALIEN ET 
RUSSE,- 

Nous donnons ci-contre line 
reproduction photographiqiie 
de la premiere page de I'edi- 
tion italienne. 


La CARNINE 
LEFRANCQ 

se vend dans 

LE MONDE ENTIER. 

Elle est particulierement en 
honneur dans les principaux 
centres d’elevage del'Amerique; 

REPUBLIQUE ARGENTINE, 
LA PLATA, LE MEXIQUE, etc. 


f 


La CARNINE LEFRANCQ 

est exclusivement preparee avec du sue musculaire de 
BCEUF CONCENTRE dans le Vide et a Froid, 
par tin precede depose a I’Academie de Medecinc. 


ANOREXIE 

ANEMIE - - CHLOROSE 

NEURASTHENIE 

DEBILITE — FAIBLESSE 

De 1 a 5 cuillerees a bouche par jour. 

CONVALESCENCE 

MALADIES - 

a n’importe quel moment, PURE ou 

DE L’ESTOMAC 

additionnee d’un liquide quelconque, 
eau minerale ou naturelle, the, lait, etc. 

-- ET DE L'lNTESTlN - 

FROID ou TIEDE 

ALIMENTATION LIQUIDE 

DEPOT GENERAL : 

TUBERCULOSE 

ETABLI88EMENT8 FUMOUZE, 78, Faulourg 8aiiit-Denis, PARI8 
































direction 
CARNINE LEFRANCQ 
I ROMAINVILLE (Seine) 
Telephone 420-78 


I 


CINQUIEME ANNEE 
No 54 

FEVRIER 1910 { 1 ) 


UNE r£p£TIT10N AU THEATRE 

MADAME DE POMPADOUR 



La noble petite troupe du theatre des 
appartements etait, ce jour-la, dans unt 
agitation extreme : tout le monde allait. 
causait, eourait, revenait ; depuis Madai"' 
de Pompadour, I’exquise directri 
jusqu’au pauvre abbe de La Garde, 
secretaire-souffleur, qui montait 
et redescendait, sans ccsse appele 
de tons cotes par les illustres 
comediens. 

Et c’aait dans les coulisses 
un remue-menage etourdissant : 
des babilleuses sortaient precipi- 
tammcnt d’une loge pour entrer 
dans une autre, de joyeuses tetes, 
a moitie maquillees, apparaissaient 
parfois dans le guichet d’une porte, 
des rires etincelaient, des appcls joyeux se 
croisaient : « Monsieur de Nivernais, venez 
me poser ma mouche!)) — « Suis-je bien 
ainsi, marquise? » — « La Garde, mon 



petit La Garde, venez vite, je crois avoir 
oublie ma tirade! )) Enfin, de temps on 
temps, le due de la Valliere criait gaicraent 
dans le couloir : « Ne vous pressez pas!... 

; n’est point _ encore le moment!)) 
Quelle etait done la cause de cette 
agitation inaceoutumee ? 

vellc, flattcuse, mais extreme- 
ment troublante : Sa Majeste 


i Lm 


s XV a 




le des 

pi'e.mieres repetitionsen costume 
du « Mediant », la piece de Gres- 
_ , set, que Eon montait pour la re- 
■-presentation du 13 janvier 1748. 

POMPADOUR g,a,, 

a Madame du Hausset, femme de cham- 
bre de la favorite, avait obtenu de jouer, 
quelques jours auparavant, le I'ole de 
I’Exempt, dans TmtnfK et s’etait taille un 


eherchez pas un Produit superieur ou egal a 


CARNINE LEPRANCQ 


' VOUS NE LE TROUVEREZ NULLE PART" 














CHANTECLAIR 


se tenait sur le theatre et guettait par I’oeil 
du rideau I’arrivee de I’illustre spectateur. 

Tout a coup I’abbe de La Garde penetra, 
alTole, chcz Madame de Pompadour. Celle- 
ci, placee devant sa table-psyche, termiiiait 
sou maquillage; elle le vit dans la glace et, 

abbc, lui dit-elle, vous semblez bouleverse ? » 

— « Ah ! il y a hieu de cjuoi, Madame ; 

— (( Que nous arrive-t-il done, La Garde? 
le roi ne viendrait-il pas ? » 

— « Non, non, Sa Majeste n’a point 
renonce a sou projet ; e’est une chose 
bien plusepouvantable qui i 

— « Quoi done ? Dites v 

— « Eh hien !... Mon¬ 
sieur de Maillebois n’est pas 

— « Que me racontez- 
vous la ? Maillebois est en 
retard ? Oh ! par exemple, 
e’est un peu fort; qu’allons- 
nous devenir? Impossible 
de repeter sans notre Ariste!)) 

— « II ne va pas tarder, 
sans doute, Madame; il au 
rait prevenu dans le cas cor 
ti-aire; mais Sa Majeste sc 
la dans un instant et coi 
la faire attendre ? » 

— « Je ne sais pas trop, 
allons y songer. Pourle moment, courez 
me chercher les dames de la troupe, afin 
que nous fixions I’amende de ce retaida- 

L’abbe de La Gai'de disparut et levint, 
une minute apres, introduisaiit dans la loge 
Mesdames de Brancas, de Livry et de Pons. 
Au meme instant, M. de Maillebois arriva, 
suaut et soufflant. 

« Trop tard, mon ami, lui dit le due de 
Chartres qu’il croisait, le (iomite delibeie. 
Allez vite vous habiller ! » 

Cependant, le cas de I’acteur fut rapide- 
ment traite dans la loge de la marquise et 
le gracieux aeropage, vu I’article 9 du regle- 
meut, ainsi concu : « Chaque acteur sera 
tenu de se trouver a I’heui'e ties precise, 
designee pour la repetition, sous peine d’une 
amende que les actrices fixeront entre elles » 
et, vu aussi rimportance de la repetition 


actuelle, condamna Monsieur de Maillebois 
a 20 louis d’amende. 

« C'est cher ! )) dit une voix joyeuse, 
cependant que la porte s’ouvrait domiaiit 
passage a uu nouvel arrivant. 

C’etait le Roi que, dans I’affolement gene¬ 
ral, personne ne guettait plus et qui, sans 
se faire annoncer, etait monte directement 

« Ne vous derangez pas, Mesdames, dit- 
il aimablement, continuez vos deliberations. 


je V 


n pne 





(( Nous avons fini, Sire, et s’il jrlait a 
Votre Majeste, la repetition pourra com- 
mencer. » 

(( Mais notre pauvre Maillebois 
pas pret. » 

« 11 joue le role d’Ariste qui 
eparait pas au debut. » 

— « Allons done puisqu’ileiT 

Sur un signe de la mar¬ 
quise, I’abbe de La Garde 
se precipita dans le cou¬ 
loir etjeta sur un ton aigu 
ces mots ; « Tout le monde 
en scene pour la repeti¬ 
tion », ce qui fit sourire 
Sa Majeste. 

On descendit et Louis XY 
s’etant assis sans facon sur 
me chaise de la scene, I’abhe 
'etant glisse dans le trou du 
souffleur, apres avoir enleve 
sa calotte, eomme le Roi le lui 
avait ordonne jadis, en signe de 
■spect pour I’Eglise, la piece com- 
menca sans autre incident. 

La marquise etait tout a fait delicieuse 
dans le role de Lisette; lorsqu’elle entrait 
en scene agitant d’un coquet mouvement 
de handle sa jupe courte de soubrette, on 
croyait voir la deesse de ce temps spirituel, 
malicieux, poudre, debauche avec elegance, 
oil la distinction de la noblesse, alliee a 
I’allure deliiree des lilies du peuple, avait 
produit cette indefinissable ambiance de 
gaiete qui nous captive encore a travers les 
siecles. 

Aussi, avec quelle anie le marquis de 
Gontaut lancait-il le premier vers de la 

Le due de Duras, dans le role de Cleon, 
le due de Chartres dans celui de Geronte, 
le marquis de Maillebois dans celui d'Ariste 

etaient des acteurs consciencieux; Monsieur 

de Clermont d’Amboise lui-meme sut se 












Lc Profcsscur PERSILLIER-LACHAPELLE, dc Montreal 




CHANTECLAIR 


montrer suffisant dans le personnage du 
laquais et, apres un long travail, sans doute, 
prononcer avec ame I’unique phrase de son 
role : 

« Monsieur, ce sont vos lettres ! )) 

Mais le plus grand artiste etait Monsieur 
le due de Nivernais, ee fin lettre, ce poete 
ddicat, qui, chose rare a cette epoque et 
dans ce milieu, venait d’ecrire pour sa 
femme qu’il adorait un volume de poesies 
passionnees. 

II avait admirablement compris le carac- 
tere de Valere et interpreta ce role avec une 
adresse, une distinction qui arracherent les 
applaudissements enthousiastes du Roi : 
« Je veux, s’ecria Sa Majeste, que Ton fasse 
venir a la representation ce f'aquin de 
Roselly qui tient le role a la Comedie- 
Francaise et n’en a pas su rendre la nai¬ 
vete comme le due de Nivernais ! » 

La repetition se deroulait allegrement et 
deja Ton commencait le troisieme acte, 
lorsque tout a coup la petite Madame de 
Pons, qui tenait lerole de Chloe, commenca 
de halbutier ; alors ses joues se couvrirent 
d’une rongeur subite qui, percant sous le 
maquillage, la rendit semblable a une 
peche au soleil; un tremblement nerveux 
agita son menton; elle repetait desespere- 
ment le dernier vers : 


Ah ! tu saurais trop bien qu’on 
Que lien iie lui ressenible... 


[meprenclre. 


esperant trouver la suite dans sa memoire ; 
mais sa memoire troublee lui faisait a cet 


instant I’impression d’un grand precipice 
noir sans fond. 

Et que ce sout des traits ! 
soufflait I’abbe. 

repetait sur un ton plaintif la pauvre 
actrice; enfin, ne pouvant plus resister a 
I'emotion, elle se mit a sangloter. 

(( Voyons, ma cherie, ne vous troublez 
pas ; reprenez », lui dit Madame de Pom¬ 
padour, avec douceur. 

— (( Non, non, gemit-elle, je ne sais plus, 
je suis trop troublee ! » 

Alors Louis XV se leva et, s’approchant 
de la noble actrice : « Excusez, Madame, 
lui dit-il, ma curiosite de voir repetcr cette 
illustre troupe, curiosite que je me I'epro- 
cherai longtemps puisqu’clle a fait pleurer 
de si jobs yeux ! » Puis, se tournant vers la 
marquise : « Je me retire ; mais, avant, 
dites-moi s’il me sera permis d’accorder 
une grace dans cet empire qui est votre ! » 

— « Oh ! Sire, ne plaisantez pas une 
pauvre petite souveraine, qui n’a qu’un 
seul desir : celui de vous plaire 1 » 

« Vous etes la plus charmante femme 
qu’il y ait en France ! Je signe done la 
grace de Maillebois ! )) 

Et le Roi, apres avoir salue I’assemblee, 
se retira. On voulut alors reprendre la repe¬ 
tition ; mais acteurs aussi bien qu’actriees, 
tout le monde etait nerveux et agite ; on 
decida done a I’unanimite de remettre la 
seance au lendemain. 

Jean-Jose Frappa. 


-O O-O O- 

-O-— O- 

Toutes les reactions de I’organisme centre les offenses 
venues de I’exterieur sont exaltees par la 

CARNINE LEFKANCQ 

On peut concevoir le role de la CARNINE LEFRANCQ de la fa90n suivante : 
Tout d’abord Torganisme s’enriebit en graisses phosphorees. Sous I’influence de ce 
« tonique specifique », qu’invoquait le Docteur Hericourt, sans pouvoir toutefois 
le preciser, les centres nerveux, dont le fonctionnement exige une forte propor¬ 
tion de phosphore se trouvent places dans des conditions les plus favorables ; et, 
comme ce sont precisement ces centres qui detiennent sous leur dependance 
tout le systeme organique, il resulte de ce chef un redoublement d'activite des 
fonctions primordiales. Les elements senescents sont remplaces par de plus jeunes 
qui se multiplient activement, Tappetit augmente, la nutrition s’accelere, la 
phagocytose et la macrophagie sont activees, le sang s’enrichit en hematies et en 
hemoglobine ; en un mot, toutes les reactions de Torganisme centre les offenses 
venues de Texterieur sont exaltees. 

- O- 


oo 















CHANTECLAIR 


Le Professeur PKRSILLIKR-LACHAPELLE 

de Montreal 

Emmanuel Persillier-Lachapelle est ne a Montre'al (Canada), le 21 decembre 1845. Ses 
anc'etres venus an Canada vers la fin du xviic siecle, etaient originaires du Pe'ngord. 

11 a fait toutes ses etndes a Montreal et est docteur en me'decine de I’Umversite de Laval. 
II est professeur d’Hygiene a la Faculte de Medecine de 
Universite, dont il est, en outre, actuellement, le doyen. 

Le docteur Persillier-Lachapelle est im hygieniste; 
mais il n’est pas un hygieniste theoricien; il est un 
veritable militant de cette science, qu’il vent imposer 
an gouvernement et aux moeurs de son pays. C’est 
ainsi qu’en 1886 il parvint a obtenir la premiere 
loi d’hygiene de la province de Quebec et qu’en 1887 
il fondait le Conseil d’Hygiene de la meme province, 

Conseil dont il est encore president. De 1878 a 1889, 
il ne cessait de lutter pour la reforme de la legisla¬ 
ture concernant la profession medicale, pour le 
perfectionnement de I’enseignement medical et pour 
I’organisation de I’hygiene publique par la creation 
de lois sanitaires. 

En 1880, il fondait a Montreal I’HopitalNotre-Dame. 

Le professeur Persillier-Lachapelle, an cours de sa 
carriere si active, a ecrit de nombreux memolres sur 
I’hygiene et les interets professionnels. En 1872, il fondait, 
avec quelques confreres, une revue medicale intitulee : L’{7;iion 
medicale da Canada, dont il fut le proprietaire et le redacteur en chef de 1876 a 1881. 

Nomme president de VAmerican Public Health Association en 1894, le docteur Persillier- 
Lachapelle etait delegue par le gouvernement canadien aux Congres internatlonaux de 
medecine et d’hygiene a Paris, en 1900; an Congres medical panamericain a Mexico, en 1896, 
et an Congres international de la tuberculose a Washington, en 1908. 

Chef reconnu du parti progressiste parmi les medecins canadiens-francais, le professeur 
Persillier-Lachapelle est chevalier de la Legion d’HonneuretofficIer de I’lnstruction publique. 



PORTEAIT-CHARGE. — Le Professeur Persillier-Lachapelle apparait a ses concitoyens comnie 
I’ange gardien de la sante, pourvu des deux instruments essentiels de I'hygiene ; la friction et I’eau pure. 


SIROP 


GLOBULES 


BOV’HfiPATIC 


Chaque cuilleree a bouchc de sirop renfermc les 


PREPARE DANS LE VIDE ET A FRDID AVEC LES 
FOIES DES BCUFS DE LA CARMINE LEFRANCQ. 


Chaque globule 


renferme 0 gr, 25 

d’extrait hepatique soluble. 


INDICATIONS. — Toutes les maladies qui sont le rdsultat de I’insuffisance hdpatique 
et toutes celles qui sont compliquees de cette insuffisance et aggravdes par elle : 
Manifestations multiples et variees de I’Arthritisme, Nephrites, Artdrioscldrose, Cirrhoses, Dia- 
bfete, Goutte, Dyspepsias intestlnales, Entiriteschroniques, Constipation, Urticaire, Dermatoses. 
Le Flaeon de IS euillerees a bouehe ou celui de SO Globules : 6 francs 



































CHANTECLAIR 



en leur prescrivant 


prodiiit quelconque 
alors que 


CERTITUDE ABSOLUE 


d’obtenir pleine satisfaction avec la 


CARNINE LEFRANCQ 


NE VOUS EXPOSEZ PAS 


AUX DECEPTIONS 
AUX 

RECRIMINATIONS 
de VOS malades 


L'afflige qu’on Vient Voir se fait plus gai, le 
Visiteur se fait plus triste ; chacun d'euic franchit 
par condescendance la moitie de la distance qui 
les separait tout a I’heure. 

On surfait les amities d’enfance ; toute affec- 

hasards ne sont pas necessairement les meilleurs; 
le hasard quia rapproche deuicenfantsneVautpas 
la svmpathie qui a uni deux hommes ; la commu- 
nautedes souvenirs ne Vaut pas cede des sentiments. 


Ce qui rend la pensee de la mort si effroVable, 
c’est d’etre seul pour affronter I’inconnu; si on 
pouVait aller a la mort aVec ceux qu’on aime, la 
mort aurait I’attrait du Vertige et semblerait eter- 

La modestie est une concession polie faite par 
le merite a I’inferiorite. 

Quand on aime, on a moins d’esprit; quand on 
se sent aime, on en a daVantage. 

COMTESS?; DIANE. 


Ce 11 est pas la realisation d’un grand 
bonheur ardemment desire qui cause la 
joie la plus ViVe, c’est la certitude qu’un 
malheur ViVement redoute est ecarte de 


charite que de I’intention a Taction. 


Ea plupart des hommes gagnent a £tre 
un peu connus et perdent a etre absolument 
penetres. 


L’adVersit^ est le cr 
le retient les gran 


5 des affections ; 
coeurs et laisse 



COMTESSE DIANE. 

















CARNINE LEFRANCQ 


: est exclusivement preparee avec du sue muscujaire 
de BCEUF CONCENTRE dans le Vide et a Froid, 
i par liniptoCede: ciepose a I’Academie: de Medecinei 


: USlHEiMODECE 
: a ROMAINVILLE (Seine) 

UN HECTARE 


FRAN9AIS 
ESPAGNOL; 
ANGLAIS 
ITALI;EN : 
KUSSE: 


Nous donnons 
cUcontre une 
reproduction phor 
tographique de la 
premiere page de 
I’edition russe. ; 


^ ^ ^ 


» » » ^ » 



KAPHHH’b J1E<PPAHKT> : Hcmo<iHiiK% mu3HU 


CARNINE 
I LEFRANCQ 


SUPERIEURE 
MOINS CHERE; 
VIANDE CRUE 

Sue -- 

MUSCULAIRE 


■iiiiii 
* * * * * 


ANOREXIE = TUBERCULOSE 

ANEMIE — CHLOROSE — DEBILITE 
NEURASTHENIE - CONVALESCENCES 
MALADIES DE L’ESTOMAC ET DE 
L’INTESTIN —ALIMENTATION LIQUIDE 


be l'p\5\ ouitierees a : bbuche par !our\ 
a n'imporli igpel- mamerit, PUPE on 
additioknee: dun! tiquide] guelaonqtm 
eau mimrak aq naivfelk, the, M, etd. 
(pas de bouillon) 

FROID ou TIEDE 


i Depot I Seiieral ; Etablissements Fumouze, 78, Faubourg : SaihLDenis, Paris 


































MADAME LAFARGE 


L’affaire Steinheil a passionne, on pent 
le dire sans exageration, le monde entii-r. 
he jury de la Seine a declare I’accusee non S 
coupable, aux applaudissements des uns, 8 
mais sans convaincre les aiitres. Conibien g 
de causes celebres du meme genre deineii- 
rent dans I’obscurite, et an snjet desquelles g 
diseutent encore anjourd’hui les chroni- g 
queurs ? Depuis I’affaire du courrier de U 
Lyon, jusqu’a celle de Lafarge, dont 8 
on a evoque le souvenir a propos de I’affaire Ig 
Steinbeil ? jBi 

Avec quelle emotion la France se parta- g 
gea, lors du proces de 1840, entre « lafar- 8 
gistes » et « antilafargistes », tout comnie m 
nous avoirs eu les « steinheilistes )) et les S 
« antisteinbeilistes » ! Comme M"'“ Steinheil, g 
M'nc Lafarge etait jolie, seduisante, et, en g 
resume, il n’y cut jamais contre elle de Ig 
preuves convaincantes, absolues. 8 

Mmu Lafarge a ete jugee trop tot ; en 1909, ig 
elle eut surement ete acquittee. Resumons K 
rapidement cette cause memorable. Ig 


P. Rouret 


En 1839, arrivait ii Paris un M. Lafarge, 
s’annoncant maltre de forges dans la Cor- 
reze, proprietaire d’un chateau magnifique, 
a la tete d’une industrie metallurgique qui 
lui rapportait 80.000 francs par an. II 
s’adressa a I’agence matrimoniale de M. de 
Foy, et fut presente comme gentilhomme 
campagnard, constituant un magnifique 
parti, ii une jeune fille d’exccllente famille, 
distinguee, spiritilelle, romanesque, et ayant 
une dot de 100.000 francs, Ml'c Marie Capelle. 
L’union fut conclue rapidement, car cinq 
jours ajjres la presentation, M. Lafarge 
faisait publier les bans. Le soir du manage, 
les epoux partent en chaise de poste pour 
le Glandier, le chateau de M. Lafarge, dans 
la Correze. 

Les details du proces revelerent un pre¬ 
mier incident, de nature assez delicate. Au 
relais d’Oideans, M"": Lafarge prit un bain, 
et M. Lafarge se mit en violente colere, 
ayant vainement essaye de franchir la porte 
de la salle. Lafarge pretendit avoir ete 
--i 


En prescrivant la CARNINE LEFRANCQ vous avez la certitude 
defaire ingerer a. vos malades du SUC MUSCULAIRE PUR, CONCENTRE, 
provenant de viande de BCEUF fraiche, presque VIVANTE. 












CHANTECLAIR 



surprise tie la brutalite de son mari, d’lin 
mari qui ne le fiit, dit-on, pendant quelque 
temps du moins, que de nom. 

Arrivee au Glandier, Lafarge voit 

ses desillusions augmenter. En realite, la 
grande Industrie de M. Lafarge consiste en 
une petite forge, mal achalandee. M. Lafarge 
vient de faire souscrire 30.000 francs de 
billets de complaisance pour eviter la faillite 
imminente; il y a des dettes criardes; le 
chateau n’est qu’une habitation sinistre; 
les cliambres sont froides, mal meublees, 
inhabitables, sauf pour les rats. Ceux-ci 
pullulent,et comme 
le premier soin de 
M""' Lafarge est d’a- 
cheter de la mort- 
aux-rats, ee poison 
sera plus tard une 
des bases de I’ac- • 
cusation, bien que 
I’analyse de cette 


d’arsenie ! 

Mn‘« Lafarge et 
M. Lafarge ont d’a- 
bord des scenes vio- 
lentes; puislecalme 
semble se faire ct 
I’accusation repro- 
chera de ce fait a 
Lafarge la «plus 
grande dissimula¬ 
tion ». Si elle avait 
continue les que- 
relles, on en cut 
conclu qu’elle avait 
une haine capal)le 
de la conduire au 
crime. Toujours est- 
il que les lettres que Mine Lafarge 
ecrit a ses amies sont douces, resi- 
gnees. « Son mari, sous sa rudesse un peu 
« grossiere, et malgre ses ongles en deuil, 
« est un coeur bon et aflfectueux : ce qui 
« est fait ne se pent defaire. )) 

Elle accepte cette vie de province, quelle 
qu’en soit la tristesse. 

M. Lafarge a des embarras d’argent, 
M'"'^ Lafarge repond pour lui, sur sa dot, 
vis-a-vis de ses creaneiers; elle agira de 
meme apres la mort de son mari. Enfin, 
un jour, sur I’initiative de M. Lafarge, les 
epoux font des testaments reciproques, se 
leguant mutuellement leurs biens. Notez 
qu’a ce moment M'>"= Lafarge a sa dot 
de 100.000 francs presque intacte et que 


M. Lafarge ne possede que des proprietes 
plus qu’hypothequees. 

En novembre 1839, M. Lafarge part pour 
Paris, ou il va prendre un brevet d’inven- 
tion et surtout chercher a emprunter de 
I’argent. Il n’est pas bien portant; son 
absence se prolonge. Sa mere, que Mme La¬ 
farge a trouvee au Glandier et qui s’est 
montree toujours belle-mere hargneuse et 
aigrie, ecrit a M. Lafarge qu’on lui envoie 
des gateaux (( qu’il devra manger en sou¬ 
venir des botes du Glandier ». 

M. Lafarge recoit, en effet, une caisse 

clous », dira I’accu- 
sation, alors qu’elle 


est partie du Glan¬ 
dier fermee avec des 
crochets. Done on 
I’a ouverte, done on 
a substitue aux ga- 

dcs gateaux empoi- 

fait cette substitu¬ 
tion ? Sa femme, 
M"'“ Lafarge. En 
tout cas, M. I>afarge 
rccut la caisse, man- 
gea les gateaux,tom- 
ba maladc (nous 
avons dit qu’il I'e- 
tait deja), revint 
mourant au Glan¬ 
dier, ou il expira 
dans d’atroccs souf- 
frances, le 14 jan- 
vier 1840. Le me- 
decin habituel attri- 
bua la mort a des 
« coliques nerveu- 
LAFARGE ses auxquclles son client ftait sujet 
depuis longtemps ». On ne prononcait 
pas, en 1840, le mot « appendicite i>, mais 
les phenomcnes relates dansle premier rap¬ 
port medical semblent bien s’y rapporter. 

Cependant, la mere de M. Lafarge et 
quelques gens de service, tons fort suspects, 
pretendent que la mort n’est pas naturelle, 
que M'l'e Lafarge a empoisonne son mari et 
qu’on I’a vue manipuler de la « poudre 
blanche )), de I’arsenic. 

On prouve tpie Mn'c Lafarge a chei’clie ^ 
se procurer de grosses quantites d’arsenic 
ehez divers pharmaciens : elle affirme tou¬ 
jours que e’etait pour detruire les rats. 

M™e Lafarge mere demande qu’on fassc 
I’autopsie. Elle a lieu a Tulle et fut fort 









Lc Profcsscur Fernandes CHACON, dc Madrid 




CHANTECLAIR 


mal faite, ainsi que le proinc 
Orfila. Les medecins de Tulle ai 
a line (( masse considerable d’l 
les intestins », et pour en ai 
s’etaient contentes de 


■river la,'’ih 
bouillir les 


t le tube digestif, et 
extrait un precipite jaune, floconneux, so¬ 
luble dans I’ammoniaque, qu’ils avaient 
considere comrae de nature arseuicale ». 

C’est apres ce premier rapport, que 
M'"r Lafarge, accusee d’empoisonne- 
ment, comparut le 2 septembre 1840 
devant la Cour d’Assises de Tulle. 

Mais line deuxieme expertise avait 
ete confife a Orfila. 

Orfila etait un savant bors 
ligne, un orateur accompli, un 
bom me du monde remarqua- 
ble et un cbanteui- « di primo 
cartello ». Le pieces de Ma¬ 
dame Lafarge fut un triomphe 
pour Orfila, bien que son roll 
puisse etre quelque peu critique. 

« Dans ce drame effraj’ant, a dit 
un temoin Moquent, cette grave figure 
ap2)arait comine I’image de la fatalite scien- 
tifique, qui denoue I’acfion, secouant son 
flambeau dans les tenebres du crime, faisant 
parler la mort exhumee du tombeau... » 

Les journaux du temps montrent « Orfila 
« mettant le cadavre dans line chaudiere et 
« le faisant passer ensuite a travers ties 
« alambics (!) pour decouvrir la trace, le 
« vestige, la parcelle d’arsenic qui, pour- 
« suivie avec un art irresistible, viendra 
« eelater enfin sur I’email d une soucoupe 
« de porcelaine en prenant la forme d’un 

Oil bien on nous represente « ce savant 
« melomane dans son laboratoire entre ses 
« fourneaux et son piano, examinant d’un 
« leil I’appareil qui est sur le feu, et de 
« I’autre la musique qui est an pupitre du 
« piano! » 

Orfila eut done a verifier I’expertise ties 
medecins de Tulle : il declare qu’il eut fallu 
reduire en arsenic maalliquc le precipite 
obtenu qui pouvait n’etre qu’une matiere 
animalc tres commune dans la bile : quant 
a I’arseuic meme, il n’en trouvait pas tie 
trace. 



L accusation ne I’entendait pas aiiisi... 
Le rapport d’Orfila detruisait son systeme. 
Le Proeureur general poursuit la condamna- 
tion avec un acliarnement inoui. Il evoque 
des amourettes tie jeunesse, une histoire de 
diamauts disparus a laquelle M»"! Lafarge 
est etrangere, et obtient enfin une troisieiue 
expertise. Mais de nouveau, Orfila convient 
que I’appareil de Marsh ne donne aucune 
qI trace d’arsenic. Le Parquet demande line 
t|uatricme expertise conflee a Dupuytrcii 
le 9 septembre. Dupuytren declare 
que pas plus qu’Orfila, il ne trouve 
I’arsenic. 

Enfin, revirement inoui, sur¬ 
prise extraordinaire, a une 
cinquieme e.xpertise, Orfila, 
se contredisant lui-mcme, 

« line trace d’arsenic mctal- 
lique d’ailleurs impondera- 
' ble.» Ccla sr.fiit a raccusation. 
f'in vain M""! Lafarge, aidee par 
LA ses conseils, MaitrePaillct et un jeuiie 
secretaire, qui devait etre le eelebre 
avocat Laebaud, appelle ii son secours 
Raspail. 

Quand Raspail arrive a Tulle, la contlam- 
nation aux travaux forces est prononcee. 

Raspail proteste contre I’arret ainsi rendu; 
il se fait fort de trouver de rarsenic « meme 
dans le bois du fauteuil du president ». II 
demande a contriiler les rcactifs qu’Orfila 
avait apportes de Paris. On le lui refusa. 

M"ir Lafarge subit sa peine dans la prison 
tie Montpellier, avec une dignite, une dou¬ 
ceur qui ne se dementirent jamais, protes- 
tant toujours de son innocence, ecrivant un 
livre : Henres de prison, cnipreint d’une 
noble resignation. Graciee an bout de tloiize 
ans, elle se rendit aux eaux d’Amelie-lcs- 
Rains, anemitJe, ties malatle. Des que sa 
presence y fut connue, une foule de paysans 
s’assemblerent devant I’hotel, burlant ’r 
« A mort! A mort, i’empoisonneuse! » 

Et succombant a I’emotion, M'"'' Lafarge 
mourut la, aux eris de ccs gens qui I’accii- 
saient encore et toujours. Dernier supidiee, 
epouvantable, si, comme Tout affirme taut 
d’eloqucnts defenseurs, la malhcureuse 
femme etait reellement innocentc! 


0 0 NOUS GAR.ANTISSONS de la fafon la plus absolue 
que la CARNINE LEFRANCQ ne contient que du Sue Miisculaire de Bceuf 
concentre dans le VIDE et a FROID ET PAS AUTRE CHOSE. 












CHANTECLAIR 



ebeiheb 


MEDECINE 


PRfiVENTIVE 


«, II y a dans le jus de viande certaines 
« substances qui viennent se fixer sur les 
« cellules nerveuses. Une fois que ces 
cellules nerveuses se trouvent im- 
^< pregnees par ces substances, elles ne 
« peuvent plus absorber le poison des 
« microbes et alors celui-ci circule dans 
•:< I’organisme sans pouvoir offenser les 
« ceUules nerveuses, parce que ces cellules, 
saturees par d’autres substances, sont 
refractaires a I’impregnation, a I’imbi- 
s< bition par le poison des microbes. 

« C'est a peu pres ce qui se passe 
« avec un echeveau de soie qui, une fois 
ss colorte, ne peut plus fixer une nouvelle 
matiere colorante. Si, au contraire, cet 
« echeveau etait blanc, il prendrait toute 
< la matiere colorante du bain oit on 
I’aurait plonge ; mais une fois qu’il est 
s. teint, il a fixe une couleur et n’en prend 
« plus d’autre. De meme, les cellules ner- 
veuses, une fois qu’elles se sont imbibees 
« des substances contenues dans le sue 
« musculaire ne peuvent plus s’imbiber 
& du poison des microbes. 

- <!, Alors, peu a peu I’organisme 

1 Vi se debarrasse de ces poisons par 
V, les emonctoires naturels. '> 


Professeur Charles RICHET, 

Membre de I’Acaddmie de Medecine. 


D’un coup (I’eventail tut tele; 
Le coup (lut eifleurcr ii peine. 
Aucun bruit ne I’a revele. 


En a fait lentement le tonr. 

Son can iVaiche a fui goutte a goutte, 
Le sue des tleurs s’est epuise; 
Personne encore ne s’en doutc. 

N’y toucliez pas, il est brise. 


nn qu oi 


Souvent ausi 
Eftleurant h 
Puis le cieur 
La lleur de 

Toujours intaet auxyeu.x du nionde, 
11 sent croTtre et pleurer tout bas 
Sa blessure fine et profonde. 

Il est brise, n’y tonchez pas. 

Sui.I.Y •PllCUHOMME. 

































1 ~ 







CHANTECLAII 



Le Professeur Fernandez CHACON, de Madrid 



.e a Grenade le 16 decembre 1848. Recu inter 

n 1870 le Lazaret de Grenade et etait recu 


Fernandez Chacor 
en 1866, 11 dirigeait e 

doeteur en 1874. . 

Nomme professeur de Cllniciue en 1881, d devenait, 
en 1883, titulaire de la Chaire d’obstetnque et de 
gyn&ologie de I’Unlversite de Santiago de Composte a; 

11 occupait ensuite la meme Chaire a lUniveisie e 
Valladolid, puis a I’Universite de Madrid, ou nous le 
trouvons depuis 1888. 

Le professeur Fernandez Cbacon est un gynecolo- 
giste ties rechercbe, aussi bien pour les maladies de 
matrlce cpie pour les accoucbements. Sp&ialise dans 
ces matieres depuis treiite-ciiiq ans, il a eu 1 occasion 
de pratiquer d’innoinbrables fois toutes les opera¬ 
tions de la cbirurgie moderne les concernant. 

Parmi ses publications, nous relevons une niono- 
graphie sur les moyens de discerner la mort reelle cle 
la mort apparente, un travail sur les hemorragies de 
raccoiichement et une traduction Unnotee ^du Imite 
d’accouchcment de Ribemont-Uessaignes (18J7). 

Le professeur Fernandez Cbacon presida la Section dobs- 

,1.„. |.lu.i.ur, Co,.grt. el <ia«8«'! ■>" S""''"-””""' ' 

i-tiL ...y.,. de ,-deci,.e dep.ds 1» e. e.....d.»e d. lOrf,, 


Coiigre 


civil d’Alphonse XII. 


PORTRAIT-CHARGE. — Le 




—O o O- 


EN DESESPOIR DE CAUSE. 

Jesuisheureu. de vous taicUer du BOV 
une malade atteinte d’obstruction neoplasxque des ^ 

maniere remarquable, permettant aux alimen s e re a Leitiaire, Chantilly (Oise). 

































CHANTECLAIR 


CARNINE LEFRANCQ 

Sue de Viande de BCEUF CRUE 


Pur et CONCENTRE dans le Vide et a Froid 




LE PLUS ^NERGIQUE 

RECONSTITUANT 

dont dispose la Medecine 


actuelle 

n6cessite I’abatage 


22 BCEUFS 
PAR JOUR 


USINE MODELE 
ROMAINVILLE (Seine) 

lement pour la CflRNINE. 


n 


1 / 

TOjBEECOL@SE^ 

« e « 1 

ANOEEXIE 

SE§ 


De I a 5 cuiller&s & boitche par jour 4 n’importe quel moment, 
Pure ou additioniife d’uii liquide quelconque, eau minerale ou 
naturelle, the, lait, etc., FROID ou TIEDE. 


O^pot G^n^ral : ETABLISSEMENTS FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, PARIS 


































regime ALIMENTAIRE DE napoleon le>- A SAINTE-HELENE 


I 


Un heureux bibliophile a decouvert, cbez 
iin antiqiiaire, a Paris, le livre de comptes, 
tenu au iour le jour, des depenses faites 
par Napoleon a Sainte-Helene. 

Ce rcgistre a ete tenu a jour par I’officier 
de bouche Pierron, qui 1 a commence en 
janvier 1818; le dernier feuillet porte une 
date qui a son eloquence; 5 mai 1821. II 
comprend 43 pages. 

La comptabilite est des plus simples; elle 
est exprimee en livres, en shellings et en 
pence. Chaque mois, apres verification de 
Montholon, I’Empereur se fait remettre le 
registre, controle les moindres depenses, 
provoque s’il y a lieu, des explications, refait 
meme les additions. 

C’est en janvier 1819 que Napoleon sem- 
ble avoir commence cet examen et s etre 
livre a ces calculs. Mais, pour plus de com- 
modite, il transpose les livres sterling en 
francs. 

Le cuisinier que I’Empereur avait ramene 


de France ftait un certain Lepage. A la suite 
d’une qucrelle avec un valet de chambre, 
Lepage, decourage, avait quitte File; a partir 
de ce moment, les repas de FEmpereur sent 
confies il une equipe de Chinois sous la sur¬ 
veillance de Pierron, qui devint cuisinier 
par necessite. 

Les choses ne resterent pas longtemps 

Un grand personnage anglais, lord M..., 
revenant de Chine, offrit ii Napoleon un 
cuisinier repute dans cette contree. La con¬ 
dition etait dure, a cause de la vapeur par- 
ticuliere dii charbon de File. Le nouveau 
serviteur fut force de renoncer a ses fonc- 
tions, car le feu detruisait sa vue. Le gou- 
vernement de la cuisine revint de nouveau 
a Pierron et a ses Chinois. 

Mais, dans ce moment, la princesse Bor- 
gbese envoyaif de Lucques, sur une lettre 
de Madame Mere qui Finstruisait de la 
position de FEmpereur, un jeune bomme 


La CARNINE LEFRANCQ 

est le plus Energique 


RECONSTITUANT 


dent dispose la 










CHANTECLAIR 



intelligent, plein tie zele et tl’honneur, 
M. Chandellier, dont Napoleon a ete cons- 
tamnient satisfait, et qni est rcste a Sainte- 
Helene jnsqiia la mort de I’illustre captif. 

Chandellier etait ingenienx aidant qu’ac- 
tif ; il eu vite fait de monter un fourneau a 
rallemande dont il avait achete a Londres 
les parties principales; eomme on lui refu- 
sait le hois necessaire jjour chauffer son 
fourneau, il fit forger par nn serrurier de 
Tile une plaque de fonte qu’il transforma en 
four a charhon et dont il executa lui-meme 
la maconnerie. L’Enipereur se inontra ties 
satisfait de ces dispositions. 

Voulant, sans plus tar- 
der, mettre a re2Jreuve 
les talents de son nou¬ 
veau Careme, il lui 
eommandeune ((soupe 
de soldat » Chandel- 

militaire, devait en 
eonnaltre la composi¬ 
tion. La premiere fois, 
il la reussit fort mal : 
elle etait trop claire et 

ete prodigues. « De- 


Les legum 


contenta de dire I’Em- 
pereur. Lc lendeinain. 


qu’une cuiller aurait 
|)u y tenir dehout. 
L’Enqiereur n’en rede- 
inanda jilus des ce 


■ares, et quand on en 
t hrules par le soleil. 

On a parfois grand’peine a avoir de la 
viande de houeherie; celle qui est consom- 
mee dans I’tle provient du Bresil ou du Cap 
de Bonne-Esperance. 

Malgre les ordres qui avaient ete donues 
an gouverneur, I’office de Napoleon ne rece- 
vait jamais qu’une ehetive portion. Si on 
lui envoyait une ejiaule de hteuf, elle ftait 
decharnee, tandis que le gouverneur se I’e- 
servait la partie succulente, le quartier de 
derriere. Aussi Napoleon, qui aimait les 
viandes grasses, n’ohtenaitpresque jamais le 
morceau de son choix. 

On lui servait par¬ 
fois des cotelettes de 
pore frais, ties hou- 

preparations etaient 
jiassahles, mais la vo- 
laille de toute espece 
etait d’un gout detes¬ 
table. On essaja inu- 
tilenient de tons les 


A en juger par le livre NAPOLEON 
de comjjtes, la table impe- Tableau c 

riale,.durant I’exil, fut plus que frugalc. 

En 1818, les depenses varient entre 50 et 
1.50 livres sterling, et le personnel est rela- 
tivement nombreux a Sainte-Helene. De 
plus, la vie est tres ehere dans I’lle; dejniis 
I’arrivee de I’EmiJercur, le prix des vivres a 
relativenient augmente. Quelques chiffres 
pris dans une relation du temps en donne- 


Le boeuf vaut 36 deniers la livre; le mou- 
ton, 30 deniers; le pore frais, 40 deniers; 
me poule ou un canard, 24 schellings; une 
lie, 50 schellings; une dinde, 60 schellings; 
in hoisseau de pommes de terre, 15 schel- 
ings ; la douzaine d’leufs, 8 schellings; senl, 
e poisson est d'un prix ahordahle. 


moyens pour engrais- 
scr des poulets et des 
poulardes, des din- 
donneaux et des oies. 

On voyait rarement 
du gihier dans I’lle. 
Les quelques per- 
dieaux louges et fai- 
sans qui pouvaient s’y 
tiler etaient destines a 
la fable du gouverneur. 

Ni poissons d’eaii 
douce, ni coquillagcs; 
on ne pechait sur les 
cotes que de petits 
maquereaux dont la saveur 
^ ^ pouvait se comparer, dit 

un narratcur, a celle du chien de mer. 

A Sainte-Helene, les fruits ne inurissaient 
presque jamais, a cause de I’inconstance des 
vents. Les ahricots, les raisins n’j' avaient 
aueun goiit. Les hananes etaient meilleures 
et lc cuisinier les employait en heignets, cn 
ayant soin de les faire mariner. 

Le pain avait un gout de poussiere; la farinc 
cn etait presquetoujoursechauffee. Onytrou- 
vait souvent dn sable, par suite du melange 
des farines de I’Europe et du Cap de Bonne- 
Esperance, ohtenu par de vieillcs meules. 

Le maderc, le vin de Teneriffe, le vin de 
Constance etaient les vins habituels de la 
maison; mais rEmpereur se conlentait d’un 
verre de Bordeaux. 








Le Profcsscur HUTINEL 













CHANTECLAIR 


Napoleon etait pen buveur. Le vin qu’il 
pi-eferait etait du Chambertin ayant cinq 
on six ans de bouteille; rarement il deinan- 
dait du Cbampagne, sauf dans Ics fricassees 
de poulet. II convenait d’ailleurs qu’il ne 
s’y connaissait pas en crus. 

L’heure du repas etait tres variable. II se 
levait ordinairement a huit heures; jusqu’a 
line beure et parfois plus tard, il ne prcnait 
qu’une tasse de cafe noir. 

Son diner avail lieu a huit heures; il se 
rctirait vers onze heures dans sa chambre. 

Il ne semble pas avoir eu de penchant 
pour les plaisirs de la table. Il n’avait pas 
plutot lini de manger, qu'il se levait, comme 
s’il avail hate d’etre debarrasse d’une corvee. 

Voici quel etait son menu habituel, a 
quelques variantes pres. 

Le dejeuner se composait d’un potage a 
I’oseille lie, ou autre rafraichissant, de poi- 
trines de mouton passees et grillees avec 
un jus clair, ou de deux cotelettes de mou¬ 
ton, quelquefois d’un entremets de legumes; 
mais ce plat etait ordinairement detestable. 

On servait au diner un potage, un releve, 
deux entrees, un rot, quelque mauvaise jjatis- 
serie, dont Napoleon se montrait tres friand. 

o =- - O 


Bien que les aliments fussent en general 
mediocres, la jiiete de ses serviteurs avail 
soil! de les lui presenter sur des assiettes 
d'argent, que le service avail eu la jirecau- 
tion d’apporter a Sainte-Helene. 

Les releves se eomposaient de viandes 
vulgaires : boeuf bouilli, mouton, pore frais 
ou cochons de lait. 

Lorsque I’Empereur etait encore bien 
portant, le repas etait plus abondant. 

La premiere entree etait une volaille; la 
seconde, de la viande de boucherie, et, quand 
il y avail penurie, de la patisserie ou de la 
friturc. On n’avait presque jamais de gibier. 

Les truffes et les champignons, qii’on lui 
envoya parfois d’Angleterre, n’arrivaient 
qu’uses; le beurre etait vieux et sale, a ee 
point qu il fallait le laver dans plusieurs 

Le cafe, qui etait indispensable a I'Em- 
pereur, lui manqua frequemment. On lui 
mesurait I’eau des fontaines pour sa table; 
on la lui refusa souvent pour ses bains. 

Sous I’influence de cette alimentation, et 
les rigueurs du climat aidant, la sante de 
I’Empereur ne pouvait que s’alterer. 

(A siiivrej. 

1 — ■ O 



La CAIiNINE LKFRANCQ est la mains chere de toutes les preparations 
zomotherapiques parce qu’elle est dix fois plus active que les similaires. 




















CHANTECLAIR 


admirable 


La Gamine Lefrancq est un produit 
admirable; ses effets sent merveilleux. Fre- 
quemment prescrite chez les eidants elle 
„e m’a donne jusqu’alors que dexcellents 
resultats. Docteur Catrin, 

Medecin Inspecteur des Enfants assistes, 
Crecy-sur-Serre (Aisne). 


SURPRENANT 


Je viens d’avoir a la fois plusieurs malades 
dans un etat d’epuisement trte prononce; il 
n’y a eu que la Gamine Lefrancq pour 
les relever, et cela avec une rapidite surpre- 

Docteur J.-G. Gaffort, 
Feyrac-Minervois (Aude). 


Le Professeur HUTINEL 



- 1. 15 1819. i 

Apres avoir fait ses etudes classiques au lycee de Chaumont, 
medecine. ‘interne, puis medeein des Hoidtaux en 1879, ■ 
arrivait a I’agiegation en 1883 et obtenait en 
chaire de Pathologie medicale, qu’il abandonnait n 
ment pour celle de Clinique infantile. 

Sa predilection pour la medecine infantile si 
marquee par ses suppleances de la Clinique de 
maladies des enfants et sa decision de conserve!- son 
service a I’Hospice des Enfants-Assistes. On lui doit 
d’importantes etudes sur les temperatures basses 
centrales, sur la broncho-pneumonie infantile, pour 
laquelle il a preconise les bams frais a 28" et 
au-dessous, sur I’hepatite tuberculeuse cliez les 
enfants, les lesions syphilitiques au foie chez les 
nouveau-ues, la meningite tuberculeuse, le menin- 
gisme, I’here'dite de la tuberculose, le traitement de 
la dyspepsie et de la diarrhee infantiles, lantisepsie 
de la peau, les cirrhoses cardiaques, la convalescence e 
la rechute de la fievre typhoide. 

Le professeur Hutinel vient de terminei un ouriage 
en cinq volumes sur les Maladies des hiifaiits, en co a lo ^ 

de, Hopitaux (Baboppelj, Big.rt, D.arre, Jeamelme, 1 . Lereboullet. I.e,, 
L. Martin, Merklen, Nobecourt, Paisseau, Tixier, \itry a 

Il est membre de I’Acadmnie de Medecine depuis 1899 et Chevaliei de 
d’Honneur. 


la Legion 


MERVEILLEUX 

La Gamine Lefrancq est un reconstituant 
merveilleux, duquel on pent tout attendee. Je 
I’emploie souvent et toujours avec succes. 

Ci-joint 25 fr. 50 pour 3 flacons que je vous 
prie de m’envoyer. 

Docteur J. Descrimes, 

Medecin de la C'“ des Chem. de ier Algeriens de I’Etat, 

Ain-Tedeles (Oran). 


remarquables 

J’ai deja prescrit frequemment la Gamine 
Lefrancq. J'ai soigne entre autres deux 
femmes cancereuses atteintes de dyspepsie 
avec hecticite ; le seul aliment qu’elles 
pouvaient supporter etaient la Gamine 
Lefrancq, qui les soutenait d’une fa9on 
remarquable. jj^^^eur Huguier, 

V6t6rin2ire en 1 " au 5 "“ Dragons, Compidgne (Oise). 
























CHANTECLAIR 



LE PRESSENTIMENT DE LA VIERGE 
Reproduction par la photographie des couleurs d’un tableau de Ch. Lande 
(Musfe du Luxembourg, Paris). 


La CARNINE LEFRANCQ 

merite toute votre confiance, et ne neglige rien pour vous donner satisfaction. 










CHANTECLAIR 


Docteur MALKE 

Medecin de la 
Commanaaie bienfaisante 
Syrienne. 

De 1 li. a 4 h. aprSs-mifli 


•V-Ji 


Beyrouth, le 24 Noverabre. 1909. 
(Syrie) 


Je suis tres h'eureux de vous annoncer 
le cas suivant qui pourrait etre consi¬ 
der e comme un miracle : 

Une femme amenorrheique qui s' est 
servie de tout 1'arsenal emmenagogue et 
fortifiant depuis deux ans, sans aucun 
resultat, a vu apparaitre ses regies 
par 1'usage journalier de la CARNINE 
LEFRANCQ, a haute dose et pendant un mois 
seulement. 

Je regrette beaucoup de n'avoir pas 
ce medicament. 

Agreez, Messieurs, mes plus cordiales 
et chaleureuses felicitations et mes 
salutations distinguees. 

Docteur MALKE 



Marquise, si mon visage 
A quelques traits un peu vieux, 
Souvenez-vous qu’a mon age 
Vous ne vaudrez guere mieux. 

Le temps aux plus belles choses 
Se plait a faire un affront, 

Et saura faner vos roses 
Comme il a ride mon front. 

Le raeme eours des planetes 
Regie nos jours et nos nuits ; 

On m’a vu ce que vous etes; 

Vous serez ce que je suis. 

Cependant, j’ai quelques charmes 
Qui sont assez eclatants 
Pour n’avoir pas trop d’alarmes 
De ces ravages du temps. 

Vous en avez qu’on adore, 

Mais ceux que vous meprisez 
Pourraicnt bien durer encore 
Quand ceux-lii seront uses. 



Ils pourront sauver la gloire 
Des yeux qui me semblent doux, 
Et dans mille ans faire croire 
Ce qu’il me plaira de vous. 

Chez cette race nouvelle. 

Oil j’ai quelque credit, 

Vous ne passerez pour belle 
Qu’autant que je I’aurai dit. 


Pensez-y,’belle Marquise ; 
Quoiqu’un grison fasse effroi, 
li vaut bien qu’on le courtise, 
Quand il est fait comme moi. 


PiKRiiE Corneille. 


VIENNE. — Le Chateau Roya 


















CHANTECLAIR 


Nous appelons tout particulierement V attention 
de MM. les Medecins sur le BOV’ HEPATIC 
qui donne des resultats vraiment 

EEMARQUABLES 


1 


BQ 

□o 


OPOTHERAPIE HEPATIQUE 


aa 


BOV’ HEPATIC 


SIROP (gout TRES agreable) globules 

Prepare dans LE VIDE et A FROID 

avec les FOIES des BCEUFS de la CARNINE LEFRANCQ 


Chaque cuilleree i bouche de sirop renferme les 
principes solubles de 50 gr. de tissu hepatique. 
Chaque Globule 

renferme 0 gr. 25 d’extrait hepatique soluble. 


INDICATIONS 


Toutes les maladies qui sent le resultat de I’insuffisance 
hepatique et toutes ceiles qui sent compliqu6es de cette insuffi- 
sance et aggrav^es par elle : 

Manifestations multiples et variees de I’Arthritisme, Nephrites, Cirrhose, 
Arterioscldrose, Diabete, Goutte, Cancer, Dyspepsies intestinales, 
Hemophilie, Ententes chroniques. Constipation, Urticaire, Dermatoses. 


LITTERATURE ET fCHANTILLON SUR DEMANDE 
PRIX : au public, Sirop ou Globules, 6 fr, 

DSpat Glnaral : eTABLISSEBIENTS FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, 




































REGIME ALIMENTAIRE DE NAPOLEON iPr A SAINTE-HELENE 
(Suite) 


JOURNAL BLAENSUE^ 


En 1818, au moment on Pierron prend 
la direction de I’office, I’auguste captif est 
soumis a un regime culinaire qui accuse le 
mauvais etat de son estomac, 

On ne eroyqit pas eependant, a 1 epoque, 
que cet organe fut deja atteint. D’apres le 
docteur 0’Mc%ra, qui a soigne I’Empereur 
jusqu’au 25 juiUet 1818 (( la maladie de 
I’auguste patient consiste dans une obstruc¬ 
tion du foie et une dyscrasie scorbutique; 
les moyens de s’opposer a la premiere mpr 
ladie sont une diete temperee par des ve- 
getaux frais, des fruits subacides, des 
substances animales faciles a digei-er... » 
Comment furent executees ces prescrip¬ 
tions, assez vagues a la verite? 

Des vegetaux frais, on n’en retrouve au- 
cune trace sur le livre de comptes; nons 
avons dit que les legumes poussaient mal 
e climat torride. 






i relevons f 


des raisins, des poires seches, des abrlcots; 
beaucoup de citrons, qui servaient sans 
doute h composer des limonades rafralcbis- 
santes, 

: Les oeufs se consommaient par douzaines. 

Les condiments sont egalement prodigues 
; au malade, dont I'estomac devait se revolter 
a leur approche; trop de moutarde, de cor- 
; nichons et de capres pour uu dyspeptique. 

Au mois de mars 1818, on tue une tortue, 

I pour en faire du bouillon. 

Les prunes, le raisin de Corintbe sont 
I des rafraichissants recommandables ; de 
meme le sirop de vinaigre, excellent desal- 
\ terant, quand on I’additionne d’eau. 

Comme viandes, les pigeons, les poulets, 
i les dindons ont, depuis peu, remplace les 
viandes fortes, boeuf et mouton. Le pore, 
^ sous forme de jambon, parait avoir ete bien 
tolere. 

I Au mois de juillet, nous voyons, mcn- 
tionnee pour la premiere fois, une boite de 


- 

i 

Toutes les prescriptions de la science moderne sont observees dan^ 
notre Usine de Romainville, qui coute aujourd’hui plus dq 

1 

- 



700.000 francs, et la fabrication de la CARNINE LEFRANCQ 



- 

y 

EST REELLEMENT SCIENTIFIQUE 

w 













CHANTECLAIR 


rorot, lisez arrow-root, fecule amylacee que 
Ton retire, clans les possessions anglaises, 
des Antilles et des Indes, a la maniere de 
la fecule de pomnie de terre chez nous, des 
racines tubereuses de deuxplantes qui sont: 
I'une le Maranta ariindinacea, plante ame- 
ricainc, I’autre, le Maranta indica, plante 

Ce sont les Anglais qui nous out fait 
connaitre cette substance, a laquelle ils ac- 
cordent une estime toute particuliere. On 
I’a presentee comme cc/ia/cptiq'ueffortifiante); 
mais c’est tout simplement un aliment le- 
ger, et a ce titrc, il est ordonne aux conva¬ 
lescents. 

Cette farine alimentaire, de la volaille, 
des oeufs, et comme boisson, du the de 
temps a autre, tres pen de vin, constituent 
a peu pres toute I’alimentation de I’Empe- 
reur en I’anne'e 1818. 

L’annee suivante, les symptomes ne fai- 
sant que s’aggraver, il eut ete imprudent de 
se relacber de celie severite de regime. Les 
rapports medicaux, sans etre alarmants, 
sont assez inquietants pour la justifier. Ils 
out un tort grave, tontefois, celui de ne pas 
specifier quel doit etre ce regime. Il ne pa- 
rait pas que les medecins aient porte leur 
attention sur ce point cependant si impor¬ 
tant. L’Kmpereur est oblige de les rappeler 
a leur devoir. 

« Les medecins, dit a la jiremiere ren¬ 
contre Napoleon au docteur Antommarchi, 
out la police de la table; il est juste que je 
vous rende compte de la mienne. Voici 
comment elle est scrvie : un potage, deux 
plats de viandc, un de legumes, une salade, 
quand je peux en avoir, composent tout le 
service; une demi-bouteille de clairet, que 
j’etends de beaucoup d’eau, me sert de bois¬ 
son ; j’en bois un peu de pur a la fin du 
repas. Quelqiiefois, lorsque je suis fatigue, 
je substitue le champagne au clairet ; c’est 
uu moyen sur d’exciter I’estoinac. Des 
pommes de terre, des lentilles, des pois, 
des haricots blancs, des choux-fleurs, des 
cotelettes, du gigot; du niouton, je recherche 
la partie la plus rotie, la plus brune ; mais, 
du reste, je veux que la cuisine soit simple, 
je n’aime pas les cuisiniers qui font de I’es- 
prit; un bon etoulfe a la genoise, un pilau 
a la milanaise et des taillerains a la corse 
valent mieux pour moi que toutes les mer- 
veilles de I’art de Bauvilliers. » 

Le meme jour, Napoleon disait a son 
interlocuteur : <( Souvent tout ce regime ne 
siiffit pas. ,fe suis force de rccourir a mon 
remede heroique, a la sonpe d la reine. 


I 

f 

I 

4 

} 

) 

I 


Cette composition de lait, de jaune d’ceuf 
et de sucre produit sur moi reffet d’un pur- 
gatif doux et me soulage constamment. » 
Antommarchi etait entre au service de 
I’empereur le 22 septembre 1819. A dater de 
ce moment, il est aise de suivre sur le livre 
de menage les etapes de la maladie. 

Le malade ne mange pour ainsi dire plus; 
du moins le registre ne fait-il point mention 
d’aliments autres que des ceufs... et de la 
salade ! 

L’Empereur est presque tout le temps 
alite ; il ne sort du lit que pour entrer dans 
le bain, dont il retire un grand soulage- 

Le mois d’octobre se passe dans des alter¬ 
natives d’esperance et de decouragement; 
c est toujours du foie que se plaint I’auguste 
patient. 

Les remedes n’operant pas, le docteur 
present de I’exercice a son malade ; il y 
avait longtemps qu’il n’en prenait et il souf- 
frait de cette inaction. 

— « Mettez-vous a becher la terre », lui 
dit Antommarchi. 

— (( Becher la terre, oui, docteur, vous 
avez raison, je beeherai la terre. )) 

Il donne aussitot I’ordre qu'on achete des 
ustensiles de jardin (portes sur le registre 
en novembre 1819), et des le lendemain il 
est a I’oeuvre. Son valet, Noverraz, avait 
I’habitude des travaux rustiques ; il le fait 
jardinier en chef et travaille sous sa direc¬ 
tion. Ce fut une vraie frenesie. Il se livrait 
a ce travail avec une ardeur qu’il ne se con- 
naissait plus et que son entourage ne soup- 
connait point. 

Tout Longwood fut mis a contribution. 

« Il charriait, faisait transporter la terre ; 
il n’y eut que les dames qui echapperent a 
la corvee ; encore avait-il peine a s’empe- 
cher de les mettre a I’a'uvre. Il les plaisan- 
tait, les pressait, les solllcitait, il n’y avait 
sorte de seduction qu’il n’appliquat. » Tout 
en jardinant, I’Empereur causait medecine, 
histoire naturelle, guerre ou politique. 

Ce regime eut une influence des plus heu- 
reuses sur la sante de Napoleon. 

Au mois de janvier 1820, on voit reappa- 
rattre dans les comptes les pigeons, les 
(cufs, voire du pore et du poisson. 

L’illustre captif semble renaitre a la vie; 
il commande des reparations dans son habi¬ 
tation, les surveille, vetu comme un plan- 
teur, « en large pantalon, en veste, avec un 
enorme chapeau de paille du Bengale sur la 
tete, et des espeees de sandales aux pieds.)) 
Ainsi accoutre, il excite I’hilarite de ses 





-‘><3 

Lc Profcsscur 


Elisco CANTON, de Buenos-Ayrcs 






CHANTECLAIR 


Chinois, qui ne se possedenf pas cle le voir J 
sous ce costume. 

Ce n’aait, helas ! qu’une treve dans cette 
leute agonie. 

All mois de juillet (1820), une rechute # 
oblige I’auguste patient a recourir de non- \ 
veau aux boissons rafralchissantes et aux # 
viandes legeres; encore ne devait-il guere 
toucher a celles-ci que le personnel s’adju- # 
geait. ^ ' 1 

Les bulletins de sante se succedent de # 
plus en plus alarmants. 

Le malade en arrive a ne plus supporter # 
d’aliinents. Le registre ne note plus que % 
des reinedes : pastilles de mentbe, boites f 


de the, trente bouteilles de sirop, des dou- 
zaines d’oranges, de liinons, etc. 

Les forces vont en decroissant. Autour 
de I’Empereur on ne conserve plus la moin- 
dre illusion. 

II n’est plus question de comptes a cette 
heure; plus qu’un feuillet au registre, une 
page, qui restera blanche ou presque; die 

contient ces seuls mots : mai 1821, _ 

5 mai 1821; en marge, une initiale, la 
premiere lettre du nom de Pierron. 

C’est la fin, le denouement prevu du 
drame qui se joue depuis six ans sur ce 
rocher perdu. 

(Fin). 


Premier Sourire du Printemps 


Tandis qua leurs leuvres perverses 
Les hommes courent baletants. 

Mars qui rit, malgre les averses. 
Prepare en secret le printemps. 

Pour les petites paquerettes, 
Sournoisement Iprsque tout dort, 

II repasse des collerettes 
Et cisele des boutons d’or. 

Dans le verger et dans la vigne, 

II s’en va, furtif perruquier 
Avec line houpe de cygne, 

Poudrer a frimas I’amandier. 

La nature au lit se repose ; 

Lui descend au jardin desert 
Et lace les boutons de rose 
Dans leur corset de velours vert. 

Tout en composant des solfegcs, 
Qu’aux merles il siffle a mi-voix, 

II seme anx pres les pei-ee-neiges 
Et les violettes aux hois. 

Sur le cresson de la Fontaine 
On le cerf boit, I’oreille au guet, 

De sa main cachee il egrene 
Les grelots d’argent du muguet. 

Sous riierbe, pour que tu la cueilles, 

II met la fraise au teint vermeil, 

Et te tresse un chapeau de feuilles 
Pour te garantir du soleil. 

Puis, lorsque sa besogne est faite, 

Et que son regne va finir, 

Au seuil d’avril tournaut la tete, 

Il dit : « Printemps, tu peux venir ». 

Thkophile Gautier. 



COTE D'IVOIRE. - TraversSe d'une foret en chaise a porteur 



IL N’Y A PAS MIEUX 
Ml MEILLEUR 


Je vous exprime la satisfaction que m’a 
donnee votre excellente Carnine Lefrancq : 
il n’y a pas mieux, ni meilleur. 

Docteur Charles Jaffary, 
Medecin-Major, Chartres. 


Un deuil de convenance est toujours 
commode ; chacun en profite pour elaguer 
de sa vie ce qui I’ennuyait. L’un ne sort 
plus, mais refoit encore; I’autre sort, et ne 
" reyoit plus; ce sont des vacances noires. v 

COMTESSE DIANE. 
























CHANTECLAIR 


Le professeur Eliseo CANTON, de Buenos-Ayres 


etudes classiques aTucumaii, sinscrivait a la Faculte 
1881, et debutait dans la carriere comme chirurgieii de 


e professeur de 


Eliseo Canton, apres avoir fait 
de Medecine de Buenos-Ayres e 
Ire classe de la Flotte Argentine. 

Mais le jeune savant ne s’attardait pas de ce cote et bientot - 

Physique dans son pays natal (1887), puis professeur d histo.re naturelle a Buenos-Ay. es (1889). 

A partir de ce moment, nous suivons ses progres dans 
I’enseignement ofGciel, ou nous le voyons suceessivement 
professeur de parasitologic (1891-1901), professeur d 
clinique obstetricale (position actuelle), et doyen de la 
Faculte de Medecine de Buenos-Ayres. 

Parti de la medecine navale, le docteur Eliseo 
Canton est arrive a I’obstarique et a la gynecologic 
ou il s’est specialise', et il est en realite le fondateur 
de cet enseignement a la Faculte de Medecine de 
Buenos-Ayres, qui lui doit la fondation de la belle 
clinique obstetricale et gyn&ologique, riche de 
100 lits, qu’il dirige actuellement. | 

Travailleur infatigable, esprit entreprenant, 
menant a bonne fin tout ce qu'il entreprend, le 
professeur Eliseo Canton a grandement contribue 
au developpement de la Faculte de Medecine de 
Buenos-Ayres, qu’il a dotee d’une Ecole pratiqu 
et d’une Morgue, et qu’il travaille a doter encore 
d’une Polj'clinique. 

Ses travaux, fort uombreux, se rapportent 
Paludisme et a sa Geographie medicale dans 1 Argeni 



auA cau.>. thermales de 1’Argentine (qu’il eut mission officielle 
d’etudier), au parasite de la fievre paludeenne, a la radiopelvigraphie 
cesarienne conservatrice; on lui doit des coupes sagittales de femmes enceintes (les pre¬ 
mieres faites dans le Sud-Amerique), des etudes de fetus achondroplasiques, et la publi¬ 
cation d’une premiere serie de 24 cas de pubiotomie pratiquee dans I’Am^-ique du Sud. 

Comme beaucoup de ses confreres, le docteur Eliseo Canton s’est laissc tcntei pai la 
politique, qui lui a d’ailleurs souri. BeMu depute national a cinq reprises, le savant protesseur 
est actuellement Pre'sident de la Cbambre des Deputes de la Nation. Son action comme 
legislateur a certes ete feconde, car son pays et la science lui doivent de nombreiises lois 
coiicernant la salubrite, les chemins de fer, les aliene's, les canalisations et irrigations, 1 edu¬ 
cation et I’enseignement superieur. 

Le professeur Eliseo Canton est academicien honoraire 
diverses societes scientifiques. 


! et membre 




espondaiit 



RESULTATS REMARQUABLES 


gHl— 

SIRC 

INALTEI 

Bon ( 

“f BOV’ HEPATIC "" 

ULES 

iissolvant 

I'intestin 

t±L/—1 

c 

LITT£RATURE et eCHANTlLLONS SUR DEMANDE 

Zl 








































CHANTECLAIR 


L'Excommunication de ROBERT le PIEUX. 


Robert II de France, dit le Pieux (970-1031), aprte avoir tenu sur les fonts baptismaux _un enfant de 
Rerthe vluve du corate de Blois, epousa cette comtesse, raalgre la parente religieuse qu il avait amsi 
^nntractee avec elle De ce chef il tut excommunie. La sentence vient d’etre prononcee dans la grande 
aile du palais, en presence des epoux. An pied du trone, fume et expire le cierge pascal arracbe de son 
massif chandelier; le legat du pape et ses acolytes se retirent irapassibles et le sdence et le vide se font 

autour des a laissg ehoir son sceptre et courbe le front. Dans son ceil haprd, dans son 

lissfe il y a sans doute plus d'epouvante que de repentir. Dejd il ne prend plus garde k la 
T qul se craraponne a lui et I’enlace avec toute la tendresse de I’amour, avec toute 1 energ.e 


attitude affaissde, 
pauvre reine, qui 

du desespoir. . . „ ■ 

Cette composition dramatique a ete exposee a Pans 


'e Reproduction page 6). 


gourmandise 


Grace a la Gamine Lefrancq, un de mes 
malades, epuise completement par une pneu- 
monie infectieuse, a I'estomac delabre et 
rebelle a toute nourriture, a pu se relever 
assez rapidement. Sa femme tres fatiguee par 
les soins constants qu’elle lui donnait, 
trouvait des forces en absorbant de la 
Gamine Lefrancq, qu'eUe prenait comme 
gourmandise. 

- ■ r E. Taillard, 


Docteu 


(Paris), 


SOUVERAINE 

Je tiens a vous dire que la bonne Gamine 
Lefrancq continue a me donner d’excel- 
lents resultats. 

Que se soit dans la grippe, la tuberculose, 
la dispepsie et meme dans les etats cachec- 
tiques ou toute alimentation est repoussee, la 
Gamine Lefrancq s’est toujours montree 
souveraine pour le reconfort de ces malheu- 
reux. Je vous renouvelle mes compliments 
pour I’excellence de votre produit. 

Docteur H. Pavillard, 

Hdricourt (Haute-Saone), 



Instantane de Gustave FLAUBERT, par TAINE 

Ua grand vlgoureux homme, un peu carre, a glosses 
moustaches, I’air assez lourd, I’apparence d’un capitaine de 
cavalerie deja fatigue et qui aurait pris des petits verres. 

De la force et de la lourdeur, voila le trait dominant de 
sa conversation, de son ton, de ses gestes. Rien de fin, 
mais de la franchise, du naturel : c’est un homme primitif, 
un revenr et un sauvage )). Il a dit lui-meme'ces deux 
iliers mots. C'est un piocheur ohstine, qui force son imagina- 
II et qui en suhit les accidents... 




L’aniour maternel et I’amour filial sont A 
dans tons les coeurs, mais ils n’y ont pas 
la meme valenr. Preferer son enfant an 
reste du monde, c’est seulement suivre 
I’instinct commun a tons les animaux. Pre¬ 
ferer sa mere au reste du monde, c’est obeir 
a la justice, a la reconnaissance, a la raison 
cpie la nature u’a donnee qu’a I’homme : on 
doit juger une ame non pas sur ses senti¬ 
ments en general, mais sur le choix qu’elle 
fait parmi ses propres sentiments. 

Comtesse Diane v 


Les caracteres genereux acceptent sans 
emharras en pensant qu’ils donnent le 
bonheur de donner. 

Les caracteres avides demandent sans 
honte en ne pensant qu’au profit de re- 

Les caracteres ordinaires, ni avides, ni 
genereux, ne veulent ni demander ni 
recevoir, et ne comprennent pas qu’il y ait 
des gens pour qui la reconnaissance ne 
soit pas un fardeau. 

Comtesse Diane 






































































ne pas I’apercevoir cn rentrant du Cercle... X 
puisqu’il est convcnu qiie vous rentrez du X 
Cercle, si tard, cliaque iniit... A present ^ 
que vous etes fixe sur I’authenticite de ma v 
lettre, lisez-la attentivement et meditez-la : T 
ce n’est pas une plaisanterie. ^ 

... Voila trois ans, jour pour jour, raon $ 
cher ami, que nous sommes niaries. Avouez ^ 
que vous ne vous etiez point apercu de X 
I'anniversaire?... Moi, je ne I'aurais pas X 



VOS parents et pour les miens, pour nos 
amis pour le monde. nous sommes de 
jeunes maries... Vous avez trente-deux ans; 
j’en ai vingt-trois; vous etes elegant, je 
suis jolie; ne serait-il pas nalurel que noti e 
amour eut dure I’espace d’une liaison 
ordinaire?... Voila ce que pense le monde... 
Et pourtant, nous qui sommes dans les 
coulisses de la comedie, nous savons que, 
depuis plus d’une annee, nous ne sommes 
plus des amants et que (ne vous recriez 


□-c 

____ _-c 

La CARNINE LEFR.ANCQ est preparee avec de la chair de boeuf 

- □ 

© 

si recente, qu’on pent dire qu'elle est encore VIVANTE, et c’est pour- 



quoi elle renferme - intacts - tons les ferments de la VIANDE CRUE. 


□ - 

____ _ □ - □ 







CHANTECLAIR 


pas, j’ai mai'cjue les jours sur le calendrier, 
ail cours tie cette tlerniere annee) nous 
avons ete des epoux neuf fois, ni plus ni 
moins. Ces ncufpauvres fois vont d’ailleurs 
s’espacant de jilus en plus, et depuis le mois 
d’octobre... vous m’entendez?... Or, nous 
somraes en janvier, pres de la Hu de 
janvier!... 

C’est sur ce point que je me permets 
d’appeler votre attention, mon cher epoux. 
Observez combien votre conduite a inon 
endroit fut deraisonnable. 

Vous m’avez prise dans ma famille, vierge 
de corps et d’esprit, je vous I’assure, ne 
sacbant rien de rien de I’amour. A ce mo¬ 
ment-la, vous m’auriez simplement installee 
dans le lit Louis XV, vous m’auriez baisee 
sur le front et vous vous seriez retire dans 
votre cbambre, que — ma parole! — je n’y 
aurais rien trouve a redire; cette vie de 
bons camarades m’eut enchantee... Au lieu 
de cela, qu’avez-vous fait?... Vous avez, des 
le premier soir, pietine mes ignorances ; j’ai 
appris I’amour sans que rien m’y eut jire- 
paree... Remarquez que je ne m’eii jilains 
pas : il parait que c’est I’usage. Triste usage 
qui fait du manage une sorte de viol, quand 
il serait si facile d’en faire au moins une 
seduction!... Mais passons : la nature est la, 
lieureusement, qui repare, et vite, les mala- 
dresses des bommes. 

Il me fallut peu de temps, je le confesse, 
pour vous aimer, Raoul, non jibis en jeune 
fille, mais en femme. Vous daigniez mcme 
declarer, en ces jours heurcux, que j’avais 
« du temperament »; c’etait votre mot. 
Seulement, a mcsure que je m’animais, vous 
sembliez, vous, devenir moins amoureux, 
plus distrait. La nouveaute de tenir une 
vierge entre vos bras n’amusait plus votre 
imagination blasee, et deja vous compariez, 
sans doute, les pauvres caresses naives de 
votre femme aux caresses savantes des mat¬ 
tresses d’antan. 

Quand ariiva le second anniversaire de 
notre mariage, vous aviez une mattresse. 

Vous avez une mattresse : tout Paris le 
salt, et moi comme tout Paris. C’est une ca- 
botiue que vous payez; elle vous trompe : 
tout Paris sait egalement ceci, hormis vous, 
bien entendu. Apprenez, d’ailleurs, de mon 
experience deja inurie par les confidences 
des antres femmes, cette verite : Toiitc 
femme qtiiin homme pmje, trompe cel 
homme; et en le trompant, en se donnant 
pour rien a un autre, elle se i-eleve a ses 
propres yeux... 

Mais cela m’importe peu. Ce qui m’im- 


porte, c’est le delaissement on je suis depuis 
le commencement de cette belle liaison. 
Presque du jour au lendemain, il m’a fallu 
changer de regime : jiasser d’un ordinaire 
abondant et succulent a la frugalite et a la 
diete. Comment vous imaginez-vous done, 
cher ami, que j’ai I’estomac fait pour m’in- 
fliger une pareille epreuve ? Esperez-vous 
regler mon a2Jpetit a volonte? Mais, mon 
cher ami, vous etes, pour la prudence, au- 
dessous de ce bourgeois dont I’aventure 
ridicule vient d’etre contee aux juges, et 
qui, defiant de ses moyens, administrait du 
moins des calmauts a sa comjiagne!... 

Je suis une honnete femme; je desire 
respecter votre honneur : la lettre que je 
vous ecris en ce moment en est la preuve; 
j'ai supporte mon abandon sans me plaindre 
et de mon mieux, tant que ma volonte y a 
suffi : mais cette fois je vous avertis, jevous 
crie : « Au feu! » jiarce qu’un jietit incident 
m’a montre aujourd’hui meme que ma vo¬ 
lonte m’echaijpe, et que mes resolutions 
d’honnetete sont a la mere! d’une ardeur de 
sang, d’un eblouissement passager... J’ai 
promis devousracontercetincident. Levoici: 

Vous savez peut-etre que je recois le 
lundl : j’ai done recu aujourd’hui. Il vient 
chez moi nos amis que vous connaissez, et 
aussi un certain nombre de jeunes gens que 
vous connaissez peu. Que voulez-vous? 
N’imjjorte qui, pour avoir dine dans le 
monde a cote d’une femme, se croit en droit 
de deposer le lendemain un carton chez cette 
femme, et de s’y presenter dans la semaine. 
Les relations masculines s’etendent rapide- 
ment ainsi, surtout quand la jeune femme 
est notoirement delaissee jiar son mari, et 
c’est mon cas, mon cher Raoul. J’ai done 
bon nombre de jeunes visiteurs le lundi; et 
je dois leur rendre ce temoignage, que tons 
me font une cour assidue et s’offrent gene- 
rensement a vous remplaeer le jour ou je 
me deciderai a vous tromper. 

Or, aujourd’hui, vers si,x heures et demie, 
— par un de ces hasards qui vident tout 
d’un couji un salon plein I’instant d’avant, 
je me suis trouvee en tete-a-tete avec I’lin 
des candidats... Ne montez jias sur vos 
grands chevaiix, vous ne saurez pas son 
nom, et vous ne pouvez guere jirovoquer 
tons ceux qui sont venus, n’est-ce jias ?... 
Done, le candidat en question, ajires une 
minute de silence embarrasse, a iiris subi- 
tement un jiarti inconcevable, un parti de 
timide enrage ; il s’est precipite sur moi, 
m’a enlace la taille et in’a devore les levres 








Le Profcsseur ROGER 














CHANTECLAIR 


Vous croyez peut-etre que j’ai rcsiste’Eh 
bien! moii cher, pas clii tout. II y avait en 
moi, a mon insu, un tel besoin de caresses 
que j’ai perdu le vouloir au premier contact. 
J’ai ete, une secoude, a la merci de cet 
homme que je n’aime pas. 1 I’a bien vu; il 
allait profiter de ses avantages et deja s’ega- 
rait, quand, par bonheur pour vous... on a 
sonne... C’etait une de mes amies de pen¬ 
sion... Le jeune conquerant, rouge comme 
un coquelieot, a regagne prestement son 
f’auteuil. II etait temps; si I’amie etait entree 
cinq minutes plus tard, votrc compte etait 
regie, mon pauvre Raoul... 

...L’homme qui a failli devenir par sur- 


1 prise I’amant de votre femme ne remettra 
^ plus les pieds chez moi, je vous le promets.. 
£ Ce que je ne puis pas vous promettre, c’est 
J de ne pas courir une seconde fois le danger 
+ couru aujourd’hui, et, damell’amie de pen- 
T sion n’arrivera peut-etre plus si a propos. 

Je vous eonfesse loyalement ma faiblesse : 
W je me sens actuellement a la merci d’un 
J audacieux... Le feu est a votre maison, cher 
T ami : s’il vous est indifferent qu’elle brule, 
X eontinuez votre vie d’amour extra-conjugal!., 
y Sinon, comme, Dieu merci! I’incendie n’a 
$ pas fait beaucoup de ravages, vous pourriez 
^ peut-etre I’eteindre... cette nuit encore... 

$ Marcel Prevost. 




UN CAS DESESPERE 


Je tiens a vous confirmer que depuis 10 ans que je prescris 
systematiquementla Carnine Lefrancq, je n’ai jamais eu demecompte. 

Docteur J. P^raldi, a Toulon (Var). 


La pile dcs injures est celle 
quo la diguite defend d’oublier. 

La beaute attire, I’esprit 
amuse, le cmur retieut. 

Lomtesse Diane. 


A tous les tuberculeux je fais prendre de la Carnine Lefrancq, 
produit, que je regarde comme superieur de beaucoup a toutes les 
preparations et aux elixirs vantes a faux par la presse comme efficaces 
dans la tuberculose. 

Les pretuberculeux retirent principalement de grands avantages 
de la Carnine Lefrancq, qui, en peu de temps, les ramene a une 
sante parfaite. 

J’ai vu egalement des tuberculeux, au !'■ degre, permettre a leurs 
lesions de se cicatriser par I’emploi de la Carnine Lefrancq. La sante 
de trois de ces malades est actuellement aussi satisfaisante que possible. 

Je dois egalement rapporter un cas 
curieux. A 15 kilomMres de Longny, 
habitait une jeune fille (18 ans) atteinte 
de peritonite tuberculeuse. Un confrere 
qui la soignait jugea un instant son etat 
si desespere qu’il fit part de son im¬ 
pression a la famiUe. Mande a ce moment, 
j’administrai de la Carnine Lefrancq a 
cette jeune malade, qui est actuellement 
en parfaite sante. 

Docteur L. Roue, 

de la Facultd de Mddecine de Paris, 
Longny (Orne). 


I’lieure juste, ou en retard; 
scion qu’on aime, qu’oii aime 

Lomtesse Diane. 















CHANTECLAIR 


Le Professeur ROGER 

Geon;es-Eugene-Henri Roger est ne a Paris en 1860. 18S1 il 

Interne en 1883, puis preparateur du Laboratoire de Pathologic generale en 188o, 
etait recu docteur en 1887, avec nne these snr « 1’Action du foie sur les poisons),. Devenn 
rlipf dil l aboratoire dont il avait ete le preparateur, il reussissait, dans la meme anne -, 
des Hbpitaux et de ’A^.gation. Eu 1905, ^ 

logic cxperinienlale, abandonne'e par M. Chantemesse, qui avait optc poui 1 Hygiti 

a„ Mj*. ™ 1«, 

le docteur Roger avait supplee le professeur Bouchard dans sa chaiie de patbo ogie geneia , 
et eifigOoTavait rempli les fonctions de secretaire de la Section de pathologic generale 

'""PeriiTouTd’abord, portant ses investigations sur lorigine des maladies 
eludie la biologic des microbes et recherche les causes de developpemeiit - ^ ’ 

geant les pioccssus d'into.xications et d auto-intoxications (dans le Irmie * ^» 
generale du professeur Bouchard), il recherchait quels sont es > h^meurs 

I’organisme contre les intoxications et les substances toxiques des tissus ct des ^ 

Ponduit ainsi >^ur le terrain de la pathologic generale et de la pathologic comparee, il decii 
vait dans le Traite de Medecine de Charcot-Bouchard, les maladies inlectieuses communes 
TAoZe l t: animaux, et .tudiait rPresse ^Micale, 
animaux. Enlin, envrai medecin, il completait cette muvre 1^ 

1 t t n t les infections : bacteriotherapie, serotherap.e lavages " 

Teaii oxygenee, chlorure de calcium dans les hemorragies, duree de 

On doit au urofesseur Roger une « Introduction a I’Etude de la Medecine )) qui est 

une somLire- " n , 1 1 I tl ologie genO-ale, que tons les audiants devraient 

avoir dans leiir petite hibliotheque. Enlin le « Dictionnaire encyclopedique des sciences 
medicales » le compte parmi ses actifs collaborateurs. |ol,eur 

Le docteur Roger n’a pas cependant ete ahsorbe tout entier pai c ‘ - 

Sous le pseudonyme d’Henriot, il a ecrit une piece en deux actes, ^ 

au theatre Antoine en 1905, et on Ton voit un magistrat, qui a assassine iin de ses coUegues 
sans en avoir conscience, charge de rinstruction de cette affaire. 

Lc professeur Roger est chevalier de la Legion d honneui. 


PORTRAIT-CHARGE. - Ee professeur Roger, ( 


- SIROP ou GLOBULES - 

BOV’HEPATIC 

Prepare dans le vide et a froid avec les 
foies des hoeufs de la Carnine Lefrancq. 


Chaque cuilleree a bouche de strop ren- 
ferme les principes solubles de 50 gr. de 


Chaque globule renferme 0 gr. 25 

d'extrait hepatique soluble. 


INDICATIONS. - Tou 


I de ITnsuffIsance hdpatique 
mce et aggravdes par elle : 

s, Arteriosclerose, Cirrhosei 
es, Constipation, Urticaire, Derm 

Le Flacoii de 15 cuillerees a ioticlie ou celui de 50 aioOules : 6 francs 

JLitteraturs et echantilhn xur demand! 


compliqudes de d 
iees de I’Arthritisme, Nephrit 


I 













CHANTECLAIR 


TUBERCULOSE 

CONVALESCENCES 
MALADIES DE L’ESTOMAC 



LA MOSQUEE D’OUDJDA (Maroc) 
d'apres une photographie communiquee par 
M. le Medecin Major Duffaa. 


De Ids cmllere.es d bouche 
par jour, d n’importe quel 
moment, pare ou additionnee 
d’un liquide qaelconque eau 
minerale ou naturelle, the, 

:: :: lait, etc. :: :: 

□ I O 

V 

Renferme tous les Ferments 

¥I¥A!^TS 

de la VIANDE de BCEUF 


PUR sue DE VIANDE DE BCEUF CRUE 



dans LE VIDE el A FROID par un prOc£d£ DRposfi a l'acadLmie de mLdecine 


Depot Ge'neral; ETABLIS8EMENT8 FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, PARIS 


Ne cherchez pas un 

ReconsHtuant 


RAFIBE 

IL N’EXISTE PAS ENCORE 



RUINES D’UNE KASBA MAROCAINE 
d'apres une photographie communiquee par 
M. le Medecin Major Duffau. 












CHANTECLAIR 


LA CHANSON DU RAYON DE LUNE 


GUY DE MAUPASSANT 


Sais-tu qui je suis ? - Le Rayon de Lune. 
Sais-tu d’ou je viens ? — Regarde la-haut. 

Ma mere est brillante, et la nuit est brune. 

Je rampe sous I’arbre et glisse sur I’eau ; 

Je m’etends sur I’herbe et cours sur la dune ; 
Je grimpe an luur noir, au tronc du bouleau, 
Comme un maraudeur qui cherche fortune. 
Je n’ai jamais froid, je n’ai jamais cbaud. 


Sais-tu qui je suis ? - Le Rayon de Lune. 
Et sais-tu pourquoi je viens de la-baut? 

Sous les arbres noirs la nuit etait brune; 

Tu pouvais te perdre et glisser dans lean, 
Errer par les bois, vaguer sur la dune, 
Tebeurtcr, dansl’ombre,au tronc du l)ouleau. 
Je veux te montrer la route opportune; 

Et voila pourquoi je viens de la-baut. 



Si j’avais a douer une 
femme, je ne lui don- 
nerais pas une perfec¬ 
tion de formes qui put 
faire aimer sa beaute 
sans elle ; je voudrais 
que son charme fut 
dans I’expression, pour 
qu’il ne devTnt puis¬ 
sant que sur I’bomme 
epris de son ame. 

COMTESSE 


Farce qu’on a plu, on croit qu’on plaira tou- 
jours; paree qu’on est aime, on ne prend plus 
soin d’etre aimable etpourtant ilest bienplus 
difficile de conser- 
ver que d’acquerir. 


On feint d’etre 
etonne et recon- 
naissant des dis¬ 
tinctions dont on a 
ete I’objet, afin de 
se creerle droit et 
le pretexte de 
les raconter. 


AU DERNIER DEGRE DE LA CHLORO-ANEMIE 

J>ai obtenu des resultats si beureux avec la Gamine Lefrancq que je cousidere 
comme un devoir de vous le dire. 

Parmi les guerisons et les ameliorations obteiiues, Tune m’a frappe. ^ 

Une femme X..., de Longeeourt, pres Arnay-le-Duc, etait arriyee an dermcr deyre dc la 
vhloro-anemie, sans qu’aucun des medicaments babituellement utilises ait produit la momdre 
amelioration. Au fur ct d mesure qii'eUe prcnait la Gamine Lefrancq, appe i ' 

Huit, les forces reveuaienl. L’ayant momentanement suspendtie avec iiAention, la faiblesse 
revint; il suffit de la prescrire' a nouveau pour obtenir une giierison deftnitive. 

Chez les tuberculeux, les cancereux, et en general ehez tons les deprimes elle offre au 
mMecin le moyen efficace de relever les forces et surtout, plienomene constant de raui^er 
I’appetit. Veuillez agreer toutes mes felicitations pour votre heiireuse application c e p 
cipes de la zomotlierapie. Docteur Rogier, Arnay-le-Duc ( ote r). 























CHANTECLAIR 


1 



ETUDE 

Reproduction par la photographie des couleurs d’un tableau d’Alfred Agache, 
au Musee du Luxembourg, a Paris 

ANOEEXIE 

disparait toujours et trte rapidement avec un seul flacon de Carnine Lefrancq, 
marque 5 fr. 50 


i 










COMMENT VICTOR HUGO FIT REPRESENTER “ANGELO” 


Le Roi s’amuse tombe n’avait pas em- 
peche le Theatre-Francais de redemander 
a I’auteur une piece depuis la reussite 
&latante de Lucrece Borgia. M. Jouslin 
de Lassalle etant revenu en fevrier 1835, 
M. Victor Hugo lui repondit qu’il achevait 
dans ce moment un drame qui exigeait 
deux actrices de premier ordre. Le Theatre- 
Francais avait M»e Mars et pouvait engager 
Mnie Dorval qui etait libre, mais il s’agissait 
de savoir si Mars consentirait a jouer 
avec M™o Dorval. Quant a celle-ci, elle 
jouerait avec qui Ton voudrait. 

L’auteur lut Angelo a Mll'> Mars. L’actrice 
habitait rue de la Tour-des-Dames, dans 
un hotel oil Ton arrivait par une avenue et 
par des escaliers en amphitheatre. L’auteur 
fut introduit dans un salon meuble scion le 
gout empire. Un gout plus recent y etait 
represente par un tableau-pendule fignrant 
une eglise de village dont le clocher a ca- 
dran carillonnait les heures. Ce carillon se 
mela a la lecture d’Angelo. 

M. Victor Hugo n’avait pas revu Ml'i' Mars 


depuis qu’il lui 
avait refuse jI/u- 
rion de Lonne. 

Elle fut tres ai- 
mable.ecoutala 
piece avec inte- 
ret, lui dit qu’il 
avait fait dc 
grands progres 
comme lecteur, 
et loua meme le drame en des termes 
auxquels elle n’avait pas accoutume Tauteur 
d’Hernani. 

— Certainement, je jouerai, dit-elle, et 
avec votre M™e Dorval ! Les deux roles sont 
tres beaux. Voyons, vite, quel est le mien ? 

— Celui que vous choisirez. 

Catarina, mariee, chaste, convenait a 
merveille an talent honnete et decent de 
M"“ Mars; mais la Tisbe, fille des rues, 
violente, dereglee, semblait faite pour le 
talent boheme et libre de M'"'^ Dorval. 
Mile Mars prefera done la Tisbe. 

Le drame, dans son etat primitif, avait 


AUCUNE des preparations qu’on oppose a la CARNINE L.EFRANCQ 
ne peuvent lui etre comparees a AUCUN point de vue. 












CHANTECLAIR 


cinq actes. La mort d’Horaodei, au lieu 
d’etre en recit, etait en action. Rodolfo allait 
punir I’espion dans un bouge de bandits oil 
se melaient le vin et le sang. Apres la lecture 
au comite, MM. Taylor et Jouslin de Lasalle 
vinrent trouver I’auteur; I’acte des bandits 
les inquietait; le Roi s’amuse avait du en 
partie sa chute au bouge de Saltabadil; le 
bouge d’Homodei ferait toraber Angelo ; il 
n’etait pas indispensable au drame ; la mort 
d’Homodei pouvait etre racontee en quelques 
mots ; ils obtinrent de 
I’autenr la suppression 
de I’acte. 

Les repetitions fu- 
rent curieuses par la 
rencontre des deux ac- 
trices celebres. M'lo 
Mars traitait M™® Dor- 
val avec la hauteur 
aristocratique d’une co¬ 
medienne du Theatre- 
Francais, forcee de 
s’encaTiailler avee une 
echappee du boule¬ 
vard ; elle n’en sentait 
pas raoins que c’etait 
une rivale serieuse, 
elle etait en nieme 
temps humiliee et ef- 
frayee, et c’etait un 
singulier melange de 
mepris et de haine. 

Mnie Dorval, elle, etait 
souple et caressante; 
elle repondaitaux bru- 
talites par des flatte¬ 
ries ; elle etait toute Mademc 

pretea se trouver bien 

bardie, en effet, de mettre son pied melo- 
dramatique sur ces nobles planches du 
Theatre-Francais ; elle se faisait toute 
humble et toute petite, quitte a se redresser 
devant le public. 

Elle repetait en dedans, ne demasquait 
aucun effet, etait terne, eteinte, nulle. 
Mile Mars se rassurait et se felicitait du bon 
calcul qu’elle avait fait en prenant le role 
qui lui allait peu; mais comme Catarina 
allait encore moins a M™e Dorval ! Cette 
femme sans frein et sans retenue dans un 
role de purete et de dignite ! elle etait ca¬ 
pable d’y etre sifflee. Mais, a une repetition. 
Mine Dorval s’oublia et joua tellement que 
I’esperance de MUe Mars s’evanouit ducoup. 
Elle ne put se contenir et, au troisieme 
acte, interrompit I’acces de colere de Cata¬ 
rina centre Angelo et centre la Tisbe. 



— Dites-donc, monsieur Hugo, quelle 
mine voulez-vous que je fasse, moi, pen¬ 
dant que madame m’injurie de cette agreable 
facon ! Est-ce que vous ne trouvez pas les 
injures qu’elle me dit bien longues? 

— Pas plus longues, madame, que celles 
que vous lui dites, vous, a I’acte precedent. 

— Oh ! moi, dit Mme Dorval, je ne trouve 
pas les injures de madame trop longues. 
Quand les choses sent si belles, j’ai au- 
tant de plaisir a les ecouter qu’a les dire. 

Mile Mars se tut. Mais, 
lelendemain, elletrou- 
va qu’elle avait a dire 
bien des choses inuti¬ 
les, qu’elle ne savait 
comment se tirer de 
toutes ces grandes 
phrases, et que son 
role aurait besoin de 
larges coupures. L’au- 
teur refusa de rien 
couper a M'le Mars, et 
Mme Dorval put dire 
tout son role. 

Mme Dorval, s’etant 
trahie une fois, ne se 
gena plus pour repeter 
de son mieux. Cata¬ 
rina empoisonnee par 

dans sou oratoire. 

Mme Dorval, a ce 
moment, fut si tou- 
chante et si vraie, que 
les quelques personnes 
presentes I’applaudi- 
E MARS ,.ent. L’acte ffni, M"" 

Mars vint a I’auteur. 

— Vous n’ecoutez pas mes conseils, lui 
dit-elle en essayant de sourire; je vieus 
pourtant vous en donner encore un. Si 
j’etais vous, je changerais le genre de mort 
de Catarina. Toujours du poison 1 Vous en 
avez mis dans Hernani, vous en avez mis 
dans Lucrece Borgia, vous en remettez 
dans Angelo. Vraiment, e’est trop. D’abord, 
ce n’est pas beau a voir, ces contorsions. 
C’etait bon dans Hernani, parce que c’etait 
la premiere fois. 

— Ce n’etait pas encore la premiere fois, 
madame. Je n’ai pas invente le poison, je 
I’emploie, comme Corneille I’a employe 
dans Rodogune, comme Shakespeare I’a em¬ 
ploye dans Romeo et Juliette, ce qui ne 
I’a pas empeche d’en employer encore 
dans Hamlet. On I’avait employe bien des 
fois avant Hernani et on I’emploiera bien 








r 



Lc Doctcur Ser^c-Samucl VORONOFF, du Cairc 









CHANTECLAIR 


des fois apres Angelo, moi tout le premier. 

N’ayaiit pas encore reussi de ce eote, 
I'actrice en vint aux voies de faits, et 
a la repetition suivante, a I’instant ou 
Mine Oorval se dirigeait en chancelant vers 
I’oratoire, Ml'e Mars, qui etaitde I’autre cote, 
traversa le theatre et vint tout bonnement 
se camper de facon a cacher aux spectateurs 
la sortie de Catarina. 

Cela depassait la guerre permise. L’auteur 
intervint et rappela a I’actrice que sa place 
etait de I’autre cote. Elle repondit qu’elle 
se trouvait mieux ou elle etait. M. Victor 
Hugo reprit qu’il etait, lui, de I’avis con- 
traire, et que c’etait a I’auteur de juger ce 
qui valait mieux pour la piece. Elle 
repliqua que c’etait a I’actrice d 
juger ce qui valait mieux pour 
I’actrice. II eut beau dire, elle 
refusa absolument de bouger. 

Alors il perdit patience, 
comme a Hernani. II declara 
qu’il avait rencontre bien sou- 
vent I’envie, mais que c’etait la 
premiere fois qu’il la voyait s’a- 
vouant et s’etalant, et que les 
femmes qui montraient leurs 
corps lui semblait pudiques 
a cote de cette nudite de 



VICTOR HUGO 
vingt-huit am 


1 amour-propre. Et a quoi 
bon ? qu’est-ce que Ml>“ Mars esperait ? 
Elle avait bien pu etoulfer de pauvres debu¬ 
tantes sans reputation faite, et encore in- 
connues, mais est-ce qu’elle s’imaginait 
qu’elle annulerait M'*m Dorval, son egale 
en talent et en succes ? Et, comme elle tres- 
saillait a ce mot, il le repeta : — Votre egale, 
entendez-vous, en talent et en succes! et si 
ce que je vous dis vous deplalt, vous etes 
libre de rendre votre role. Du reste, il est 
inutile que nous continuions a repeter. La 
piece sera jouee comme je I’entends, ou elle 
ne sera pas jouee. 

Cela dit, il leva la repetition et quitta le 
theatre. 

Dans la soiree, M. Victor Hugo recut une 
lettre de Mme Dorval : 

« Si M"n Mars ne veut pas ceder, faites- 
lui la concession qu’elle de»nande. Ce n’est 
pas seulement dans cette sortie qu’est le suc¬ 
ces, mais aussi dans les adorables choses 
qu’il n’est pas en son pouvoir d’enlever. 
Est-ce votre ouvrage seul, dites, que vous 
avez voulu defendre ? J’ai emporte et je 
garde I’idee que vous avez voulu me proteger 
aussi, et j’en suis Here et heureuse. Mais ne 
vous fachez pas tout a fait contre M>l<i Mars. 
Vous etes toujours pret a prendre de ces 


resolutions qui me font trembler. S’il me 
fallait laisser ce role qui seul me retient au 
theatre, je serais bien triste. » 

Le directeur n’etait pas moins suppliant; 
« J’appreuds a mon arrivee, que vous avez 
eu de nouvelles difficultes pour une position 
de scene, et que vous ne voulez plus revenir 
a la repetition de votre ouvrage si M'luMars 
ne fait pas ce que vous desirez. Je pense que 
vous avez raison de demander que Ton exe¬ 
cute ce que vous exigez; mais est-il bien 
indispensable au succes de I’ouvrage que 
cette position soit precisement celle que 
vous demandez ? Ne pourrait-on arranger la 
de maniere a ne point vous nnire 
a satisfaire tout le monde ? Il me 
semble qu’une place occupee un 
peu plus en face ou un pen plus 
de cote ne pent en rien em- 
pecher le succes d’un ouvrage 
comm le votre.Vous avouerez 
qu’apres des ftudes faites, des 
depenses tres fortes engagees, 
un lesultat tres difficile en par- 
tie obtenii, il serait bien cruel 
d’etre arrete au moment de la 
representation. Soyez le plus 
raisonnable, je vous en prie, 
venez demain a la repetition 
et nous arrangerons tout cela. 
I’embarras dans lequel je me trouve- 
rais, moi, et faites un peu pour un pauvre 
directeur ce que vous ne feriez pas pour 
vous-meme. Je compte sur vous demain, et 
venez, je vous en suppiie, avec des idees de 
conciliation. » 

M. Victor Hugo alia le lendemaiu a la 
repetition. Au moment de la mort de Cata¬ 
rina, Mill Mars se mit d’elle-meme a la place 
qu’il lui avait indiquee. Elle etait fort 
radoucie. Apres la repetition, elle le pria de 
venir voir ses costumes. Il s’empressa d’y 
aller. Pour ses costumes de dona Sol, il lui 
avait apporte de tres beaux dessins de 
M. Louis Boulanger, d’apres les tableaux et 
les gravures du temps ; elle les avait trouves 
bideux et lui avait dit (( de remporter ces 
barbouillages )). Elle avait coiffe dona Sol 
d’un beret qui avait ete I’aonnement des 
peintres, nombreux a Hernani. Le beret de 
dona Sol reparaissait sur la tete de Tisbe, 
avec des enjolivements qui faisait hesiter 
I’oeil entre un turban et une roue de cabrio¬ 
let. 


Voyez 


Ah! dit I’auteur consterne, ■ 
remettre encore cela? 

— Oui, cette coiffure me va 
Elle me fait toute jeune. Vous av 














CHANTECLAIR 


portrait de Gerard en moscovite ? C’est cette 
coiffure-la. , rp- . - 

M. Victor Hugo hasarda que la iisUe 
n’etait pas precisement une moscovite, mais 
une italienne; mais il n insista pas, ne vou- 
lant pas recommencer les querelles pour un 
detail d’habillement. 

La veille de la representation, il eut soin 
de se faire montrer I’affiche. Comme il I’avait 
prevu, le nom de M'le Mars eclatait en 
vedette et celui de Dorval etait relegue 
obscurement apres leS figurants. 

_ Il y a une erreur, ditdl. 

— Laquelle ? fit le regisseur. 

Mars se trouvait la. M. Victor Hugo 
lui presenta I’affiche : 

— Madame va vous le dire. 

— Oh 1 je ne me mele pas de I’affiche! 
dit-clle, en tournant le dos et en sortant. 

Le directeur objecta qne la vedette etait 
un privilege de MU® Mars, que tous, excepte 
elle, etaient egaux et affiches par rang d’an- 
ciennete, les pensionnaires apres les soeie- 

taires, et que M^e Dorval, la derniere venue, 

devait etre la derniere nommee. M. Victor 
Hugo repartit que M™“ Dorval, specialement 
engagee pour son drame, n ftait pas une 
pensionnaire ordinaire, et que, d ailleurs, 
du moment qu’on faisait une exception pour 
une autre, on pouvait en faire une pour 
elle. M™® Dorval eut la vedette aussi. 

Mile Mars ftait de fort mauvaise humeur 
en s’habillant pour la representation. 

— Excusez-moi si je ne cause pas, dit- 
elle a I’auteur. Mais c’est vous qui me pres- 
sez, puisque vous m’avez mise de la premiere 
scene. Vous savez que c’est la premiere fois 
que je joue en lever de rideau. 

L’auteur alia chercher meilleur visage 
dans la loge de M™'^ Dorval. Elle lui sauta 
au cou, dit qu’elle n’avait jamais eu de plus 
beau role, qu’elle en raffolait, et de Tisbe 
aussi, et de toute la piece, et elle interpellait 
son marl qui etait present: — N’est-ce pas. 
Merle ? 

M. Merle acquiescait, moins froide- 
ment qu’a son ordinaire; il etait, de sa 
nature, assez indifferent et craignait d’etre 
de mauvais ton en epousant trop les admi¬ 
rations de sa femme. 

Il y avait dans la salle deux publics bien 
distincts, celui de M"“ Mars et celui de 
Mme Dorval, les gens graves, gourmes, 
empeses, pinces, enrichis ou titres, que les 
artistes appellent les bourgeois, et les spee- 
tateurs ardents, jeunes, vivants, tumultueux. 


desordonnes que le monde appelle les 
bohemes. 

L’entree de M»« Mars fut saluee chaleu- 
reusement par les bourgeois et par les cla¬ 
queurs. Les bohemes s’abstinrent. Le pre¬ 
mier acte interessa et charma. M. Beauvalet 
fut un Angelo saisissant. M>'» Mars dit, sans 
profondeur, mais avec une sensibilite tres 
bien jouee, le recit de sa mere sauvee du 
gibet. La scene de la clef rentrait mieux dans 
ses habitudes de comedie; elk en cisela 
chaque mot, et y fut applaudie d’un bout a 
I’autre. Il n’y eut pas dans tout I’acte un 
seul moment d’opposition. 

C’etait maintenant le tour de M'ucDorval. 
Quand elle parut, les bohemes essayerent 
de lui faire a elle aussi « une entree )), mais 
ils furent chutes par les bourgeois et un pen 
par les claqueurs. La grande actrice sentit 
qu’il fallait vaincre ou perir, et joua, non 
avec son talent ordinaire, mais avec son 
talent extraordinaire. Elle fut d une telle 
realite, d’une passion si jeune, d’un abandon 
si chaste, que les bourgeois memes furent 
entraines et soupconnerent presque la dis¬ 
tance qu’il y a d’un talent compose a un 
talent spontane. 

M"r Mars etait dans les coulisses, atten¬ 
dant sa scene. 

— Eb bien, dit-elle a I’auteur, j’espere 
qu’on I’applaudit assez votre actrice ? 

— De laquelle parlez-vous ? demanda 
poliment I’auteur? 

— Oh ! de celle a qui vous avez donne le 
meilleur role. 

M. Victor Hugo aurait pu lui repondre 
qu’elle avait choisi, mais il venait d’aperce- 
voir a la main de Tisbe la lampe avec laquelle 
elle entre dans la cbambre de Catarina. 
C’etait une lampe tragique et mytbologique, 
retrouvee evidemment dans les fouilles 
d’Herculanum. Il n’en dit rien, pour ne pas 
mecontenter la comedienne a I’lnstant de sa 
scene principale, mais il ne put se taire en 
lui voyant sur la tete son eternel beret. Il 
lui fit remarquer que, pour sauver Catarina, 
elle allait dire a Angelo qu’elle etait venue 
en manteau d’homme et qu’elle « avait aussi 
le chapeau )) ; le public se demanderait 
comment Angelo pouvait croire au chapeau 
en voyant le turban. 

— Bah ! dit-elle, est-ce que le public fait 
attention a ces choses-la? 

Et Tisbe entra chez Catarina avec une 
lampe antique et un bonnet russe. 

Madame Victor Hugo. 


Neurasth^nie ^ CARNINE 


LEFRANCQ Tuberculosa 

















CHANTECLAIR 


Le Docteur Serge-Samuel VORONOFF, du Caire 



Sei-L^e-Samuel Voronoff est ne a Voronege, en Russia, le 10 juillet 1866. Venu a Paris a 
I-,. Hp 18 ans il v termina ses etudes classiques et y fit ses etudes medicales. HnTint 

® Externa des Lpitaux eu 1890, il passait successivement dans les serv.ees de Hanot, 

Verneuil, Ricard et Pean, et passait sa these eu 1893, ave. 

etude sur les Treves morbides, dans laquelle il abordait q 
ques-uns des problemes les plus interessants de la patho- 
loeie moderne. 

Le Docteur Voronoff etait naturalise francais par 
decret en date du 30 noveinbre 1895. C’est alors que, 
sollicite de s’installer au Caire, le jeune chirurgien 
auitta Pean, dont il etait reste I’assistant, et devint 
medecin-couseiller du KhMive. En 1898, le docteur 
Voronoff creait, au Caire, uiie Societe medicale Inter¬ 
nationale, et bientot apres travaillait a I’organisation 
d’un congres consacre a I'etude des maladies spe- 
ciales aux pays chauds. Ce congres, dont le projet 
avait ete aecueilli avec un grand scepticisme, nul ne 
pouvant admettre qu’une reunion de savants put avoir 
lieu sur la terre d’Afrique, se tint en 1902, et eut un 
succes qui depassa toutes les previsions. 

C’est a ce Congres que M. Voronoff presenta sc__ 
rapport sur le Traitement chirargical des abces du foie, ^ 
oil est etablie une statistique iiiedite de plus de 960 ope¬ 
rations d’hepatite siippuree. On doit aussi a ce jeune savant 

des Etudes de Gynecologic et de Chirurgie geuerale {chezUidoine), . nombre 

un Manuel pratique d’operations gynecologiqiies Doin) d 9 ■ 

d’audes piibliees dans les Archives orientales, de Pans, dans le mine 
Medicale du Caire, dans la Revue de Ggnecologie, de Pans, etc. , annexee a 

En 1908, le docteur Voronoff a ouvert une Eeole g.jtuite de guides ma^ades a^ 
soubdpital; et il vient de louder uu .fotabmla mddicales 

d’Eggpte, paraissant deux fois par mois, et auqiiel coilaDoieni 

... off.™.- 0“ 


PORTRAIT-CHARGE. — Le Docteur va procecler a la ligatur 
dans son liopital de Choiibrah; pendant ce temps, la . 

de danse du ventre en I’honneur <U Congre isle (Cong, e de M. .leune 
e du Docteur Voronoff). Protesseurs et Majois mangel 


•appendicc (appendiceeloiiu 

ipeclale aux pays chaiids, a 
•_oniiioT' lf» Mait.r 


PHRYNE, la courtisane grecque, que les Atheniens surnommnent « *’ 

en raison de son habiletd i passer au crible les plus grosses fortunes fut d aprfes 
une tradition, accusee d'impiete, et defendue, devant le tribunal ^ 

Hyperide. Elle allait etre condamnee, quand I’orateur imagina de sou eve 
de sa cliente : la beaute de la femme desarma les juges. 2 - 

la destmction de Thfebes, par Alexandre, elle aurait offert de ^ . 

M, . I. co.d,.i,n ,u’.. 

. Alexandre I’a detruite, Phryne I’a rebatie >, les Thebams retuserem. 
aussi. que, fiere de la puissance de sa beauts, elle pana un f/aim succomber 
la vertu de I’austere philosophe Xenocrate. Ses efforts ayant echoue, elle refu a de 
payer I’enjeu, en disant qu'elle avait pari« de sMuire un homme et non une statue. 
Phryne servit de modele 4 Praxitele, pour ses statues d’Aphrodite. 

(Voir noire Reproduction page 6). 


















































































LA MORT DU DAUPHIN 


Le petit Dauphin est malade, le petit 
Dauphin va mourir. Dans toutes les eglises 
du royaurae, le Saint-Sacrement demeure 
expose nuit et jour et de grands cierges 
hrulent pour la guerison de I’enfant royal. 
Les rues de la vieille residence sont tristes 
et silencieuses, les cloches ne sonnent plus, 
les voitures vont au pas. Aux abords du 
palais, les bourgeois curieux regardent, a 
travels les grilles, des suisses a bedaines 
dorees qui causent dans les corns d'un air 
important. 

Tout le chateau est en emoi. Des cham- 
bellans, des majordomes montent et descen- 
dent en courant les escaliers de marhre. 
Les galeries sont plelnes de pages et de 
courtisans en habits de soie qui vont d’un 
groupe a I’autre queter des nouvelles a voix 
basse. Sur les larges perrons, les dames 
d’honiieur eplorees se font de grandes reve¬ 
rences en essuyant leurs yeux avec de jolis 
mouchoirs brodes. 

Dans rOrangerie, il y a nombreuse assem- 


I blee de medecins en robe. On les voit a 
i travel's les vitres, agiter leurs longues man- 
I ches noires et incliner doctoralement leurs 
I perruques a marteaux... Le gouverneur et 
1 I’ecuyer du petit Dauphin se promenent 
I devant la porte, attendant les d&isions de 
I la Faculte. Des marmitons passent a cote 
I d’eux sans les saluer. M. I’ecuyer jure 
I comme un paien, M. le gouverneur recite 
1 des vers d’Horace. Et pendant ce temps, la- 
I has, du cote des ecuries, on entend un long 
I hennissement plaintif. C’est I’alezan du petit 
1 Dauphin que les palefreniers oublientetqui 
I appelle tristement devant sa mangeoire 

I Et le roi ! Ou est moiiseigneur le roi ? Le 
I roi s’est enferme tout seul dans une cham- 
1 bre, au bout du chateau. Les Majestes 
I n’aiment pas qu’on les voie pleurer ! Pour 
I la reine, c’est autre chose. Assise au chevet 
I du petit Dauphin, elle a son beau visage 
I baigne de larmes, et sanglote bien haut 
I devant tons, comme ferait une drapiere. 


I La CARNINE LEFRANCQ AN©REXIE est indiquee chez toutes les 

I personnes qui s’abmentent mal ou insuffisamment | 















CHANTECLAIR 


Dans sa couchette de dentelles, le petit 
Dauphin, plus hlanc que les coussins sur 
lesquels il est ftendu, repose les yeux fer- 
mes. On croit qu’il dort; mais non ! Le 
petit Dauphin ne dort pas... II se retourne 
vers sa mere, et, voyant qu’elle pleure, il 
lui dit : « Madame la reine, pourquoi pleu- 
rez-vous ? Est-ce que vous croyez bonne- 
ment comme les autres que je m’en vas 
mourir? » La reine veut repondre. Les 
sanglots I’empechent de parler. 

« Ne pleurez done pas, madame la 
vous oubliez que je suis le Dau¬ 
phin, et que les Dauphins ne 
peuvent pas mourir ainsi...)) La 
reine sanglote encore plus fort, et 
le petit Dauphin commence a 
s’efFrayer : <(Hola! dit-il,jene veux 
pas que la mort vienne me pren¬ 
dre, et je saurai bien I’empecher 
d’arriver jusqu’ici... Qu'on fasse 
venir sur I’heure quarante lans¬ 
quenets tres forts pour monter la 
garde autour de notre lit! Que 
cent gros canons veillent nuit et jour, 
meche allumee, sous nos fenetres! Et malheur 
a la mort, si elle ose s’approcher de nous I » 
Pour complaire a I’enfant royal, la reine 
fait un signe. Sur I’heure, on entend les 
gros canons qui roulent dans la |cour, et 
quarante grands lansquenets, la pertuisane 
au poing, viennent se ranger autour de la 
chambre. Ce sont de vieux soudards a mous¬ 
taches grises. Le petit Dauphin bat des 
mains en les voyant. 11 en reconnait un et 
I’appelle : « Lorrain ! Lorrain! » Le soudard 
fait un pas vers le lit. « Je t’airae bien, mon 
vieux Lorrain... Fais voir un peu ton grand 
sabre... Si la mort veut me prendre, il 
faudra la tuer, n’est-ce pas? » Lorrain re¬ 



pond ; (( Oui, monseigneur... )) Et il a deux 
grosses larmes qui coulent sur ses joues 
tannees. 

A ce moment, I’aumonier s’approche du 
petit Dauphin et lui parle longtemps a voix 
basse en lui montrant un crucifix. Le petit 
Dauphin I’ecoute d’un air fort etonne, puis 
tout a coup I’interrompant: « Je comprends 
bien ce que vous me dites, monsieur Tabbe; 
mais enfin est-ce que mon petit ami Beppo 
ne pourrait pas mourir a ma place, en lui 
donnant beaucoup d'argent?...)) L’aumonier 
continue a lui parler a voix basse, 
et le petit Dauphin a fair de plus 
en plus etonne. 

Quand I’aumonier a fini, le petit 
Dauphin reprend avec un gros 
soupir : (( Tout ce que vous me 
dites-la est bien triste, monsieur 
I’abbe, maisune chose me console, 
e’est que la-haut, dans le paradis 
des etoiles, je vais etre encore le 
Dauphin... Je sais que le bon Dieu 
est mon cousin et ne pent pas 
manquer de me traiter selon mon rang. » 
Puis il ajoute, en se tournant vers sa mere: 
« Qu’on m’apporte mes plus beaux habits, 
mon pourpoint d’hermine blanche et mes 
escarpins ,de velours ; je veux me faire brave 
pour les anges et entrer au paradis en cos¬ 
tume de Dauphin. )) 

Une troisieme fois I’aumonier se peiiche 
vers le petit Dauphin et lui parle longuement 
a voix basse... Au milieu de son discours, 
I’enfant royal I’interrompt avec colere : 

« Mais alors, crie-t-il, d’etre Dauphin, ce 
n’est rien du tout! Et, sans vouloir plus 
rien entendre, le petit Dauphin se tourne 
vers la muraille et il pleure amerement. 

Alphonse Daudet. 



La reaction du muscle est neutre, elle ne tarde pas a devenir | 


'O 

acide au moment de la coagulation de la myosine et de I’appari- 

© 

© 

tion de la rigidite cadaverique.- . - 

© 

© 

C’est pourquoi la CARNINE LEFRANCO 

© 

© 

qni a son abattoir, extrait le sue musculaire de la chair 

a 


PRESQUE VIVANTE 




















Le Profcsseur 





CHANTECLAIR 



n n 


D B 


Est-il possible, dans I’etat actuel de la science, de preciser le 
mode d’action physiologique el therapeutique du sue musculaire? 
Nous ne le pensons pas, car trois hypotheses se presentent, entre 
lesquelles il est difficile de decider. 

A I’epoque ou nous faisions nos premieres experiences, la 
theorie des antitoxines venait de naitre, et il etait naturel que 
Taction d’apparence vraiment specifique du plasma musculaire 
centre la tuberculose fut attribuee a quelque substance antitoxique 
contenue dans ce plasma. 

A Tappui de cette hypothese, nous trouvions ce fait, que jamais 
la tuberculose n’envahit la fibre musculaire ; et puis il y avait cette 
autre observation, de la veritable atrophie musculaire presentee par 
les phhsiques, comme si les muscles avaient ete consommes pom 
la defense de Torganisme. 

Apres la theorie antitoxique, Tetude elargie du role des 
enzymes, des ferments, des diastases non seulement dans la 
nutrihon, mais aussi dans la lutte de Torganisme centre les infec¬ 
tions, presentait une appHcation possible de cette fonction a 
Tactivite du plasma musculaire. 

Enfin il est encore possible que le sue musculaire agisse 
seulement comme un tonique specifique, comme un excitant special 
du systtoe nerveux, lequel systeme nerveux tient sous sa 
dependance tout le mecanisme organique, et toutes ses reactions 
contre les offenses venues de Texterieur. 

La legere ivresse, toute caracteristique, qm suit generalement 
Tingestion d’une quantite un pen abondante de plasma musculaire, 
plaide en faveur de son role d’excitant du systeme nerveux ; et les 
bons effets de la zomotherapie dans des affections autres que 
la tuberculose temoigneraient peut-etre en faveur de cette derniere 
hypothese. 

LA ZOMOTHERAPIE, par le or J. hEricourt. - J. RUEPF, Ed., PARIS. 























CHANTECLAIR 


J’avais peu de confiance dans la Carnine Lefrancq, 
la traitant comme tant de medicaments merveilleux 
dont nous recevons les prospectus. 


1» Un vieillard de 80 ans, n’ayant d’autre maladie que son age, mais qui faiblissait enorme- 
ment, a pu, grace a la Carnine Lefrancq, a I’exclusion de tout medicament, etre remonte suffi- 
samment pour qu’il puisse, aujourd’hui, faire quelques petites promenades a pied. 

2" Une jeune femme de 24 ans, tuberculeuse an deuxieme degre, ne pouvant rien prendre 
comme alimentation, a fort bien supporte la Carnine, grace a laquelle elle a repris du poids et 
retrouve de I’appetit, ce qui lui a permis de s’alimenter. 

S'" Un monsieur atteint du cancer de I’oesophage, condamne inevitablement, se maintient 
avec du bouillon, des oeufs et de la Carnine ; il prefere cette derniere qui, dit-il, passe plus 
facilement que les autres aliments, 

Je vous avouerai qu'avant ces observations, j’avais peu de confiance dans la Carnine, la 
traitant comme tant de medicaments merveilleux dont nous recevons les prospectus. Maintenant 
que j'en ai reconnu la valeur, je ne manquerai pas de I’utiliser dans tous les cas de faiblesse 
generale due a la tuberculose ou a une autre maladie. 

Docteur Bourg, Aubenton (Aisne). 


La peur est le mal des heureux. 


Aimer quelqu’un, c’est a la fois 
lui oter le droit et lui domier la puis¬ 
sance de nous faire souffrir. 


Qui oublie a pardonne, qui par- 
donne va tacher d'oublier. 

(loMTESSE Diane 


Comment osons-nous juger les autres quand nous 
sentons si bien tout ce qui leur manque pour nous juger? 

Le monde, qui se laisse duper par les apparences, 
ne reconnalt rien sans elles; pour lui il n’y a pas 
de souffrance sans larmes, de piete sans pratiques, 
de misere sans haillons. Decldement les hypocrites 
traitent le monde comme il merite d’etre traite. 

On ne plaint jamais sincerement que les maux dont 
ou aurait souffert. 

Qui ne craint pas la mort craint done la vie. 

Les indifferents ne connaissent pas nos peines; les 
amis ne les comprennent pas comme nous. 

CoMTESSE Diane stNfioAMBiE - Jeuiies Femmes. 













ARTEMIS 

Reproduction par la photographie des couleurs d’un tableau de Joseph Wencker. Musee du Luxembourg, a Paris. 


CHANTECLAIR 


Le Professeur QUENU 


Edouard-Andre-Victor-Alfred Quenu est ne a Marquise, dans le Pas-de- 
Calais, le 21 juillet 1852. 

Interne des Hopitaux en 1875, directeur de I’Amphitheatre d Anatomie des 
Hopitaux de 1890 a 1895, chirurgien des Hopitaux et agrege, il etait, en 1908, 
nomme titulaire de la Chaire de medecine operatoire, 
qu’il pouvait bientot abandonner pour celle, tres 
enviee, de Clinique chirurgicale, devenue vacante 
par la retraite du professeur Terrier. 

Ee professeur Quenu est doue d’une admi¬ 
rable activite, qui s’exerce egalement dans les 
divers domaines de la chirurgie et de I’ensei- 
gnement. Ses publications sont fort nom- 
breuses, et se rapportent specialement a la 
cbirurgie de I’estomac, de I’intestin et du 
cceur, et a la chirurgie du foie, notarament au 
traiteinent des kystes hydatiques. 

On doit au docteur Quenu'le traiteinent 
d\i delirium tremens paries injections de serum 
artificiel, traiteinent qui s’est fort repandu en 
Amerique : et aussi 1’utilisation de la ponction 
lombaire dans les fractures de la base du crane. 

Ee professeur Quenu est un des membres les plus 
assidus de la Societe de Chirurgie, ou il se declarait dernierement adversaire 
resolu de la rachi-anesthesie. 

Actuellement redacteur en chef de la Revue de Chirurgie et chirurgien a 
I’Hopital Cochin, le professeur Quenu est menibre de I’Academie de^Medecine et 
Chevalier de la Eegion d’Honneur. 



CAS DE CONSCIENCE 


Entre deux produits d'EGflLE VflLEUR, le choix du M^decin peut etre 
influence par un sentiment de sympathie ou par une consideration 
quelconque, mais VRHIMENE peut-il avoir une hesitation quand il 
s’agit de la CflRNlNE LEFRRNCQ et des nombreux produits qu’on 
lui oppose? 

L’extraction, la concentration du sue musculaire necessitent un outil- 
lage considerable, et le pharmacien n’est nullement prepare par ses 
§ etudes a cette fabrication qui ressort bien plus de I'industrie que d( 
||1 la pharmacie. 




















OPOTHERAPIE 


BOV’ BILIC 


Globules renfermant tous les principes solubles de la bile et prepares dans 
le Vide et a Froid avec la bile de boeufs de la CARNINE LEFRANCQ. 


Chaque globule renferme 0 gr. 10 d' 

INDICATIONS : 

Constipation, Insuffisance biliaire, 
Enterocolite muco - membranense, 
Ictere, Cholemie. 


MODE D’EMPLOI 

De 2 a 6 globules par jour i 
n’importe quel moment. 


Le Flacon de 50 Globules : 3 francs dans toutes li 


ECHANTILLONS 

GRATIS FRANCO SUR DEMANDS 


OPOTHERAPIE 


BOV’ HEPATIC 

SIROP ou GLOBULES 

prepares dans le VIDE et a FROID - 

avec les Foies des Boeufs de la CARNINE LEFRANCQ 


INDICATIONS : 

Touies les maladies qai sont les resultats de Vinsaffisance hepatique et toutes celles 
qai sont compliquees de cette insuffisance et aggravees par elles : 
Manifestations multiples et variees de I’Arthritisme, Nephrites, Arteriosderose, 
Cirrhose, Diabete, Goutte, Cancer, Dyspepsies intestinales, Hemophilie, Enterites 
- chroniques. Constipation, Urticaire, Dermatoses. -.- 


MODE D’EMPLOI 

SIROP — 1 a 3 cuillerees a GLOBULES 


i 8 globules 
•e, en 2 ou 
3 fois, a n’importe quel moment. 

Le flacon de Sirop ou le flacon de 50 Globules: 6 fr. dans toutes les Pharmacies. 


Depot General : FUMOUZE, 
78, Faubourg Si-Denis, PARIS 

















































L’ENTERREMENT D’ALFRED DE MUSSET 


Le 4 mai 1857, a dix heures du matin, 
un modeste corbillard stationnait devant la 
porte de I’eglise Saint-Roch. Si vous eticz 
entie dans I’eglise, vous auriez apercu 
un piquet de Garde nationale et 
200 personnes tout au plus. 1mm 
diatement apres la ceremome 
religieuse, ces 200 spectateurs 
s’eparpillerent dans toutes les 
directions ; et lorsque le cor¬ 
billard se mit en marcbe vers 
le Pere-Lacbaise, c’cst a peine 
si 40 personnes suivaient le 
corps. Durant le trajet, la pha 
lange se debanda de nouveau, si bi 
qu’en entrant dans le cimetiere, le alfrei 
mort n’y avait plus guere pour es- 
corte que les gardes nationaux et les rares 

La milice citoyenne avait-elle done perdu 



s Sus 


un de ses sous-lieutenants ou un de i 
sergents-majors? — Non. 

T a France venait de perdre ur ■ 
plus grands poetes, un de i 
grands ecrivains, un de i 
grands esprits, une de ses gloires 
les plus purcs et les plus ra- 
dieuses : Alfred de Musset, mort 
a quarante-six ans, d’une by- 
pertropbie du coeur. 

Foi't beureusement pour Alfred 
de Musset il faisait tres beau le 
jour de soil enterrement; s’il 
iivait plu, on est fonde a penser 
que personne ne serait alle jusqu’au 

cimetiere. II appartenait a I’Academie 

franeaise. Vouspenscz saus doute que 
I’Academie itait accourue en masse ? Ceux 
I ((ui etaient venus sont bien facile a enume- 
1 rer:MM. Merimee, Sainte-Beuve, Ponger- 


MM. les Medecins finissent toujours par reconnaitre que la CARNINE 
LEFRANCQ, malgre son prix eleve, est rnoins chere que les preparations 
qu’on lui oppose, parce qu’elle est fabriquee avec du Sue Musculaire 

_ 11 - CONCENTRE - - 










CHANTECLAIR 


ville, Ernest Legouve; Emile Augier, aux- ^ 
quels il faut joindre MM. Villemain, W 
Alfred de Vigny, Einpis et Vitet, qui por- || 
taient les cordons du jJoSle. * 

Et les trente autres, on etaient-ils ? * 

Les trente autres fusionnaient, refusion- x 
naient, et refusionnaient dans les coins, M 
jabotant politique comme des vieilles com- $ 
meres et complotant a la facon de Monsieur * 
Cagnard, leur modele et leur patron. s 

Ah! Si Alfred de Musset avait ete ministre ^ 
de n’importe quoi, ou ambassadeur de $ 
quelque part, dans un regime quelconque, * 
a la bonne heure! On I’eut pleure abon- $ 
damment et accompagne pieusement. Mais * 
un poete, un simple poete.... Allons done I 4 
Le Theatre-Franeais lui doit de beaux J 
sucees. Hier encore on jouait et on applau- * 
dissait Un Caprice, II ne faut jurer de rien * 
— rEd= 


et les Caprices de Marianne. Deux acteurs 
seulement ont paru a Teglise : MM. Regnier 
et Delaunay. Pas une comedienne. 

Les autres theatres n’etaient representes 
que par M. Tisserand, de I’Odeon. 

Et lajeune Parisienne, ou done etait-elle? 
Et que faisait-elle a cette heure ? 

Eh! quoi, on rend les derniers devoirs a 
votre poete, a celui qui fait parler le mieux 
le coeur de vingt ans, et vous n’accourez 
pas ? Et vous ne vous pressez pas autour de 
son cercueil! La Bourse n’est pourtant pas 
ouverte a dix heures du matin. 

Le jour ou Ton enterrera Frederick Le- 
maltre, il y aura 200.000 personnes a sou con- 
voi. Nous etions 200 dans I’eglise Saint-Roch. 

Moralite de la chose : un comedien est un 
poete comme mille est a un. 


Es 


Alberic second 

ait du journal La Comedie Parisienne 


g -' - Ell 


iCZl 



Je prescris la Carnine Lefrancq de pre¬ 
ference au sue musculaire chaque fois que 
j’ai a faire de la zomotherapie, en raison 
de la facilite avec laquelle elle est acceptee 
par les malades et en raison de son dosage 
et de sa conservation parfaite. 

Docteur Athon, 

4, rue de l’H6tel-des-Postes, Nice 
(Alpes-Mari times). 


Nous avons plus, de force que de vo- 
lonte, et e’est souvent pour nous excuser 
a nous-memes que nous nous imaginons 
que les choses sont impossibles. 

LA ROCHEFOUCAULD. 


11 y a peut-etre plus d’hommes qui ont manque 
aux occasions, qu’il n’y en a eu S qui les occa¬ 
sions ont manque. beaumelle. 



Je prefJre la Carnine Lefrancq h la viande 
crue, parce que I’entourage du malade prepare sou¬ 
vent mal le sue musculaire et parce que, tout bien 
calcule, la Carnine Lefrancq ne revient pas plus 
cher (le bon bceuf coute cher dans tons les pays). 

Docteur H. Pailloz, 
Epinay-sur-Orge (Seine-et-Oise). 


Rien n’est impossible: il y a des voies qui 
conduisent 4 toutes choses. Si nous avions assez 
de volonte, nous aurions toujours assez de 

LA ROCHEFOUCAULD. 


La Carnine Lefrancq est beaucoup pius com¬ 
mode 4 manier et plus puissante que la viande 
Docteur O. Galllard, 
L’Albenc (Istre). 
























» 



Lc Profcsseur Pierre DELBET 






CHANTECLAIR 


SENS DESSUS-DESSOUS 

« C’EN DESSUS-DESSOUS » 


J’ai insiste a I’Academie, dans la commis¬ 
sion du dictionnaire, pour qu’on ecrivit 
« C’en dessus dessous » (ce qui est en des- 
sus etant dessous) et « c’en devant derriere)) 
(ce qui est en devant etant derriere) comme 
on I’ecrivait an xvii^ siecle; — an lieu de 
<( sens dessus dessous » et (( sens devant 
derriere », qui, en effet n’ont aucun sens. 
On m’a repondu que le Dictionnaire de 
I’Academie est le dictionnaire de I’usage. Je 
degage ma responsabilite. Mais I’usage finira 
par mettre la langue c’en dessus dessous et 
I’entendement des Grangers c’en devant 
Emile Faguet. 



LA MEILLEURE SURALIMENTATION 


Je tiens a vous faire partd’une observation de maladeque j’ai traiteavec I’excellente Carnine 
Lefrancq, laquelle est, a mon avis, le lueilleur moyen de suralimentation. Je. I’ordonne tres 
souvent. 



G. G., enfant age de 7 ans, a subi le 20 janvier I’extraction de vegetations adenoides. Ses 
parents viennent nous consulter le 4 mars, parce que depuis cette operation, I’enfant a maigri 
considerablement, il ne pese que 15 kilos. 

II a le facies lymphatique, ses amygdales sont grosses, il pr^ente de gros ganglions cervicaux 
et axillaires. 

Son thorax est aplati d’avant en arriere, et au niveau de I’appendice xephoide, existe une 
profonde excavation. 

L’enfant a eu plusieurs crises de laryngite striduleuse. Pas de 
tuberculose, pas de syphilis. 

Nous ordonnons la Carnine Lefrancq et une bonne 
hygitoe generate. 

L'enfant prend matin et soir une cuilleree a bouche 
de Carnine Lefrancq dans un peu de the froid. 

Des le quinzieme jour, une amelioration tres 
notable se manifesto ; l’enfant a gagne pres de 500 
grammes. Son appetit a augmente, son caractere a 
change, il est joueur, plus bruyant. 

Cette amelioration va en augmentant, l'enfant 
nous est montre le 24 mai, les ganglions cervicaux 
et axillaires nous paraissent tres diminues et 
beaucoup moins nombreux. Il pese 19 kilos. 

Il a pris 4 flacons de Carnine Lefrancq. 

Nous n’avons eu qu’a nous louer du bon 
resultat obtenu par la suralimentation au moyen 
de cette preparation. 

L'enfant, qui au bout de quelques jours, 
aurait refuse la viande crue ou les oeufs crus, 
prenait volontiers la Carnine Lefrancq, a 
laquelle il trouvait un gout tres agreable. 


Medeoin de Colonisation 
Maillot (Algerie). 


LE MUR MITOYEN 

















CHANTECLAIR 


Le Professeur Pierre DELBET 



Fils du docteur Ernest-Pierre-Julien Delbet, depute de Seme-et-Marne, Pierre Delbet 
est ne a la Ferte-Gaucher (Seine-et-Marne), le 19 novembre 1861. 

11 fit ses etudes classiques a Sainte-Barbe et au Lyeee 
Louis-le-Grand, et ses etudes medicales a la Faculte de 
Medccine de Paris. 

Interne en 1885, aide d’anatomie en 1886, pro- 
secteur en 1888 et docteur en 1889, le jenne chirur- 
gien, chef de clinique depuis un an, arrivait a 1 agre- 
gation en 1892 et aux hopitaux en 1893. C’est en 
qualite de chirurgien des Hopitanx qn’il snpplea le 
professeur Dudlay a la clinique chirurgicale de 
I'Hotel-Dieu. En 1909, il obtient la Chaire de cli¬ 
nique chirurgicale laissee vacante par la retraite du 
professeur Le Dentu. 

Cette carriere brillante et rapide est legitimee par 
de nombreux et importants travaux. Apres sa these 
sur le Proiiostic et le traitement des anevrismes arterio- 
veineux externes (1889, medaille d'argent), il faut, parmi 
ses memoires, citer ceux relatifs a la Physiologie chirurgi¬ 
cale duperitoine (1890), aux Maladies de la mamelle (1891), 
son ouvrage sur les suppurations peluiennes chez la femme, 
couronne par 1’Academic de Medecine et par la Sociae de chirurgie (1891), son 1 rente 
des maladies de Vuterus (1891), ses livres sur les Neoplasmes, les Maladies des arteres, les 
Grands processus morbides, ses Lecons de clinique chirurgicale, ses Recherches experimentales 
sur la vessie et I'urethre (1892), et sur le lavage da sang. 

Le professeur Delbet est I’inventeur dune mahode de traitement par la marche des 
fractures de jambe, qui donne les meilleurs resultats. 

Avec le professeur Le Dentu, il a dirige la publication d’un Trade de chirurgie clinique 
et operatoire en dix volumes. 

Le professeur Delbet est Chevalier de la Legion d’Honneur. 



RESDLTATS RAPIDES 

et CONSTANTS 

Depuis longtemps deja, j’emploie dans ma 
clientae la CARNINE LEFRANCQ, et 
j’avoue que cette excellente preparation 
m’a toujours donne des resultats rapides et 
constants, parfois aonnants. 

Nul autre produit ne peut lui etre substi- 
tue dans les cachexies et les convales- 
cences. 

Je suis done un fervent admirateur de la 
Carnine Lefrancq. 

Docteur Touraille 
a Evaux-les-Bains (Creuse). 


















CHANTECLAIR 



II y a autant de lachete a condamiier un ^ 
absent que de courage a formuler un re- 11 
proche en face ; mais la lachete est si gene- 
rale qu’il est d’usage de ne cacher son 
mepris qua celui qui I’inspire. 

COMTESSE DIANE || 


Nous pouvons \dvre en paix avec celui 
dont les sentiments different des notres, 
mais non pas ayec celui. dont les sentiments 
sont moins eleves que les notres, parce que 
nous ne les respectons pas. 

COMTESSE DIANE 








CHANTECLAIR 


r 



J’SUIS DANS L’BOTTIN 


De quoi?... Ben, vrai, t’as pas la trouille!.. 
J’allais a I’ecole avee toi !!... 

Et c’est pour ca, dis, sal’ fripouille, 

Que tu veux craner avec moi?... 

Mais tu connais don’ pas I’gros Charles, 
L’chemisier d’la ru’ Saint-Martin! 


Tu Si 




J’su 


Bottin! 


Oui, dans I’Bottin, avec la tierce, 
Avec les poilus du quartier : 

Tons les gros bonnets du commerce 
Du boul. des It. et du Sentier. 
J’deviens un homm’ considerable, 
T’entends, espec’ de purotin ? 

J’suis honore... J’suis honorable... 
J’suis dans I’Bottin! 


J’suis boutiquier, j’ai ma patente, 

J’suis un notable commercant, 

Tandis qu’toi, t’en as-t’y d’la rente? 

T’en achet’s-t’y du trois pour cent ? 

Ah ! bon Dieu! tu peux pas y faire ; 

T’as pas I’rond, t’as pas un rotin, 

Tandis qu’moi j’ai fait mon affaire, 

J’suis dans I’Bottin ! 

Ej’fais parti’ du parti d’l’ordre. 

J’m’en f... un peu d’vos syndicats ! 

Et pis, c’est pus moi qu’on fait mordre 
Aux boniments d’vos avocats ; 

J’en ai soupe des anarchisses 
Et des socialisses d’Pantin ; 

Moi, j’marche avec les royalisses, 

J’suis dans I’Bottin ! Aristide Buu^ 
































ZOMOTHERAPIE 


Pur Sue de Viande de Bceuf Crue Inalterable 
:: ;; Concentre dans le Vide et a Froid :: :: 


CARNINE LEFRANCQ 


De Ids cuillerees d bouche par jour, d 
n’importe quel moment, pure ou addi- 
tionnee d’un liquide quelconque, eau minerale 
ou naturelle, the, lait, etc. (pas de bouillon) 

FROID ou TIEDE 


:iE — ANEMIE — NEURASTHENIE ~ TUBERCULOSE 
MALADIES DE L’ESTOMAC ET DE L’INTESTIN 
CONVALESCENCES — CHLOROSE :: 


OPOTHERAPIE 


Depot General : 

fiTABLISSEMENTS FUMODZE 


78, Faub. Saint-Denis, Paris 


FAIBLESSE 


OPOTHERAPIE 


BOV* BILIC 


:: GLOBULES doses a 0 gr. 10 :: 

d’extrait complet de bile SOLUBLE, 
prepares dans le VIDE et a FROID, 
avecla bile des bceufs de la. 
CARNINE LEFRANCO 


BOV’ HERAT 


C 


SIROP. - Chaque cuilleree a bouche 
renferme les principes SOLUBLES 
dc 50 gr. de tissu hepatique. :: :: 
GLOBULES, -- Chaque globule ren¬ 
ferme 0 gr. 25 d’extrait hepatique 
:: SOLUBLE :: :: :: 


CONSTIPATION 

INSUFFISANCE BILIAIRE 
ENTiROCOLITE-MUCO-MEMBRANEUSE 
ICTERE - CHOLEMIE 


De 2 d 6 globules par jour, d n’importe 
quel moment, selon les indications da 
Medecin :: ;; :: 

Le Flacon de 50 Globules ; 3 Francs 


INSUFFISANCE HEPATIQUE — CIRRHOSE 
DIABETE — DYSPEPSIES INTESTINALES 
:: ENTERITES CHRONIQUES 


SIROP (Goflt tres agreable): de 1 d 3 
infusion aromatique FROIDe'ou TIEDE. 
GLOBULES. — 4 a 8 globules par jour, d 


Frlx dll Flacon; Sirop ou GloPnles: 6 Francs 











































L’ASSASSINAT DE VICTOR NOIR 


(10 Jc 

A la suite d’un article public par le 
Prince Pierre Bonaparte dans un journal, 
L’Avenir de la Corse, article violent, inso¬ 
lent, d’un ton farouche et provocant, ou, 
traitant les republicains corses (' 
mendiants et de traitres, le prince 
ne parlait rien moins que de 
leur mettre les tripes au soleil 
(les tripes aux champs, stenine 
per le porette ; la phrase 
est tristement restee celebre). 

M. Louis Tomassi, le batonnier 
de I’ordre des avocats de Bastia, 
avait replique a Pierre Bona¬ 
parte, lui rappelant avec violence 
ce qu’il avait ete jadis et ce qu’il 
etait aujourd’hui. II ne' pouvait 
mieux faire que de reproduire la 
profession de foi du Prince Pierre aux 
electeurs de la Corse, en 1868. La polemique 
des journaux corses avait ete citee et sou- 
lignee dans un journal. La Marseillaise, par 
un des redacteurs, M. E. Lavigne, qui 



1870) 

avait fait suivre les citations de reflexions 
toutes personnelles. C’est ce’ que Pierre 
Bonaparte allait appeler, le lendemain, etre 
insulte par la plume d’un des manoeu- 
-es de M. Rochefort. 

Furieux de voir apparaitre, dans un 
journal parisien, ces articles qui, 
en Corse, mettaient le feu aux 
poudres, desireux aussi de se 
faire bien venir aux Tuileries, 
d’ou sa turbulence sauvage 
1’avait fait eloigner, en mar- 
chant droit a I’adversaire parti- 
culier de I’Empereur et de 
I’Imperatrice, le Prince Pierre en- 
voya brutalement a M. Rochefort 
un cartel d’une forme bizarre, 
inusitee, et qui ressemblait trop 
a un piege tendu : « Si, par hasard, vous 
« consentiez a tirer les verrous qui rendent 
« votre honorable personne deux fois in- 
« violable, vous ne me trouverez ni dans 
chateau. J’habite 










CHANTECLAtR 


« tout bonnetnent 59, rue d’Auteuil, et je 
« vous promets que, si vous vous presentez, 
« on ne vous dira pas que je suis sorti. » 

Jamais provocation ne fut adress^e en 
de tels termes, et cependant le Prince 
Pierre Bonaparte devait connaitre mieux 
que personne ce qu’on est convenu d’appe- 
ler le code du duel. 

M. Rochefort, apres avoir repu la lettre 
du Prince Pierre, se mit a sa disposition et 
lui envoya deux temoins : MM. Milliere, 
gerant, et Arthur Arnould, redacteur de 
La Marseillaise. C’etait le lundi 10 janvier 
que les temoins arrivaient devant cette 
maison d’Auteuil, ou le philosophe Hel- 
vetius avait reiju jadis toute la Societe 
savante du dix-huitieme siecle, et ou 
Pierre Bonaparte vivait maintenant. 

A peine etaient-ils arrives devant 
le logis du Prince, qu’ils voient 
sortir de cette demeure d’as¬ 
pect claustral, solitaire, sinis- 
tre, un homme pale et qui 
criait : « N’entrez pas, on 
assassine ici >. Get homme 
etait M. Ulrich de Fonvielle. 

Un des correspondants du jour¬ 
nal La Revanche, de Bastia, un 
jeune homme, connu deja par des 
travaux de diverses natures, an- 
cien collaborateur scientifique de L’Epo- 
que, journal dynastique, et du Rappel, 
M. Paschal Grousset, temperament ardent 
et avide de succes, decide a violenter 
la fortune si la fortune faisait la cruelle, 
cherchant avec aprete 1’occasion d’atti- 
rer bruyamment I’attention sur son nom, 
avait saisi rapidement 1’occasion que lui 
offrait le hasard. Etant Corse, et voyant 
devant lui un adversaire corse, un Bona¬ 
parte, M. Grousset avait prie deux de ses 
amis de se rendre aupres du Prince Pierre 
pour lui demander retractation de 1’article 
paru dans L’Avenir, ou reparation par les 
armes. Ces deux nouveaux temoins a qui 
M. Grousset donnait pour mission de devan- 
cer, chez le Prince Pierre, les temoins de 
M. Rochefort, etaient MM. Ulrich de 
Fonvielle et Victor Noir. Us se presenterent 
chez le prince ceremonieusement. Victor 
Noir, gante, cire, etait parti joyeux de chez 
lui, le matin, disant a sa vieille servante : 

« Brosse-moi bien, aujourd’hui, je vais chez 

On les fit entrer dans un grand salon en 
les priant d’attendre; Victor Noir, toujours 
gouailleur, meme en ces circonstances 



PIERRE BONAPARTE 


graves, se regardait dans les glaces et 
essayait de dechiffrer, sur la toile d’un 
portrait de famille accroch^ a la muraille, 
une inscription italienne. Tout a coup, le 
bouton d’une porte qui menait aux appar- 
tements particuliers du Prince s’agita, et 
la main qui le pressait int^rieurement de- 
meurait un instant indecise, comme si la 
personne qui devait entrer reflechissait ou 
hesitait. Enfin la porte s’ouvrit et M. Bona¬ 
parte parut. II a ecrit que les temoins 
I’aborderent les mains dans les poches. La 
verite est que MM. de Fonvielle et Victor 
Noir tenaient leur chapeau a la main. 

« — Vous venez de la part de Rochefort?» 
dit brusquement le Prince, de cette voix 
rauque et stridente que personne n’a 
oubliee de ceux qui Pont entendue, 
qui ressemble a un miaulement. 

« — Non, nous venons de la 
part de M. « Paschal Grousset.» 

Pierre Bonaparte parut sur- 
pris; on lui tendait une lettre, 
il la prit, fit vers une fenetre I 
quelques pas, jeta un coup I 
d’ceil sur la lettre de M. Grous- ' 
et, puis, la froissant, et la po- 
sa main gauche sur un 
fauteuil, il revint du cote des 
temoins, la main droite dans son 
large pantalon du matin. 

« — J’ai provoque M. Rochefort, dit-il 
« alors, parce qu’il est le porte-drapeau de 
« la crapule. Quant a M. Grousset, je n’ai 
« rien a lui repondre. Est-ce que vous etes 
« solidaires de ces charognes ? » 

« — Nous sommes, repondit Victor Noir, 

« solidaires de nos amis. » 

« Aussitot, raconte Monsieur de Fon- 
« vielle, I’unique temoin de cette epouvan- 
« table scene, le Prince Bonaparte s’ avanpant 
« subitement d’un pas, et sans provocation 
« de notre part, donna de la main gauche, 

« un soufflet a Victor Noir, et en meme 
« temps tira un revolver a dix coups qu’il 
« tenait cache et tout arme dans sa poche, 

« et fit feu a bout portant sur Noir. 

t< Noir bondit sous le coup, appuya ses 
« deux mains sur sa poitrine, et s’enfon9a 
« dans la porte par ou nous etions entrfe. 

« Le lache assassin se precipita alors sur 
« moi et me tira un coup de feu a bout 
« portant. 

« Je saisis alors un pistolet que j’avais 
« dans ma poche, et pendant que je cher- 
« chais a le sortir de son etui, le miserable 

« il recula, se mit devant la porte et me visa. 















Le Profcsscur pclix dc LAPERSONNE 




CHANTECLAIR 


« Ce fut alors que, comprenant le guet- 
« apent dans lequel nous etions tombes et 
« me rendant compte que, si je tirais un 
« coup de feu, on ne manquerait pas de 
« dire que nous avions ete les agresseurs, 

« j’ouvris une porte qui se trouvait derriere 

« Au moment ou je sortais, un second 
« coup de feu partit et traversa de nouveau 
« mon paletot. 

« Dans la rue, je trouvai Noir qui avait 
« eu la force de descendre I’escalier et qui 
« expirait. 

« Voila les faits tels qu’ils se sont passes, 

« et j’attends de ce crime une justice 
« prompte et exemplaire. » 

Lorsque Paris apprit la nouvelle de cette 
mortinique, on sen tit passer surlui le cbaud 
effluve, le vent farouche des jours d’orage 
revolutionnaire. L’Empereur descendait 
d’un train, venant de Saint-Cloud, lorsqu’on 
lui apprit la nouvelle. Une livide paleur se 
repandit sur son visage. II recula comme 
devant un fantome. Ue soir, des reunions 
publiques qui etaient annoncees, etaient 
dissoutes surun cri de vengeance. Monsieur 
Ulrich de Fonvielle etait appele dfes minuit 
chez le juge d’instruction. Des gens du 
peuple irritfe, voulaient aller chercher a 
Neuilly, le cadavre de Victor Noir, I’appor- 
<1 ^ ■ O- 


PIRON ET L’ACADEMIE 

L’^pigramme suivante etait decochee, en 1756, 
centre I’Academie Franfaise, parce que, le jour 
de Saint-Louis, elle n’avait pas tenu seance, con- 
trairement 4 son habitude : 

Coquette sans pudeur, litre de mille amants. 

Femme i quarante tpoux, presque tous impuissants. 
Mere de quelques mots, rdgente d’orthographe, 

En ton jour solennel, tes autels sont ddserts, 

On ne t'adresse plus de prose ni de vers, 

Et I’on n’est occupd que de ton Epitaphe. 



ter au coeur de Paris et appeler la popula¬ 
tion aux armes en promenant la victime a 
la lueur des torches. Beaucoup voulaient le 
porter au bureau de La Marseillaise, 
d’autres a son ancien domicile rue Jeoffroy- 
Marie. On parlait de le mettre dans un 
fiacre, tout vetu et le cigare aux levres, 
pour tromper la surveillance des agents. Ce 
cadavre devenait un outil de revolte. Mais 
le corps etait dejatransporte a son domicile, 
passage Massena, rue Perronet a Neuilly, 
et garde par la police. 

Ue soir meme, les journaux qui devaient 
paraitre le lendemain recevaient la lettre 
suivante : 

Monsieur le Redacteur, 

Je vous prie de bien vouloir inserer dans 
votre numero de demain, la note suivante: 

« Aussitot que le garde des sceaux a appris 
le fait qui s’etait passe a Auteuil, il a or- 
donne I’arrestation immediate de Monsieur 
Bonaparte Pierre. U’Empereur a approuve 
cette decision. D’instruction est deja com- 
mencee. » 


Le chef du Cabinet : Adelon. 


(Jules Claretie, Revolution de 1870-1871). 


O t> 












































CHANTECLAIR 


Le Professeur Felix de LAPERSONNE 


Fflix de Lapersonne est ne a Toulouse, le 29 septembre 1853. 

Interne des Hopitaux de Paris en 1879, aide d’anatomie en 1881, chef de clinique ophtal- 
mologique a la Faculte de Paris de 1883 a 1886, agrege des Facultes de province en 1886, il 
fut cette annee meme charge du Cours complementaire des 
maladies des yeux a la Faculte de medecine de Lille, ou il 
devint titulaire de la chaire d’ophtalmologie en 1890, a sa 
creation. En 1893, il etait doyen de cette meme Faculte. 

Lorsque le professeur Panas quitta, a I’Hotel-Dieu 
de Paris, la chaire dont il avait ete le premier titu¬ 
laire, le docteur de Lapersonne, bien que non agrege 
de Paris, fut cependant appele a le remplacer, en 
raison de la situation tres en vue que lui avaient 
creee ses nombreux travaux. 

Parmi ces travaux, il faut citer ceux sur la 
syphilis oculaire, I’oeil tabetique et hysterique, les 
paralysies oculaires, la conjonctivite granuleuse dans 
le Nord, I’ophtalmie purulente, etc. 

De 1884 a 1886, le professeur de Lapersonne 
publia les legons du professeur Panas; et depuis 1893 
il a donne Les Maladies des paiipieres et des membranes 
externes de I’oeil, ses Lecons d'ouvertiire de la Clinique, 
ophtalmologique de Lille, une etude sur 1’Organisation de 
I’enseignement medical en Espagne, I'Eloge de Davaine. etc. 

On doit, en somme, a ce savant specialiste, la reorganisation de I’enseignement ophtalmo¬ 
logique par I’institution de cours de perfectionnement, de cours pratiques, de cours de vacances. 

Le professeur de Lapersonne est Chevalier de la Legion d’Honneur. 


PORTRAIT-CHARGE. — Surnomme « Ic Colonel » dans son service, le docteur de Lapersonne porte id, 
sur son petit bonnet habituel, les insignes du grade que lui ont confere ses eleves; et, sur un havresac, des ouvrages 
et I'organe de sa specialite. Preconisant I'emploi du thermocautere, le feu etant seul capable de bien assurer la 
destruction des microbes et d’enrayer les contagions, le savant ophtalmologiste, force lui-meme de corriger sa pres- 




..... 

j CONSTIPATION 

INSUFFISANCE BILIAIRE - CHOLEMIE 

GLOBULES doses a 0 gr. 10 d’extrait complet de bile 
SOLUBLE, prepares dans le VIDE et a FROID, avec 
la bile des boeufs de la CARNINE LEFRANCO :: 

ENTEROCOLITE MUCO- MEMBRANEUSE 

BOV’ 

BILIC 

De 2 d 6 globules par jour 

Le Flacon de 50 Globules : 3 Francs 

a n’importe quel moment selon 
les indications du Medecin 

Echantillon sur demande 

1 LE VERITABLE 

L 

LAXATIF NATUREL 











CHANTECLAIR 


VERS POUR ETRE CHANTES 


A quoi bon des serments ? 
Ma preuve est en moi-meme, 
Pour savoir si je mens, 

Quand je dis que je t’aime. 


i’Academie Franfai 


Fais done ce que tu dois 
Et ce que je merite ! 

Ma vie est dans tes doigts 
Comme une marguerite; 


Petales, coeur, et tout, 
Effeuille-14 toi-meme; 
Quand tu seras au bout. 



FAUNE ET BACCHANTE 

Reproduction par la photographie des couleurs d’un tableau de Gervex (Musee du Luxembourg, a Paris). 




:0 ■=! O: 


= 0 


DERNIERE RESSOURCE 

Un beb^ de ma famille, age de 5 mois, depe- 
rissait a vue d’oeil, et ne pouvait supporter le 
lait pur; j’ai eu I’idee d'essayer de meler a son 
lait coup§ la valeur d’line cuilleree 4 cafe de 
Carnine Lefrancq par 24 heures. Or, depuis, il 
augmente regulierement de 12 4 13 grammes 
par jour. J’avais essaye la chose comme derniere 
ressource, et devant les bons effets produits par 
cette excellente preparation, je vous prierais de 
m’en envoyer un flacon. 

Docteur Decourtieux, a Punchy (Somme). 


^ RAPIDITE D’ACTION ETONNANTE 

J'ai fait prendre a une de mes malades qui 
etait trfes affaiblie 4 la suite, d’abord, d’une gros- 
sesse un pen penible, puis par Tallaitement de 
□ son bebe que je I’obligeais 4 sevrer d’urgence 4 
mon arrivee. Le resultat a ete tout simplement 
merveilleux et les forces sont revenues avec une 
rapidite etonnante, d4s le premier flacon pris a 
la dose de 3 cuillerees 4 soupe par jour. Ma 
malade a pris le deuxifeme flacon par pure gour- 
mandise. Tous mes remerciements. 

V Docteur P. Joubin, a Marseille (B.-du-R.) 














CHANTECLAIR 


LE QUARTIER 


Ea jeunesse du Quartier Latin avait alors 
un gout prononce pour la vie de Boheme. 
Elle preferait le theatre Bobino a la Come- 
die Fran9aise, la Grande Chaumiere, ou plus 
simplenient la Chaumiere, a la salle de bal 
la plus brillante. Une flanerie lui plaisait 
plus dansles jardins du Luxembourg qu’une 
promenade en voiture dans le bois de Bou¬ 
logne. EUe aimait mieux un diner de trois 
francs cbez Magny, rue Contrescarpe-Dau- 
phine, ou meme a vingt-deux sous cbez 
Viot ou cbez Blery, que le plus somptueux 
repas au Cafe Ricbe ou au Cafe de Paris. 
Elle aurait donne le plus fin regal au Cafe 
Anglais pour les petits pains beurrfe et le 
bol de lait de la Boulangerie Cretaine rue 
Dauphine. 

Au Quartier Latin, tout bomme portant 
un vetement de drap et surtout un cbapeau 
de soie etait traite de bourgeois. Au reste, 
on n’y voyait guere de coiffure de ce genre, 
meme pendant le jour, si ce n’est sur la 
tete des professeurs, ou encore le jeudi, jour 
de sortie des collegiens. 

Le collegien d’alors avait un cbapeau de 
baute forme, comme les etudiants anglais, 
une sorte d’babit de quaker a col releve, 
une cravate blancbe, un gilet et des panta¬ 
lons bleu-fonce, des souliers decouverts 
laissant voir les bas de coton bleu. En ete, 
quelques-uns, ceux en particulier du college 


LATIN EN 1841 


Robin, portaient un gilet et des pantalons 
d’etoffe plus legere. Toute la semaine ils 
etaient prisonniers dans les murs du college 
et pendant leur promenade du jeudi, 
c’etedent encore des prisonniers faisant de 
I’exercice sous la surveillance de leurs 
geoliers. Ceux qui avaient a Paris des pa¬ 
rents ou des amis pouvaient sortir un di- 
mancbe par quinzaine, pourvu toutefois 
qu’on vint les cbercber le matin et qu’on 
les ramenat le soir. Cette regie s’appliquait 
a tous, aux ecoliers de neuf ans comme a 
ceux de dix-buit. 

Les cinq francs a donner aux etudiantes 
sortaient rarement de la pocbc de leurs 
admirateurs. C etait alors une somme im- 
portante pour la jeunesse du Quartier La¬ 
tin. Bien peu d’entre eux toucbaient plus 
de deux cents francs par mois, beaucoup 
avaient moins encore. Ceux qui recevaient 
cinq cents francs — il n’y en avait peut-etre 
pas quarante sur la totalite des etudiants — 
etaient a peine consideres comme appurte¬ 
nant a la corporation fraternelle. On les 
appelait ultrapontins pour les distinguer 
de ceux qui d’un bout a 1’autre, ne pas- 
saient jamais les ponts, si ce n’est pour aller 
au theatre car il n’y avait pas grand chose, 
avoiral’Odeondont, apres le depart de Harel 
pour la Porte Saint-Martin, la gloire etait 
eclipsee. (jjn Anglais d Paris - tr.J. Herce.) 
























:: Sue de Viande de Boeuf CRUE 
CONCENTRE dans le VIDE et A FROID 


CARNINE 


A ROMAINVILLE 




LEFRANCQ 


De 1 a 5 cuillerees a bouche par 
jour, a n’imporie quel momeiU PURE 
ou additionnee d’un liquide quel- 
conque, eau minerale ou naturelle, 
the, lait, etc. 

FROID ou TIEDE 


MALADIES DE L’ESTOMAC ET DE L’INTESTIN 
NEURASTHENIE — ANOREXIE — CHLOROSE 
TUBERCULOSE ALIMENTATION 

ANEMIE -\ LIQUIDE 


SIROP 

50 gr. de tissu h^patique 
par cuillerSe a bouche. 



GLOBULES 
25 gr. d’extrait h^patique 


OPOTHERAPIE HEPATIOUE 


BOV’ HEPATIC 

prepare dans le VIDE et h FROID avec les Foies des Boeufs de la CARNINE LEFRANCQ 

Insuffisance hepatique - Cirrhose - Diabete 
Dyspepsies intestinales - Ententes chroniques 


LITTERATURE ET ECHANTILLON S 


Depot General: ETABLISSEMENTS FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, PARIS 














Dans la derniere promotion qui vient d'etre publiee par le Minis 
de Londres, oil la Carnine Lefrancq a obtenu le Grand Prix, figuri 
Gerant de la Carnine, pour le grade d'Officier de la Legion d’Honm 
La modestie de notre tres aimable Directeur et les relations d’: 
avec lui, ne nous permettent guerc de faire ici son eloge ; cependant 
qui sont fort nombreux, en particulier dans le monde mMical et pha 


; du Commerce a I'occasion de I’Exposition 
, le Docteur Victor FUMOUZE, Directeur- 

tie que nous sommes heureux d’entretenir 
ms sommes convaincus que tous ses amis, 
aceutique, se rejouiront avec nous. 


LE PREMIER CONCERT DE PAGANINI, a PARIS 










CHANTECLAIR 


Ironique et railleur comme le Don Juan 
de Byron, capricieux et fantasque comme 
une hallucination d’Hoffmann, melancolique 
et reveur comme une meditation de Lamar¬ 
tine, ardent et fougueux comme une impre¬ 
cation de Dante, doux et tendre comme une 
melodie de Schubert, le violon de Paganini 
rit, soupire, menace, blaspheme et prie 
tour a tour. II exprime toutes les emotions 
du coeur, tons les bruits de la nature, tous 
les incidents de la vie ; il a des accents, 
des effets, des combinaisons dramatiques 
d’une prodigieuse variete; il exerce une 
puissance de fascination que ne posseda 
jamais la voix humaine la plus souple et la 
plus sympathique. 


Tel se montre Paganini des sa premiere 
apparition parmi nous. 

Son succes depassa toutes les previsions. 

Il serait impossible de decrire I’enthou- 
siasme dont I’auditoire fut saisi en ecou- 
tant cet homme extraordinaire. Get enthou- 
siasme alia jusqu’au delire, a la frenesie. 
Apres lui avoir prodigue des applaudisse- 
ments pendant et apres cbaque morceau, 
I’assemblee le rappela pour lui temoigner 
par des acclamations unanimes et repetees 
I’admiration qu’il inspirait. 

Marie et Leon Escluier 
(Vie anecdotique de Paganini). 


□ 


□ 


„ J’estime que les produits de la valeur du v6tre meritent les 

felicitations des Medecins et la reconnaissance des malades. “ 



La Gamine Lefrancq est indiquee dans tous les cas ou il 
malade ou reparer celles des convales- 

Sa parfaite conservation, son gout 
tres agreable, ses effets certains, en font 
une merveilleuse preparation que j’ai 
toujours employee avec succes. 

Je vous autorise a vous servir de 
mon attestation, comme bon vous fera 
plaisir, je suis tres heureux de vous la 
donner, sans que vous I’ayez sollicitee, 
car j’estime que les produits de la valeur 
du votre, meritent les felicitations des 
medecins et la reconnaisance des ma- 


faut soutenir les forces du 




On trouve dans le S U C R U T A, un des ecrits medicaux les plus 
anciens du monde, puisqu’il date des origines de la medecine hindoue : 

TRAITEMENT de L’HOMME ATTEINT de CONSOMPTION 


« . bonne et ecrasee, puis assaisonnee de poivre, gingemhre et aiitres aro- 

matiques, la viande crue donne un sue stimulant qui guerit la phtisie. » 


Ainsi SUCRUTA, il y a quelques miUe ans, preconisait deja la Zomotherapie. 




































M. LUPINE, Prcfct dc Police 








CHANTECLAIR 



Jean RICHEPIN 
de I'Acaddmie Franfaise 


Si le Medecin considere que la CARNINE 
LEFRANCQ est da sue de bceuf pur, concentre 
dans le vide et a froid, que ses moyens d’action 
et de fabrication sont uniques, il ne lui viendra 
jamais a I’idee de prescrire un produit 

QUI NE SAURAIT EIRE SUPERIEUR 

d la CARNINE LEFRANCQ et pent fort bien 
lui etre notablement inferieur. 


LA CHANSON DE MARIE-DES-ANGES 

Y avait un’ fois un pauv’ gas, 

Et Ion la laire, 

Et Ion Ian la, 

Y avait un’ fois un panv’ gas, 
Qu’aimait cell’ qui n’l’aimait pas. 
Eir lui dit : Apport’-moi d’main 

Et Ion la laire, 

Et Ion Ian la, 

Eir lui dit : Apport’-moi d’main 
L’ccEur de ta mer’ pour mon chien. 
Va chez sa mere et la tue 
Et Ion la laire, 

Et Ion Ian la, 

"Va chez sa mere et la tue, 

Lui prit I’coeur et s’en courut. 
Comme il courait, il tomba, 

Et Ion la laire, 

Et Ion Ian la, 

Comme il courait, il tomba, 

Et par terre I’coeur roula. 

Et pendant que I’coeur roulait, 

Et Ion la laire, 

Et Ion Ian la, 

Et pendant que I’coeur roulait, 
Entendit I’coeur qui parlait. 

Et I’coeur lui dit en pleurant, 

Et Ion la laire, 

Et Ion Ian la, 

Et I’coeur lui dit en pleurant : 
T’es-tu fait mal, mon enfant? 

Jean Richepin. 


votre proeddd de fabrication de ia Carnine 
Lefrancq, qui se conserve en AigSrie par 
les grandes chaieurs, mSme iorsque ie 
flacon est dSbouchd depuis un mois, et 
dont je n’ai toujours eu qu’a me louer. 

Docteur Courcelle, 

Ancien Interne des Hopilanx de Paris, Oran. 



LES CHEMiNEAUX 


La Carnine Lefrancq n’a plus besoin de publicity, 
puisqu’elle s’impose a notre pratique par ses 
r^sultats qii’aiicun autre produit similaire ne peut 
nous doiiner. 

Veuillez agr^er I’expression de ma reconnais¬ 
sance pour les grands services qu’elle m’a rendus 
dans ma clientele. 


Docteur Picard, Nantes. 








CHANTECLAIR 


M. LEPINE, Prefet de Police 

M. Lepine, Prefet de Police, est un peu de la grande famllle medicale. II est le 
frere de I’eminent professeur de la Faculte de Medecine de Lyon, et il a un fils qui etudie la 
medecine. N’est-il pas encore, de par ses hautes fonctions, le pere de tons les etudiants ? Sa 
biographic est done ici bien a sa place. 

Louis-Jean-Baptiste Lepine est ne a Lyon, le 6 Aout 1846 ; et e’est dans sa ville natale 
qu’il fit ses etudes classiques et eommenca son droit. 

Mais la guerre vint interrompre ses etudes, et des le debut des hostilites, il s engageait 
dans le 16® Regiment de marche (Mobiles du Rhone). 

Bien vite il arrive au grade de sergent-major; mais il rend un de ses galons pour entrer 
comme sergent dans une compagnie d’eclaireurs volontaires, 
choisis par le colonel Deufert-Rochereau parmi les hommes 
de troupe de la garnison de Belfort. Blesse au cours d’une 
sortie tentee pour enlever aux Prussiens le village de 
Bavilliers, il recevait, le 19 avril 1871, la Medaille Mili- 

La paix signee, il retournait a Paris pour com¬ 
pleter ses etudes de droit, puis se faisait inscrire 
au Barreau de Lyon auquel il resta attache jusqu’a 
la fin de 1877. C’est a cette epoque qu’il debuta dans 
la carriere administrative, comme sous-prefet a La 
Palisse. Depuis, nous le trouvons successivement 
sous-prefet de Montbrison, puis de Langres, puis de 
Fontainebleau ; Prefet de I’lndre, Secretaire General 
de la Prefecture de Police ; Prefet de la Loire, puis 
de Seine-et-Oise, Prefet de Police, Gouverneur general 
de I’Algerie, Conseiller d’Etat, et de nouveau Prefet de 

C’est dans I’exercice de ces dernieres fonctions qu’il 
sut en effet, dans de nombreuses circonstances, montrer 
tout a la fois une energie et une habilete qui firent de lui Thomme bien a sa place, dont les 
services etaient inappreciables. 

Aussi bien lors des eebauffourees boulangistes que dans nombre de greves, dans les 
troubles du quartier latin que pendant la periode febrile de I’affaire Dreyfus, quelque critiques 
et perMleuses que fussent les situations, M. Lepine se montra toujours, au milieu de ses 
troupes et du public, le chef en meme temps courageux, patient et bon, grace auquel bien 
des malheurs irreparables ont pu etre evites. Ce sont la des qualites bien rares et bien pre- 
cieuses, pour qui sait combien sont difficiles a manier ces foules dont la psychologic est si 
redoutable. 

Aussi notre Prefet de Police est-il extremement populaire. 

Nous ne pouvons ici enumerer tout ce qu’on lui doit dans le domaine de la protection de 
la securite publique ; mais, pour rester sur notre terrain special, nous rappellerons qu’il crea 
la Maison departementale de Nanterre, qui peut contenir 4.000 hospitalises, et reorganisa 
celle de Villers-Cotterets ; et qu’on lui doit aussi la creation du Service d’identite judiciaire. 

M. Lepine, Prefet de Police, est Grand’Croix de la Legion d’Honneur. Notons que M. Lqjine 
a recu la Medaille d’or des Sauveteurs pour sa conduite courageuse lors d’une explosion de 
grisou a Saint-Etienne, le 6 decembre 1891. 




PORTRAIT-CHAHGE. — Notre Prefet de Police haranguant des etudiants, qui i’entourent de leur inonome, 
Prefet « Notre Pere », les a coiffes avec les bourrelets de I’enfance. 




CHANTECLAIR 



PORTRAIT D'ERNEST HEBERT 
Peintre Fran9ais (1817-1908) 

a photographie des couleurs du tableau d’AimS Morot (Musde du Luxembourg, Paris). 


La CARNINE LEFRANCQ donne un excellent resultat dans tons les cas on il faut ui 
reconstituant rapidement efficace. ^octeur Conte, d Seller, lies Baleares (Espagne). 








CHANTECLAIR 


INSTANTANES, par Taine 


SAINTE-BEUVE 


O ERNEST RENAN 


L’impression dominante quand on le 
voit, c’est qu’il est timide; il parle douce- 
ment, has, avec insinuation et nuances, 
avalant certaines syllabes trop franches. II 
a quelque chose d’un chanoine ou d’un gros 



Avant tout, Renan est un homme pas- 
sionne, obsede de ses idees, obsede ner- 
veusement. II marchait dans une chambre 
comme dans une cage, avec le geste, le ton 
bref, saccade de I’invention sursautante. II 



cliat meticuleux, prudent. Une tete irregu- 
liere, blafarde, un peu chinoise, crane nu, 
avec de petits yeux malins et un sourire 
doucereux, fin. Ppsitivement, il y a un fonds 
ecclesiastique, homme du monde. Puis des 
eclats et des eclairs ; la franchise, la force 
de croyance font explosion... 



Bleus ou noirs, tous aimes, tous beaux. 

Des yeux sans nombre out vu I’aurore; 

11s dorment au fond des tombeaux, 

Et le soleil se Ifeve encore, 

Les nulls, plus douces que les jours, 

Ont enchante des yeux sans nombre; 

Les Stoiles brillent toujours, 

Et les yeux se sont remplis d’ombre. 

Oh! qu’ils aient perdu le regard. 

Non, non, tela n’est pas possible ! 

11s se sont tourn^s quelque part, 

Vers ce qu’on nomme I’lnvisible ; 

Et comme les astres penchants 
Nous quittent, mais au del demeurent, 

Les prunelles ont leurs couchants, 

Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent; 

9 Bleus ou noirs, tous aimes, tous beaux, 9 
Ouverts 4 quelque immense aurore, 

De I’autre cote des tombeaux 
Les yeux qu’on ferme voient encore. 

9 Sully Prudhomme. 9 


est bien different de Berthelot, qui se tient 
trauquille comme un boeuf patient de labour, 
machonnant son idee, appuyant dessus. 
C’est I’inspiration par contraste avec la 
meditation... 

Renan est parfaitement incapable de for- 
mules precises, il ne va pas d’une verite 
precisee a une autre. Il tate, palpe. Il a des 
impressions, ce mot dit tout... 

Renan n’est pas du monde. 11 n'e sait pas 
causer aux femmes; il lui faut des gens 
speciaux. Il n’a pas le tact des opportunites, 
de I’intrigue. C’est avant tout un homme 
plein de sou idee, un pretre plein de son 
Dieu. Il s’estime a ce titre, et autant qu’il 
faut. 

Son proeede pour ecrire est de jeter des 
bouts de phrases, des tetes de paragrajrhes 
par-ci par-la. Quand il est arrive a la sen¬ 
sation d’ensemble, il soude et fait le tout. 


Ce sont toujours 
les yeux qui, les pre- 


Aimer, c’est trouver 
dans la f^licit^ d’au- 
trui sa propre Klicite. 

LEIBNITZ. 














OPOTHERAPIE HEPATIQUE 

BOV’ HEPATIC 


INSUFFISANCE HEPATIQUE :: 

;; :: ;; CIRRHOSE - DIABETE 
DYSPEPSIES INTESTINALES :: 

:: ;; ENTERITES CHRONIQUES 


SIROP. — Chaque cuilleree a bouche renferme 
les principes SOLUBLES de 50 grammes de 
tissu hepatique. 

GLOBULES. — Chaque globule renferme 
0 gr. 25 d’extrait hepatique SOLUBLE, 


SIROP (Gotit tres agreable) : de 1 a3 cuiUerees 
FROIDEr, ou TIEDE. 

GLOBULES. — 4 a 8 globules par jour, a 
prendre en 2 on 3 fois, a n’importe quel moment. 


LittSrature sur demande. Prix du Flacon ; SiPOp OU Globules : 6 Francs Echantillon sur demande. 




OPOTHERAPIE BILIAIRE 

BOV’ BILIC 


CONSTIPATION 
INSOFFISANCE BILIAIRE :: 
ICTiRE - CHOLfiMIE :: :: 
ENTEROCOLITE 


GLOBULES doses a 0 gr. 10 d'extrait complet de bUe SOLUBLE, pre¬ 
pares dans le VIDE et a FROID, avec la 
bUe des boeufs de la CARNINE LEFRANCO 
De 2' a 6 globules par Jour, a n'importe guel moment, selon les indications du Mddeoin. 
Le Flaeon de BO Globules: 3 Franes 


□o 


ZOMOTHeRAPIE 

Pur Sue de Viande de Boeuf CRUE INALTERABLE CONCENTRE 
dans le VIDE et a FROID 

CARNINE LEFRANCO 

De 1 d 5 cuiUerees d houche par jour, d n’importe quel 
moment, pure ou additionnee d’un liquide quelconque, 
eau minerale ou naturelle, the, lait, etc. (pasde bouillon) 

FROID ou TIEDE 

ANOREXIE - ANi;MiE — neurasthenie - TUBERCULOSE 

MALADIES DE L’ESTOMAC ET DE LTNTESTIN 
:: CONVALESCENCES — CHLOROSE :: 

DEBILITE :: :: FAIBLESSE 


DEPOT GENERAL; 

£TABLISSEMENTS FUMOUZE - 78, .Faubourg Saint-Denis - PARIS 

































UNE AVENTURE DE BALZAC 


Par un certain jour de pluie, M. de 
Balzac allait a pied dans les rues de Paris; 

M. de Balzac, comme tons les grands esprits, 
avait la profonde Borreur pour 
meuble accidentel qu’on appelle 
unparapluie. Cependant, comme 
le ciel pleurait a cBaudes larmes, 
et que M. de Balzac n’avait 
pas de voiture a sa portee, il 
prit le parti de se mettre a 
I’abri sous une porte cocBere, 
la premiere venue. Tout a 
coup, il aper(;ut, en levant les 
yeux, vers la maison d’en face, 
une femme qui, de son petit doigt, 
tirait, par intervalles, le petit rideau balz/i 

de sa croisee pour le regarder. Tiens, 
se dit le plus fecond de nos roman- J 
ciers, cette femme est bien curieuse, mais 
elle est plus jolie encore; il s’arrangea de / 
son mieux en redressant son collet recro- 
queville. La figure de la croisee se montra f 



bientot sous son jour le plus favorable; elle 
etait radieuse de beaute et de curiosite; 
le rideau allait et venait a tout moment, 
qui donnait beaucoup a penser 
a M. de Balzac. Il lui sembla avoir 
meme deja vu cette femme a 
1’ Opera, et interieurement il se 
mit a remercier le ciel de cette 

Mais quelle ne fut pas sa 
surprise lorsqu’un domestique, 
sortant de cette meme maison, 
j’approcbe de lui avec un para- 
pluie, et le lui pr&entant : 

— Voici, monsieur, ce que ma 
; maitresse vous envoie. 

Stupefait, intrigue, par ces paroles, 
M. de Balzac n’adressa aucune question au 
domestique; il prit le parapluie, et, otant 
son cbapeau, il salua fort galamment la 
dame qui restait toujours derriere le rideau, 
puis il s’eloigna avec un sourire vainqueur 


I Par les grosses cbaleurs, la CARNINE LEFRANCQ rend de grands services 

et reconstitue admirablement les anemies par anorexie. 

B Docteur Gaillard, L’Albenc (IsJre). 












CHANTECLAIR 


et satisfait. Le lendemain, de tres bonne 
beure, M. de Balzac se leve, se parfume, se 
peigne de son mieux, met son Habit noir, 
acHete des gants blancs et, prenant son 
parapluie, se met en route pour remercier 
cette cHarmante femme de sa ruse et de sa 
bienveillance, mais I’Heure de se presenter 
n’ayant pas encore sonne, il pensa qu’il 
serait plus galant de garder en souvenir ce 
parapluie, tout rococo qu’il etait, et d’en 
acHeter un neuf, pour presenter a la dame, 
comme si c’etait le sien. 

Midi sonne, M. de Balzac se fait annon- 
cer, entre, et pr&ente son parapluie en bal- 
butiant quelques remerciements. La dame 
(c’etait bien la meme), le prend, le roule 
dans ses jolis doigts effiles et le met de 
cote, sans faire semblant de s’apercevoir de 


cet Heureux changement. — II n’y a pas 
de quoi me remercier, monsieur, mon para¬ 
pluie sera toujours a votre service. — Mais, 
enfin, madame, dit le romancier, vous ne 
m’avez pas envoye en vain ce parapluie, 
cela n’ est pas d’ usage, et a moins d’ une occa¬ 
sion extraordinaire... La dame s’en aper9ut, 
et devinant son intention ; — Mais certai- 
nement, monsieur, j’avais une raison pour 
vous envoyer mon parapluie. Tenez, ajouta- 
t-elle, je vous estime trop pour ne pas vous 
le dire ; j’attendais un ami qui devait venir 
ici justement a cette meme beure ou vous 
vous trouviez sous la porte; comme vous 
me geniez, je vous ai envoye mon para¬ 
pluie pour vous faire partir tout de suite, 


=o 


LE THEATRE AU CAMP 


Ell 1813, pendant Tarmistice, Napoleon 
fit venir a Dresde I’elite du personnel de la 
Comedie-Francaise, qui y arriva le 19 juin, 
pour en repartir le 12 aoiit, apres avoir 
donne vingt-cinq representations durant les 
quarante jours de I’armis- 
tice, outre quelques seances 
particnlieres dans les sa¬ 
lons, telles que le monologue 
de Baptiste cadet (dans le 
role de lord Bristol) chez le 
general Durosnel, le gou- 
verneur imperial de cette 
ville. Nos artistes se sur- 
passerent! 

La tragedie avait pour 
interpretes ; Saint-Prix, 

Talma et Georges. 

Jouaient la comedie ; 

Baptiste cadet, Fleury, 

Saint-Pal, Michot, Armand, 

Thenard, Michelot, Vigny, Mile CORNILLA, 

Barbier ; Mmns Thenard, 

Contat, Mezerai, Bourgoin et surtout M'b' 
Mars, que I’empereur combla de preve- \ 
nances. Leur directeur etait Despres, avec Si 
Maignen (a la fois secretaire) pour souflleur ! J 

Leurs deux superintendants etaient M. de Sj 
Bausset et le comte de Turenne : le pre- 
mier s’occujjant des acteurs et des sujets 
de representation; le second, des invita- M, 
tions officielles, qu’il convenait de faire au 



La Ire representation francaise eut lieu 
le 22 juin, avec la Gagenre imprevae et la 
Suite d’un bal masque, de Mme Bauer. La 
comedie se donnait dans I’orangerie du 
palais Marcolini, transformee en theatre; 

et la tragedie, au grand 
thAMre de la ville, ou o 


; adm 


qua- 


: les 


billets de faveur gratuits 
du comte de Turenne. Les 
valets de pied de la maison 
de I’Empereur offraient des 
rafraichissements. 

Napoleon, qui, jusque-la, 
avait prefere la tragedie, 
aimait alors bien n ' 
la comedie qui peint n 
la realite vraie des ei 
teres et des moeurs de la vie 
bumaine, en sortant du ro¬ 
man de I’ideal, bon pour la 
jeunesse qui raffole d’illu- 
sions. Fleury etait alors, 
dans une certaine mesure, le Talma de la 
comedie. Au contraire, les Allemands paru- 
rent transportes d’enthousiasme devant les 
tragedies de Corneille et de Bacine, interpre- 
tees par Talma, Saint-Prix et M»e Georges. 
Cela tient a ce que les delicatesses de lan- 
gage de nos plus belles comedies ne peuvent 
etre bien saisies que par des Francais. Nos 
acteurs furent combles de presents. 

D'- Bol’oon. 


’Olympia 









Lc Profcsseur RAfAEL RODRIGUEZ MENDEZ 


CHANTECLAIR 


Je crois aussi que c’est par I’edu- 
cation de la jeunesse beaucoup plus 

que par les exhortations a des hommes 

faits que la vertu peut etre repandue. 
Les mauvaises habitudes, les vices 
de I’esprit, sont comme les mala¬ 
dies du corps ; il est plus aise de 
les prevenir que de les guerir. 

FRANKLIN. 

II y a quelque chose de plus haut 
que I’orgueil et de plus nohle que la 
vanite, c’est la modestie; et quelque 
chose de plus rare que la modestie, 
c’est la simplicite. 

Cases de Samory. RIVAROL. 


LES A'/eULES 


A la fin de Juillet les villages sont vides. 
Depuis longtemps dejd les nuages livides, 
Mena9ant d’un prochain orage a I’occident, 
Conseillaient la recolte au laboureur prudent. 
Done, void la moisson et bientot la vendange; 
On aiguise les faux, on prepare la grange, 

Et tons les paysans, d6s I’aube rassembles, 
Joyeux, vont a la fete opulente des bles. 

Or, pendant tout ce temps de travail, les aleules 
Au village, devant les portes, restent seules, 

Se chauffant au soleil en branlant le menfon, ' 
Calmes, et leurs deux mains jointes sur leur baton. 
Carles travaux des champs leur ont courbe la faille. 
Avec leur long fichu peint de quelque bataille, 
Leur jupe de futaine et leur grand bonnet blanc, 
Elies restent ainsi tout le jour sur un banc, 
Heureuses, sans penser peut-etre, sans rien dire, 
Adressant un beat et mystique sourire 
Au Clair soleil qui dore au loin le vieux clocher 
Et murit les epis que leurs fils vont faucher. 

Fran?ois Coppee. 


CHLOROSE 

La Carnine Lefrancq m’a donne un re- 
sultat merveilleux chez une jeune chloro- 
tique, pour qui on avait employe differents 
medicaments sans obtenir une reaction 
complete. 

Je lui ai donne de la Carnine Lefrancq 
et, au bout de peu de jours, le chan- 
gement fut notable ; la malade commen9a 
une marche rapide vers la guerison. 

La patiente, presque guerie complete- 
ment, continue, tres contente, le dit 
traitement. 

Docteur R. TIFFON, 
Barcelone (Espagne). 




Le Medecin, pour une raison 
quelconque, que rien ne nous 
autorise d rechercher,peutpres- 
crire une preparation analogue 
a la CARNINE LEFRANCQ, 
mais nous avons la certitude 
— appuyee sur de nombreux 
exemples — qu’il revient tou- 
jours a la Carnine, parce que, 
finalement, il place I’interet de 
son malade au-dessus de toutes 
especes de considerations. 






















CHANTECLAIR 


Le Professeur RAFAEL RODRIGUEZ MENDEZ, de Barcelone 





Rafael Rodriguez Mendez est fils de medecin. II a fait ses etudes classiques et medicales, 
et aussi toute sa carriere, a Barcelone. Recu docteur en 1870, et blentot specialise dans 
I’hygiene et I’etude de la tuberculose, il obtenait sans tarder la 
chaire de professeur d’hygiene de I’Universite de Barcelone. 

Les travaux du savant hygieniste sont nombreux; 
parmi les principaux, nous citerons : Principes d'Hygiene 
(1875) ; une traduction du Traite des maladies de la 
femme, d’Alleaume (1877) ; Importance d’nne bonne 
education des enfants (1889); Opinion sur I’infection 
et la desinfection; correction et augmentation du 
Coiirs elementaire d’Hygiene privee, de Jean Gini y 
Partagas (ISlo); Biographic morhide (1879), etc., etc. 

Le Professeur Rafael Rodriguez Mendez a ete 
recteur de I’Universite de Barcelone. II est president 
de la section scientifique de I’Academie d’Hygiene de 
Catalogue et president de la section d’hygiene de 
I’Academie royale de medecine de la meme ville. Ses 
relations avec ses collegues etrangers sont nombreuses. 

II est membre correspondant de la Societe d’hy¬ 
giene de Bordeaux, membre honoraire de la Societe 
francaise d’hygiene et membre correspondant de la New- 
York medico-legal Society. En 1894, le fenom du Pro¬ 
fesseur Rodriguez Mendez lui valait d’etre nomme president 
d’honneur du Congres international d’Hygiene a Budapest. 

Le savant hygieniste est d’ailleurs double d’un journaliste medical des plus actifs; 
collahorateur de La Aspiracion medica et de La Medicina, de Madrid, du Journal d'Hygiene, 
de Paris, de La Gacela medica, de Grenade, et de La Gaceta medica de Cataluna, le docteur 
Rodriguez Mendez trouve encore le temps de diriger La Cultiira Popular, de Barcelone, et 
La Gaceta medica catalana. 



Vous devez essayer le 

BOV’ HEPATIC 


INSUFFISANCE hLPATIOUE 
CIRRHOSE 

DYSPEPSIES INTESTINALES 
DIABETE 

ENTERITES CHRONIQUES 


SIROP et GLOBULES 























CHANTECLAIR 


ZOMOTHERAPIE 

CfllRNlNE IjEFRANCQ 

Pur Sue de Viande de Bceuf Crue, Inalterable, 

Concentre dans le Vide et a Froid 

MALADIES DE L’ESTOMAC ET DE LTNTESTIN — NEURASTHENIE 
ANOREXIE — TUBERCULOSE 

ANEMIE - CONVALESCENCES - CHLOROSE - FAIBLESSE 


De 1 d 5 cuUlerees d bouche par jour, d n'importe quel 
moment, pure ou additionnee dun liquide quelconque, 
eau mine'rale ou naturelle, the', lait, etc. (pas de bouillon) 

FROID ou TIEDE 



LE PLUS ENERGIQUE des RECONSTITUANTS 


Depot General : 
Etablissements 
:: FUMOUZE :: 

78, Faubg. St-Denis, 
PARIS 


E B017' BlblG E 

De 2 a 6 globules par jour, d n’importe quel I 
moment, selon les indications du Me'decin. I 


GLOBULES doses 4 0 gr. 10 d’extrait complet 
de bile SOLUBLE, prepares dans le VIDE 
et a FROID, avec la bile des boeufs de la 
- CARNINE LEFRANCQ - 


ENTEROCOLITE-MUCO-MEMBRANEUSE 

- ictBre- 

INSUFFISANCE BiLIAiRE — CHOLEMIE 
- CONSTIPATiON -- 


LE VERITABLE LAXATIF NATUREL 


















CHANTECLAIR 



Je fais des voeux pour la 
CARNINE EEFRANCQ, 
adjuvant prdcieux pour 
la convalescence des ma¬ 
ladies tropicales. 

Dooteur P. Lepinte 


LA NATION FRANCAISE 


Quand je considere cette nation en elle- 
meme, je la trouve plus extraordinaire 
qu’aucun des evenements de son histoire. 
Ell a-t-il jamais paru sur la terre une seule 
qui fut si remplie de contrastes et si ex¬ 
treme dans chacun de ses actes; plus con- 
duite par des sensations, moins par des 
principes; faisant ainsi toujours plus mal 
ou mieux qu’on ne s’y attendait, tantot au- 
dessous du niveau commun de 1 humanite, 
tantot fort au-dessus; un peuple tellement 
inalterable dans ses principaux instincts, 
qu’on le reconnatt encore dans des por¬ 
traits qui ont ete faits de lui il y a deux 
ou trois mille ans, et en meme temps telle¬ 
ment mobile dans ses pensees journalieres 
et dans ses gouts, qu’il finit par devenir un 
spectacle inattendu a lui-meme et demeure 
souvent aussi surpris que les etrangers a la 
vue de ce qu’il vieiit de faire; le plus casa- 
nier et le plus routinier de tons, quand on 
I’abandonne a lui-meme, et, lorsqu une fois 


on I’a arrache malgre lui a son logis et a 
ses babitudes, pret a pousser jusqu’au bout 
du monde et a tout oser; indocile par tem¬ 
perament, aujourd’hui I’ennemi declare de 
toute obeissance, demain mettant a servir 
une sorte de passion que les nations les 
mieux donees pour la servitude ne peuvent 
atteindre; conduit par un fil tant que per- 
sonne ne resiste, ingouvernable des que 
I’exemple de la resistance est donne quelque 
part; adorateur du hasard, de la force, du 
succes, de 1’eclat et du bruit plus que de la 
vraie gloire; plus capable d’heroisme que 
de vertu, de genie que de bon sens; propre 
a concevoir d’immenses desseins plutot qu a 
paracbever d’immenses entreprises; la plus 
brillante et la plus dangereuse des nations 
de I’Europe, et la mieux faite pour y deve¬ 
nir tour a tour un objet d’admiration, de 
baine, de pitie, de terreur, mais jamais 
d’indifference. 

Tocqueville. 







LA JEUNESSE ET L’AMOUR 

Reproduction par la photographie des couleurs d'un tableau de Bopg-dereau, 
Mus6e du Luxembourg ^ Paris. 



















CHANTECLAIR 






































— iv" 


Lc Profcsscur CHADFFARD 











LE BONHEUR 

DE CE MONDE 

SONNET 

oir une maifon commode, proprc & belle, 
n jardin tapilTe d’cfpaliers odorans, 

Des- fruits, d’excellent vin, peu de train, peu d’enfans, 
Podeder feul fans bruit une femme fidele. 

N’avoir dettes, amour, ni proces, ni querelle, 

Ni de partage a faire avecque fes parens, 

Se contcncer de peu, n efperer rien des Grands, 

Regler tous fes defleins fur un jufte modelc. 

Vivre avecque franchife & fans ambition, 

S’adonner fans fcrupule a la devotion, 

Domter fes paffions, les rendre obeiflantes 

Confervcr I’efprit libre, 6c le jugemenc fort, 

Dire fon Chapelet en cultivant fes entes, 

C’eft attendre chez foi bien doucement la mort. 


Copie d'un sonnet compose par PLANTIN an XVI' siecle, iraprimee en catacteres 
a I'lmprimeiic Flandniemte. 



de I’cpoquc 





CHANTECLAIR 



Verascope 

LES ORPHELINS 


Que je les plains 
Les orphelins, 

Chers petits 4 Tame sereine, 

Aux gestes doux, aux yeux calins, 
Vetus de lin ou de futaine, 
Nouveau-nes a la fraiche haleine, 

Blancs poupons aux haillons de laine, 
Inconscients de leur destin, 

11s vont od la pitie les mfene. 

Que je les plains, 

Les orphelins! 

Amelie Mesureur. 


Le meilleur moj'en cle 
retenir quelqu’un est de 
lui laisser croire qu’il est 
litre. 

Pour attacher : rendez 
heureux. 

Voyager, c’est consa- 
crer son argent et son 
temps a augmenter sa 
propre valeui-. 

CoMTESSE Diane 


ANfeMIE 


Deux dc mes petits-fils qui etaient tres 
anemies, tres affaiblis, I’un par une crois- 
sance trop rapide, I’autre par une dentition 
tres penible, ont obtenu apres avoir pris 
deux flacons de Carnine Lefrancq, les 
resultats les plus satisfaisants; I’appetit leur 
est revenu, ils ont regagne des couleurs et 
des forces, et sont actuellement en parfaite 
sante. 

Je tenais a vous faire savoir que cbez eux, 
comme chez mes autres mqlades, cette 
excellente preparation, la Carnine Lefrancq, 
a encore bien reussi. 

Docteur Le Juge de Segrais, 
Nantes (Loire-lnferieure). 


AVOIR LE NEZ CREUX 


Cette locution manque absolument d’ele- 3 
gance. Malheureusement nos a'ieux n’en ju- ^ 
geaient pas comme nous. L’emploi du mot m 
nez pour exprimer le gout, la finesse, I’a-pro- w 
pros, etc., est courant chez nos auteurs, non S 
seulement au .\vi“ siecle, mais egalement o 
au xvn>', ou il se rencontre sous les plumes V 
les moins enclines a la vulgarite : avoir dn jA 
nez, avoir le nez bon, le nez fin, etc. % 

Avoir le nez creux, c’est ne pas I’avoir S 
bouche : cette expression correspond exacte- ® 
ment au latin emuncta naris. Ainsi Phedre p 
appelle un vieillard avise vir emuncta- naris. (w 
Les ecrivains latins affectionnaient ces me- (V 
taphores tirees de I’appendice nasal. Ainsi, U 
pour Martial, « avoir du gout )) c’est habere ^ 


nasiim; dans Horace, dans Ansone, aciila- 
nares exprime la raillerie, la derision ; Perse 
rend la meme idee par unco; nares: pour 
traduire I’idee opposee « manquer de flair)), 
Horace dit nares obesce, ((le nez epais)), c’est 
le contraire du nez bien mouche dc Phedre. 

On voit que cette fagon de parler pent se 
reclaraer de patrons respectables et que, 
depuis plus de deux mille ans, elle a fait 
partie du vocabulaire de la bonne compagnie, 
a Rome qu’a Paris. Mais cela ne m’em- 
pecbe pas de penser qu’elle est d’un tour 
essentiellcment vulgaire et le mieux qu’on 
puisse faire est de ne pas s’en servir. 

Alfred Dutens. 

(InternMiaire des Cherchciirs et Curieux.) 




















INTERROGEANT L’HORIZON 

Reproduction par la photographic des couleurs d’un tableau d’Alfred Ouilloux. 



CHANTECLAIR 


Le Professeur CHAUFFARD 



; Louis-le-Grand, il commencait 


Anatole Chauffard est ne a Avignon, le 22 aout 1855. 

Apres avoir fait ses etudes classiques a Paris, an Lycee 
le cours de ses etudes medicales qu’il devait brillamm'ent 
terminer par la conquete de la medaille d’or de 1 internat. 

Medecin des hopitaux en 1883 et agrege en 1886, il obte- 
nait, en 1908, la chaire d’Histoire de la medecine. 

Medecin tres actif, a la fois clinicien et savant de 
laboratoire, le docteur Chauffard a fait de nombreuses 
recherches et public de nombreux travaux, la plu- 
part orieutes du cote des organes abdominaux, et 
surtout relatifs a la pathologic du foie. 

On lui doit notammeut une etude des deter¬ 
minations gastriques et des complications pancrea- 
tiques de la fievre typhoide; une description dune 
forme de lombricose simulant cette maladie ; et sur¬ 
tout toute une serie de travaux sur I’origine et le 
traitement des icteres infectieux. Ses recherches 
recentes sur les icteres hemolytiques et leurs caracteres 
out apporte a ce chapitre de la pathologie des elements 
tout a fait nouveaux. 

Le professeur Chauffard a publie une monograpbif 
maladies du foie dans le Tiaite de medecine de Charcot-Brissaud 
et dans le Tmite de pathologie generale de Bouchard. On lui doit egalement differents travaux 
sur les maladies du systeme nerveux, de I’appareil respiratoire, du cmur et de I’appareil 
urinaire, partie qu’il a ecrite dans le Traite de medecine de Brouardel-Gilbert. 

Actuellement medecin de I’Hopital Cochin, le docteur Chauffard est memhre de 1’Aca¬ 
demic de medecine et Chevalier de la Legion d Honneur. 


PORTRAIT-CHARGE. — Le Professeur Chauffard est represente exterminaut les dia 
qu’il a chasses de la vesicule biliaire et du foie, organe dont les maladies out fait I’objet des i 
du savant medecin, ancien laureat de I’internat (Medaille d’Or). 


PRENEZ-GARDE! 


Beaucoup de medecins nous signa- 
lent que, tres souvent, leurs clients 
rencontrent de serieuses difficultes 
pour se procurer la Carnine Lefrancq. 
n leur assure que tel autre produit, qui 


Comme bien on le pense, c 


e sont generalement pas desinteresses. 


Si VOS clients eprouvent la moindre difficulte pour se procurer la 
CARNINE LEFRANCQ, veuillez-Uen les engager a s'adresser 


DIRECTEMENT A LA SOURCE memo pour un seul flaoon. 


11 leur suffira d’envoyer un Bon de poste de 10 francs aux 
flTABLISSEMENTS FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, PARIS, 
pour recevoir un flacon de Carnine, franco de tons frais, a domicile. 

Si leur localite n’est pas desservie par le chemin de fer, leur recommander d’indiquer la gare la plus proche. 
















CHANTECLAIR 


Carnine Lefrancq 

Pur Sue de Viande de Boeuf Crue, Inalterable, concentre dans le Vide et a Froid, 


De 1 d. 5 cuillerees i bouche par jour, a n’importe quel 
moment, pure ou additionnee d’un liquide quelconque, 
eau minerale ou naturelle. the, lait, etc. {pas de bouillon) 

FROID ou TifeDE 



TUBERCULOSE — JttALADIES DE L’ESTOMAC ET DE LTNTESTIN — ANOREXIE 
CHLOROSE — NEURASTHENIE ANEMIE — CONVALESCENCE 

FAIBLESSE 


u 

BOV’ HEPATIC 

SIROP. — Chaque cuiller^e a bouche 
renferme les principes SOLUBLES de 
50.grammes de tissu hdpatique. 
GLOBULES. — Chaque globule renferme 
0 gr. 25 d'extrait hdpatique SOLUBLE. 

INSUFFISANCE HEPATIQUE — CIRRHOSE 
DIABETE — DYSPEPSIES INTESTINALES 
- ENTERITES CHRONIQUES - 

SIROP (Goat Ms agre'able): de 1 d 3 
cuillerees d bouche par jour, dans ane 
infusion aromatique FROIDE ou TIEDE. 
GLOBULES. 

4 d 8 globules par jour, d prendre en 
2 ou 3 fois, d n'importe quel moment. 



O 


O 


^3 

BOV’ BILIC 

GLOBULES dosds a 0 gr. 10 d’extrait 
complet de bile SOLUBLE, prdparSs 
dans le VIDE et a FROID avec la bile 


CARNINE LEFRANCQ 

CONSTIPATION — INSUFFISANCE BILIAIRE 
ICTERE — CHOLEMIE 
-- ENTEROCOLITE IWUCO-IVIEIVIBRANEUSE -- 


De 2 d 6 globules par jour, d n’importe 
quel moment, selon les indications du 
Medecin. 


Prix du Flacon : SIrop ou Globules ; 6 Francs 


Le Flacon de SO Globules: 6 Francs 





















SCRUPULES 


All bord de la mer, a Houlgate, dans I’elegant 
chalet d’Alfred Noirby, rarchitecte connu. 

Alfred Noirbv, 38 aiis; M"" Noirby, 32ans; 
Maxime Caro, 30 ans. 

Tons les trois sortent de table et viennent de 
s’installer sur le balcon, afin de prendre leur 

Mais il n’y a pas d’air et le pen de brise qui, 
de temps en temps, leur arrive de la mer, en 
ce moment basse et lointaine, leur apporte 
aussi une violente et nauseabonde odeur de 
poisson gate s’exhalant du sable vaseux. 

M'ue Noirby, donnant une tasse de cafe 
a Maxime. — Sans sucre, n’est-ce pas. Mon¬ 
sieur Maxime? 

Maxime. — Sans sucre ; merci, Madame. 
(II prend la tasse). 

Alfred Noirby. — Vous ne mettez plus 
de sucre dans votre cafe, Caro? 

Maxime. — Non, depuis une huitaine et 
je m’en trouve bien. 

Alfred Noirby. — Vous n’avcz pas le 
diabete pourtant? 

Maxime. — Je ne I’ai pas, j’en suis menace. 



Noirby. — 

Diable ! faites 
attention,alors! 

(A sa femme), 

Aline! mets-moi 
de I’eau-de-vie 

Mme Noirby. 

— Si tu crois 
que c’est bon pour toi de t’ingurgiter de 
I’eau-de-vie comme ca. (Elle le sect). 

Alfred Noirby. — Comme ca! A t'en- 
tendre, on croirait que je passe ma vie a 
me piquer le nez. 

Mine Noirby. — Tune te grises pas, non! 
Mais, tu n’es pas ce que j’appelle un homme 
sobre. 

Alfred Noirby. — Qu’est-ce que tu 
appelles un homme sobre, s’il te plait? 

Mme Noirby. — Je n’en sais rien... Tiens ! 
M. Maxime, par exemple ! 

Mwime, protestant. — Oh ! chere Madame ! 



La CARNINE LEFRANCQ est SUPERIEURE a. teas lesproduits qu’on Ini oppose, 
MOINS CHERE aussi parce qa’elle naUlise que du BCEUF, rien que du B(EUF 
doni le Sue est CONCENTRE dans le VIDE et A FROID 












CHANTECLAIR 


M™“ Noirby. — Ne vous en defendez pas! 
II n’y en a pas tant! C’est meme rare, 
allezt un homme qui ne boit pas d’alcool!... 
Mais, mon mari est comme les gens du 
peuple ; il s'imagine que le vin, les liqueurs, 
toutes ces horreurs la donnent de la force! 
(Elle hausse les epaules avec mepris). 

Alfred Noirby, se levant. — Je ne serais 
pas aonne qu’il y eut de I'orage. II fait une 
chaleur!... J’ai quelques lettres a terminer; 
je descends dans mon cabinet. (II avale en 
hate son cafe). Vous ne vous en allez pas 
tout de suite, Caro ? 

Maxime indecis. — Mais... 

Mme Noirby, viuement. — II est a peine 
neuf heures. M. Caro va rester un peu avec 

Alfred Noirby. — C’est ca! Tenez com- 
pagnie a ma femme. Je remonte dans 
dix minutes, et, quand vous partirez, je vous 
ferai un bout de conduite, si vous voulez. 

Maxime. — Tres volontiers, je vous 
attends. 

M. Noirby lui offre un cigare; il le prend, I’al- 

M. Noirbv leiitre dans le salon on brulent 
deux lampes voilees de sole rose. Il a soin de 

moustiques, et on entend son pas lourd des- 
cendre I’escalier. Silence. Le balcon est plein 
de nuit. La pointe rouge du cigare de Maxime 
indique la place oii il se trouve. On ne volt 
pas sa figure. Quant a Mme Noirby, etendue 
sur une chaise longue, a cote de Maxime, on 
distingue seulement sa robe claire qui fait 
une tache blanche dans I’obscurite. 

Mme Noirby, tres has, et en cherchant la 
main de Maxime. — Bonsoir, mien I 

Maxime, lui baisant les doigts. — Bonsoir, 
Linochette! 

Mme Noirby. — Qu’est-ce que tu as, tu 
n’es pas malade ? 

Maxime. — Non, pourquoi? 

Mme Noirby. — Tu n’as rien mange, ce soir. 

Ma.xime. — Je n’avais pas faim. 

Mme Noirby. — Moi qui t’avais fait faire 
des plats speciaux! Rien que des legumes 
verts... Tu as tout laisse sur ton assiette! 

Maxime. — Il y avait une mouche dans 
les epinards. 

Mme Noirby, saisie. — Pas possible! 

Maxime. — Et puis, quand meme,je tele 
repete, je n'avais pas faim. 

Petit silence. 

Mme Noirby. — Qu’est-ce que tu fais, 
demain, mon amour? 

Maxime. — Je dejeune a Dives. 

Mme Noirby. — Avec qui ? 

Maxime. — Avec des gens sans interet. 


Mme Noirby. — Tu peux bien me dire 

Maxime. — Les Desmarches et leur bande. 

Mme Noirby. — Les Desmarches, Des¬ 
marches. (( Briqueterie d art »? 

Maxime. — Non, les Demarches <( Cuirs 
et peaux)). Les Desmarches Briqueterie soiit 
colles, tandis que ceux de Dives sont maries. 

Mme Noirby. — Oh! Si tu crois que tu 
me rassures! Collees ou mariees, toutes les 
femmes Desmarches se valent! Toutes catins! 

Maxime. — Allons ! Ne commence pas a 
hecher, le hechage est un signe d’inferiorite. 

Mme Noirby, suivant sa pensee. — Avec 
ca que tu ne le sais pas aussi hien que moi, 
qu’elles sont des... ce que je viens de dire! 
Tu te souviens de ce que tu m’as raconte? 
De ton voyage a Anvers, quand tu etais 
seul, en coupe, avec Regine Desmarches, 
Mme Siclair et Mme Etang, et que, pour 
t’allumer, elles t’ont donne chacune, un 
bout de ruban de leurs jarretieres ?... 
Est-ce vrai, oui ou non? 

Maxime. — C’est vrai! 

Mme Noirby. — Et, si I’inspecteur n’etait 
pas venu demander les billets... 

Maxime, sechement. — Oui, mais comme 
il est venu, I’inspecteur, n’en parlous plus, 
n’est-ce-pas ? 

Mme Noirby. — Enfin, tu dejeunes demain 
avec ces sales femmes, toutes les trois, ear 
elles ne se quittent pas. 

Ma.xime, froidement. — Je dejeune avec 
elles et leurs maris, en effet. (Petit silence). 

Mme Noirby. — Et le soir, ou dines-tu? 

Maxime. — Chez moi. 

Mme Noirby. — Comment chez toi ! Je 
t’ai invite tantot, en prenant mon bain. Tu 
dines ici demain soir. 

Maxime. — Encore? 

Mme Noirby. — Certainement. 

Maxime. — Mais... 

Mme Noirby. — Ca t’ennuie ? 

Maxime. — Non, ma chere Linoche, ca ne 
m’ennuie pas, seulement, je t’avouerai que 
cela me gene un peu, que cela me gene 
meme beaucoup, de diner comme ca, a 
chaque instant, dans ta maison. Pour les 
domestiques, pour le monde, de quoi ai-je 
I’air? J’ai l air d’un monsieur qui se vautre 
dans votre bien-etre, dans votre luxe... Si 
j’etais riche, comimends-moi hien, je m’en 
ficherais pas mal; je vous rendrais vos poli- 
tesses en cadeaux epastrouffants; le plus 
lieau collier de Lalique serait pour toi; 
j’inonderais Alfred de presents couteux... 
Mais, panne comme je le suis... ma situation 
est vrairaent trop dMicatel... 








( 



Lc Professcur HARTMANN 












CHANTECLAIR 


Mnie Noirby, voix alteree. — Qu’est-ce 
que tu racontes la? Qu’est-ce qui teprend? 
Tu ne veuxplus diner chez moi, maintenant? 

Maxime. — Aliens, bon ! Voila bien I’exa- 
geration des femmes! Je ne veux plus diner 
chez elle, parce queje constate que je viens 
trop souvent! 

Mme Noirby. — Mais tu n’as jamais dit 
cela, depuis un an que nous nous aimons... 
Au contraire I Tu etais heureux, mejurais-tu, 
d’avoir un interieur ou tu te savais desire, 
attendu, choye I... Mon mari n’est pas 
gentil pour toi ? 

Maxime. — II est exquis, j’en suishonteux. 
Mme Noirby. — Et les domestiques ? Et 
tout le monde? On t’adore, on se met en 
quatre pour te faire plaisir... Est-ce que tu 
as jamais senti que tu pouvais etre impor- 
tun, dis? 

Maxime. — II n’est pas question de vous 
tons; il s’agit de moi, de mes sentiments 
personnels. Eh bien I je trouve que ma 
situation chez toi, en tant que convive 
assidu, perpetuel, a quclque chose d’humi- 
liant pour ma dignite... Permets-moi d’etre 
surpris que tu ne le comprennes pas. 

Mme Noirby, d’une voix amere. — Est-ce 
que ce n’est pas Victor Hugo qui a ecrit : 

II est des trahisons qu’on habille en scrupules. 

Maxime, se levant. — Peut-etre bien, je 
nem’en souvienspas, je n’aiaucunememoire. 

Mme Noirby. — Vous n’avez pas besoin 
de le dire, on le voit! 

A ce moment, les portes et fenetres du salon 
sont ouvertes par M. Noirby, qui tient quel- 
ques lettres a la main. II tacbe d’apercevoir 
Mme Noirby tout en I’appelant, mais I’obscu- 
rite est trop profonde. 

M. Noirby. — Aline I ; 


Mme Noirby, sursantant. — Qu’est-ce 
que e’est. 

M. Noirby. — Ce n’est que moi! As-tu 
quelque chose sur tes epaules. Veux-tu ton 

Mme Noirby. — Non, merci. 

M. Noirby, d Maxime. — Venez-vous a 
la gare avec moi, Caro? Je vais porter mes 
lettres. 

Maxime. — Tout de suite. (A Afme Noirbij). 
Bonsoir, chere Madame I 
Mme Noirby, elle lui tend la main. — 
Bonsoir, cher Monsieur. (D’une voix trem- 
blante). Vous n’oubliez pas que vous dinez 
domain avec nous ? 

Maxime. — Ohl cela ne me serait pas 
possible... Pardonnez-moiI Je crains bien 
d’etre oblige de partir pour Paris. 

MmcNoiRBY, nerveuse. —Mais, cependant... 
M. Noirby, gros l ire cordial. — N’insiste 
pas, ma femme, tu serais peut-etre indis¬ 
crete, venez-vous, Caro? 

Les deux bommes descendent sur la plage, 
Mme Noirby se penebe pour les voir passer 
et pour entendre ce qu’ils disent; mais ia mer 
grondante qui accourt, en roulant des galels 
sur le sable, couvre le bruit de ieurs voix. 

M. Noirby, respirant largement. — Ah I 
la mer remonte! Ca fait du bien! (II tend 
une enveloppe a Maxime). Tenez ! cher ami! 

Maxime, serrant Venveloppe dans son 
portefeuille. — Merci. Je vous rendrai ca 
le 16 du mois prochain. Je dois toucher de 
I’argent le 15. 

M. Noirby. — Quand vous pourrez... 
(Petit silence). Dites-moi done Caro, cette 
femme dont vous avez plein le dos, cette 
femme que vous fuyez, e’est une cocotte? 

Maxime, allumant une cigarette. — Non, 
e’est une femme mariee. Jane Marni 








CHANTECLAIR 


ATTAOO^E PARTOUT ET PAR TODS 

non seulement la CARNINE LEFRANCQ 
resiste, mais elle ne cesse de grandir. - 


N’est-ce pas Id une prettve manifeste 
de sa haute valeur et de sa superiorite 
sur tous les produiis qu’on lui oppose ? 


Nos affaires se developpent avec une telle intensite que nous procedons, ea ce 
moment, dans notre USINE de ROMAINVILLE a de nouveaux agrandissements d’une 
teUe importance qu'Us nous mettent dans I'obligation d’augmenter notre capital de 
400.000 Francs. 

Le capital de la CARNINE vient done de passer 
de 1.600.000 Francs a 2.000.000 de Francs, 
entierement verses. 




























CHANTECLAIR 



L’artiste s’est inspire d’un Episode de I'lnquisition albigeoise, a 
ment du XiV" sifecle. 

A droite, des ouvriers en presence de Picquigny et de I’un des Consuls de la 
ville, sont occupes h d^molir le mur qui obstrue la porte de la prison. A gauche, 
Bernard D^licieux parle a la foule, qu’un autre Consul maintient du geste. Des 
femmes et des enfants s’avancent en pleurant de joie. 














CHANTECLAIR 


Le Professeur HARTMANN 


Henri Hartmann est ne a Paris le 26 juin 
1860, et a fait ses audes an Lyca Con- 


Traite des maladies de Vestoinac, avec 
Soupault; des annotations et additions an 
Trade des maladies des voies urinaires de 
Furbringer; une Chirurgie gastro-intestinale 
et nne Chirurgie des organes genito-iiri- 
naires de I’homme. Enfin, en collabo¬ 
ration avec Paul Berger, il a dirige 
la publication d’un Trade de me- 
decine operatoire et de therapeu- 
tique chirurgicale, en 10 volumes. 
Dernierement, au Congres de 
Budapest, le docteur Hartmann 
s’est declare partisan resolu de 
I’operation precoce de I’appendi- 
toutes les fois que le dia¬ 
gnostic est fait dans les 48 
premieres heures. Comme de 
I’appendicite, il est aussi un vir¬ 
tuose de la nepbrectomie; au xxii^ 
congres fraucais de chirurgie, il 
annoncait en etre a sa 265“ operation 
ou. le rein, et faisait connaitre que sur 
57 nephrectomies pour tuberculose re- 
nale, il n’avait enregistre aucune mort 
operatoire. 

Le professeur Hartmann est actuellement 
chirurgien de I’Hopital Lariboisiere et 
redacteur en chef des Annales de Ggne- 
cologie. Il est Chevalier de la Legion 
d’Honneur. 


dorcet. 

E,xterne des Hopitaux en 1880, interne 
en 1881, aide d’anatomie en 1884, prosec- 
teur en 1886, chirurgien des Ho]U- 
taux en 1892, agrege de la Faculte 
de Medecine en 1895, il exercait les 
functions de sous-directeur des 
travaux de medecine operatoire 
en 1898, et etait charge du 
cours de Clinique annexe en 
1907. En 1909, il ohtenait la 
chaire de Pathologic externe a 
la Faculte. 

Sa nomination de professeur 
n’etait que la consecration d’une 
activite mise tout entiere au ser¬ 
vice de I’enseignemeut depuis le 
dehut de sa carriere, car le doc¬ 
teur Hartmann est de ceux dont on 
pent dire qu’ils sont des professeurs-nes. 

On doit au professeur Hartmann de tres 
nomhreux travaux sur I’anatomie, sur la 
chirurgie ahdominale et sur les voies uri¬ 
naires; il a en outre publie r un Manuel 
de pathologic externe et de clinique chirur¬ 
gicale, avec F. Terrier et A. Broca; une 
Chirurgie de I'estomac, avec F. Terrier; 
une Chirurgie du rectum, avec Quenu; un 



UNE LETTRE DE MADAME DE POMPADOUR 


Ambitionnant pour son frire la surintendance 
des Batiments, Madame de Pompadour desira 
qu’il entreprlt un voyage artistique en Italie, afin 
que, par la suite, il se raontrat digne de sa charge. 

Abel Poisson, alors M. de Vandierre et plus 
tard marquis de Marigny, fut partout accueilli 
par les souverains, et avec les plus flatteurs hom- 
mages. C’est a ce propos que fut dcrite la lettre 
qui suit. Elle ebranle I’idee que nous nous faisons 
d’une marquise de Pompadour exclusivement 
frivole, incapable de jugement et de sagadte : 

« Je suis fort aise de la reception que le Saint- 
« Pfere vous a faite. La considdralion que Ton a 
« pour mol ne m’dtonnait pas dans ce pays-ci. 


< oil tout le monde a, ou peut avoir, besoin de 
i i . mes services; mais j’ai ete etonnee qu’elle fut 
j? « jusqu’a Rome. Malgre cet agrement dont il faut 
« jouir, puisqu’il existe, la tete ne m’en tourne 
Il « pas; exceptd le bonheur d’toe aime de ceux 

If « qu’on aime, qui est de tous les etats, une vie 

w « solitaire et peu brillante est bien 4 preferer. 

“J < J’espere que vous penserez comme moi, et que 

°° < vous ne vous croirez pas plus grand pour les 

Jf « honneurs passagers que I’on rend k la place et 

w « non k la personne. » 

w M. de Vandierre fut titulaire de la grande charge 
de la surintendance des Batiments en 1751, et il 
la garda plus de vingt ans. 


REMERCIEMENTS 


Pcrmettez-moi done de 
aussi bon produit. 


L’emploi frequent que ie fais de la CARNINE LEFRANCO en clientae, dans la 
neurasthenie, la convalescence des maladies infectieuses et surtout la tuberculose a 

vous remercier'et de vous feUciter, en meme temps, d'avoir mis entre nos mains un 
Docteur A. Romieux, Ancien Interne des Hopitaux de Nantes, 
He de Groix, (Morbihan). 












































































r 



JEAN-JACQUES ROUSSEAU 


Deux choses presque inalHables s’unissetat g 
en moi, sans que j’en puisse eoncevoii- la ma- g 
niere; un temperament tres ardent, des | 
passions vives, impetueuses, et des idees | 
lentes a nattre, embarrassees et qui ne se g 
presentent jamais qu’apres coup. On dirait g 
que mon ccenr et mon esprit n’appartien- g 
nent pas au meme individu. Le sentiment, § 
plus prompt que I’eclair, vient remplir mon ^ 
ame; mais au lieu de m’eclairer, il me brule g 
et m’eblouit. Je sais tout et je ne vois rien. « 
Je suis emporte, mais stupide; il fautqueje y 
sois de sang-froid pour penser. Ce qu’il y a ^ 
d’etonnant est que j’ai cependant le tact g 
assez stir, de la penetration, de la finesse ® 
meme, pourvu qu’on in’attende : je fais g 
d’excellents impromptus a loisir, mais sur o 
le temps je n’ai jamais rien fait ni dit qui g 
vaille. Je ferais une fort jolie conversation © 
par la poste, comme on 'dit que les Espa- g 
gnols jouent aux echecs. Quand je lus le B 
trait d’un due de Savoie qui se retourna, g 
faisant route, pour crier : « A votre © 
gorge (1), marchand de Paris. )) Je dis ; § 

« Me voila. )) g 

(1) Menace dans le sens de ; Gare a vous © 

<1 = — O ° 


PEINT PAR LUI-MEME 


Cette lenteur de penser, jointe a cette 
vivacite de sentir, je ne I’ai pas seulement 
dans la conversation, je I’ai meme seul et 
quand je travaille. Mes idees s’arrangent 
dans ma tete avec la plus incroyable diffi- 
culte; elles y circulent sourdement, elles y 
fermentent jusqu’a m’emouvoir, m’echaulfer, 
me donner des palpitations; et au milieu 
de toute cette emotion, je ne vois rien 
nettement, je ne saurais fcrire un seul mot, 
il faut que j’attende. Insensiblement, ce 
grand mouvement s’apaise, ce chaos se 
debrouille, chaque chose vient se mettre a 
sa place, mais lentement, et apres une 
longue et confuse agitation. N’avez-vous 
point vu quelquefois I’Op&a en Italic ? 
Dans les changements de scene, il regne 
sur ces grands theatres un desordre desa- 
greahle et qui dure assez longtemps : toutes 
les decorations sont entremelees; on voit 
de toutes parts un tiraillement qui fait 
peine, on croit que tout va renverser; 
cependant peu a peu tout s’arrange, rien 
ne manque et Ton est surpris de voir suc- 
ceder a ce long tumulte un spectacle ravis- 
sant. Cette manmuvre est a peu pres celle 


2.000.000 DE FRANCS 
12.000 mares carres 


CARNINE LEFRANCO 








CHANTECLAIR 


qui se fait dans raon cerveau quand je veux 
ecrire. Si j’avais su premierement attendre, 
et puis rendre dans leur beaute les choses 
qui s’y sont ainsi peintes, peu d’auteurs 
m’auraient surpasse. 

De la vient I’extreme difficulte que je 
trouve a &rire. Mes manuscrits, natures, 
barbouilles, meles, indechifl'rables, attes- 
tent la peine qu'ils m’out coutee. II n’y en 
a pas un qu’il ne m’ait fallu transcrire 
quatre ou cinq fois avant de le donner a 
la presse. Je n’ai jamais pu rien faire la 
plume a la main vis-a-vis d’une table et de 
mon papier; c’est a la promenade, au mi¬ 
lieu des rochers et des bois, c’est la nuit 
dans mon lit, et durant mes insomnies, 
que j’ecris dans mon cerveau; I’ou pent 
juger avec quelle lenteur, surtout pour un 
bomme absolument depourvu de meraoire 
verbale, et qui de la vie n’a pu retenir six 
vers par cneur. II y a telle de mes periodes 
que j’ai tournee et retournee cinq ou six 
nuits dans ma tete avant qu’elle fut en etat 
d’etre mise sur le papier. De la vient encore 
que je reussis mieux aux ouvrages qui de- 
raandent du travail qu’a ceux qui veulent 
etre faits avec une certaine legerete, comme 
les lettres, genre dont je n’ai jamais pu 
prendre le ton, et dont I’oecupation me met 
au supplice. Je n’ecris point de lettres sill¬ 
ies moindres sujets, qui ne me coirteiit des 
lieiires de fatigue, ou, si je veux ecrire de 
suite ce qui me vient, je ne sais iii com- 
mencer ni finir; ma lettre est un long et 
coiifus verbiage; a peine m’entend-oii quand 
on la lit. 

Non seulement les idees me content a 
rendre, elles me coutent meme a recevoir. 
J’ai etudie les bommes, et je me crois assez 
bon observateur (1); cependant, je ne sais 
rien voir de ce que je vois; je ne vois bien 
que ce que je me rappelle, et je n’ai de 
I’esprit que dans mes souvenirs. De tout ce 
qu’on dit, de tout ce qu’on fait, de tout ce 
qui se passe en ma presence, je ne sens 
rien, je ne penefre rien. Le signe e.xterieiir 
est tout ce qui me frappe. Mais ensuite tout 
cela me revient; je me rappelle le lieu, le temps, 
le ton, le regard, le geste, la circonstance ; 
rien ne m’ecliappe. Alors, sur ce qu’on a 
fait ou dit, je trouve ce qu’on a pense; et il 
est rare que je me ti-ompe. 

Si peu maitre de mon esprit, seul avec 
moi-meme, qu’on juge dece que je dois etre 
dans la conversation, ou, pour parlcr a 




§ propos,ilfautpenscr ala fois et sur le champ 
a a mille choses. La seule idee de taut de 
I convenances, dont je suis sur d’oublier au 
S moms quelqu uiie, suffit pour m’intimider. 
g Je ne comprends pas meme comment on 
g ose parler dans un cercle; car a chaque 
e mot il faudrait passer en revue tous les gens 
g qui sont la; il faudrait connaitre tous leurs 
8 caracteres, savoir leurs histoires, pour etre 
a sur de ne rien dire qui puisse offeiiser 
I quelqu’un. La-dessus, ceux qui vivent dans 
g le monde out un grand avantage ; sachant 
S mieux ce qu’il faiit laire, ils sont plus surs 
8 de ce qu’ils disent; encore leur ecliappe-t-il 
8 souvent des balourdises. Qu’on juge de 
g celiii qui tombe la des nues : il lul est 
I presqiie impossible de parler une minute 
8 impunement. Dans le tete-a-tete, il y a un 
I autre inconvenient qui se trouve pire, la 
g necessite de parler toujours : quand on 
g vous parle, il faut repondre, et si I’on ne 
S dit mot, il faut relever la conversation. 
© Cette insupportable contrainte m’eut seule 
g degoute de la soeiete. Je ne trouve point 
g de gene plus terrible que I’obligation de 
g parler sur le champ et toujours. Je ne sais 
8 SI ceci tient a ma mortelle aversion pour 
g tout assujettissement; mais'c’est assez qu’il 
g laillc absolument qne je parle pour que je 
I dise une sottise infaillibicment. 

I Ce qu’il y a de plus fatal est qu’au lieu 
g de savoir me taire quand je n’ai rien a 
g dire, c’est alors que, pour payer plus tot 
i ma dette, j’ai la ftireur de vouloir parler. 
g Je me hate de balbutier promptement des 
5 paroles sans idees, trop heureux quand 
I elles ne signilient rien du tout. En voulant 
^ vaincre ou caeher mon ineptie, je manque 
S rarenient de la montrer. 
a- Je crois que voila de quoi faire assez 
g eomprendre comment n’etant pas un sot, 
8 j’ai cependant souvent passe pour I’etre, 

8 meme chez des gens en etat de bien juger; 
g d’autant plus malheureux que ma physio- 
8 nomie et mes yeux promettent davantage, 

I et que eette attente frustree rend plus cho- 
g quante aux autres ma stupidite. Ce detail, 

? qu’une occasion particuliere a fait iiaitre, 
i contient la clef de bien des choses extra- 
S ordinaires qu’on m’a vu faire et qu’on attri- 
i bue a une humeur sauvage que je n’ai 
J point. J’aimerais la soeiete comme un 
5 autre, si je n’etais stir de m’y montrer 
S non seulement a mon desavantage, mais. 

5 tout autre que je ne suis. Le parti que j’ai 
5 pris d’ecrire et de me cacher est precise- 
^ ment celui qui me convenait. 

0 Jean-Jacquhs Rousseau. 












Lc Professcur Georges BOGDAN 

Doyen de I’Universite de Jassy (Ronmanie) 







CHANTECLAIR 


AUX GRANDS MAUX, LES GRANDS REMEDES 


LA DERNIERE ATTAQUE. — NaiVement, nous supposions que tous les 
arguments — et quels arguments! — employes contre la Gamine Lefrancq etant 
epuises, ses antagonistes allaient desarmer; 

PAS DU TOUT. 

N’ayant point reussi par la persuasion, ils imaginent maintenant de recourir a 
des moyens plus violents, et c’est ainsi que depuis 5 ou 6 mois, dans un certain 
nombre de villes, on a decide de boycotter la CARNINE : 

ON REFUSE DE LA VENDRE. 


UN MARIAGE A LA COTE DTVOIRE 
La Marifie 



MM. les Medecins, que si leurs clients eprouvent la moindre difficulte pour se procurer 
la Gamine Lefrancq, ils peuvent 


S’ADRESSER DIRECTEMENT A LA SOURCE ! 

meme pour un seul flacon | 

Envoyer un Bon de Paste de 10 fr. aux ETABLISSEMENTS EUMOUZE, 78, Eaubourg 
Saint-Denis, d Paris, pour recevoir un flacon de Carnine franco de tous frais, d domicile. 


PRIX SPECIAUX POUR MM. LES MEDECINS 










CHANTECLAIR 


UN APPEL DE LOUIS XVIII A BONAPARTE 

Premier Consul 


Ceux (111 parti royaliste cpii, apres la f 

Revolution, s’^aient rapproches du non- S 

veau gouvernement, croyaient, ou feignaient g 
de croire — afin que leur digiiite fut sauve ^ 
— que Bonaparte voulait rappeler les Bour- g 
bons. Cette opinion parvint jusqu’au prince B 
h&itier qui devint Louis XVIII, lequel y g 
ajouta foi avec I’aveugle credulite d’un exile | 
impatient du retour. g 

Cette lettre singuliere, adressee au Premier | 

Consul, dit assez combicn le prince .jugeait g 
naturelle sa demarche, et la confiance qu’il g 
paraissait avoir en son resultat ; 

(( 20 FevHcr mo. I 

« Quelle que soit leur conduite apparente, g 
(( des hommes tels que vous. Monsieur, g 
(( n’inspirent jamais d’inquietude. Vous avez jg 
« accepte une place eminente, et je vous en g 
« sais gre. Mieux que personne, vous savez 5 
(( ce qu’il faut de force et de puissance pour g 
« faire le bonlieur d’une grande nation, g 
« Sauvez la France de ses propres fureurs, w 
(( vous aurez rempli le premier vceu de g 
« mon coeur; rendez-lui son roi, et les ge- | 
(( nerations futures beniront votre memoire. g 
« Vous serez toujours Irop neeessaire a g 
(( I’Etat pour que je puisse acquitter par 5 
« des places importantes la dette de mes g 
(( aieux et la mienne. Louis. » 8 

Bonaparte, fort surpris et ties occupe, 6 
laissa passer le temps sans faire de re- g 

Le prince, avec nne assurance toujours w 
plus affermie par son parti, mnvait bientot g 
cette seconde lettre : g 

« Depuis longtemps, general, vous devez g 
« savoir que mon estime vous est acquise. h 
« Si vous doutiez que je fusse susceptible g 


« de reconnaissance, marquez votre place, 
<( fixez le sort de vos amis. Quant a mes 
(( principes, je suis Francais ; clement par 
« caractere, je le serais encore par raison. 

« Non, le vaincjueur de Lodi, de Casti- 
« glione, d’Arcole, le conquerant de I’ltalie 
« et de I’Egypte, ne pent pas preferer a la 
« gloire une vaine celebrite. Cependant, 
« vous perdez un temps precieux : nous 
(( pouvons assurer le repos de la France; 
« je dis « nous », parce que j’ai besoin de 
(( Bonaparte pour cela, et cju’il ne le pour- 

« General, I’Europe vous observe, la gloire 
« vous attend, et je suis impatient de ren¬ 
te dre la paix a mon peuple. 

Cette fois, le Premier Consul liii repon- 
dit, ne lui laissant aucune esperance. Outre 
son desir de regner en France, il conside- 
rait comme nrfaste le retour des Bourbons. 
Sa reponse fut done conforme a sa pensee : 

La void ; 

« Paris, le 20 Fructidor, an VIII 
« (7 Septembre 1800). 

« J’ai recu. Monsieur, votre lettre; je vous 
« remercie des choses honnetes cjue vous 

(( Vous ne devez pas sonhaiter votre re¬ 
el tour en France; il vous faudrait marcher 
ee sur cinq cent mille cadavres. 

ee Sacrifiez votre interet au repos et au 
ee bonheur de la France; I’bistoire vous en 
ee tiendra compte. 

ee Je ne suis pas insensible aux malheurs 
ee de votre famille : je contribuerai avec 
ee plaisir a la douceur et la tranquillite de 
« votre retraite. 

ee Bonaparte. )) 


••~i ] ° r= 

LA MORT DE BARA 

Eminent a la guerre de Vendde par le Gdndral Desmanes, en 1794, et rev6tu du costume 
de Hussard, le jeune Bara, aloes agd de 15 ans, tut tuS par les Venddens a qul 11 refusait de 
livrer les chevaux de son maltre. Dans la sdance de la Convention du 8 Nivdse, an II, Robespierre 
cdldbra son hdroisme en ajoutant qn’il avait pSri pour avoir refusd de crier « Vive le Roi ! » 
La Idgende s’empara ddsormais du nom de Bara, dont elle fit un tambour de 13 ans. 

(Voir noire reproduction page 6). 



















LA MORT DE BARA 

Reproduction par la photographie des couleurs d’un tableau de Weerts, MusSe du Luxembourg, Paris 



CHANTECLAIR 


Le Professeur Georges BOGDAN 

Doyen de I’Universite de Jassy (Roumanie). 


Georges Bogdan est n6 a Jassy (Rou¬ 
manie), le 18 mai 1859. II a fait ses 
^udes m^dicales a Paris. 

Externe des Hopitaux, Medaille de 
Bronze de 1’Assistance publique, succes- 
sivement eleve de Fournier, de Besnier 
et de Brouardel, il se faisait recevoir 
docteur en 1885. 

II retournait alors dans 
pays, et faisait sa carriere a 
la Faculty de Medecine de 
Jassy, ou il occupe mainte- 
nant la chaire de Medecine 
Ifegale, et dont il est le Doyen. 

On doit au professeur 
Bogdan de nombreuses pu¬ 
blications concernant la m6de- 
cine 16gale et la v6n6r6ologie, 
donn^es dans les Archives de 
Medecine legale et d’Aiithropologie crimi- 
nelle, de Lacassagne, de Lyon, dans la 
Revue de Medecine legale et dans les 
Bulletins de la Societe de medecine et de 
la Societe de dermatologic de Paris. 

Le docteur Bogdan est d’ailleurs le 


fondateur et a ete pendant de longues 
ann^es le r^dacteur en chef du Bulletin 
de la Societe de medecine de Jassy. Il 
est actuellement le president de cette 
Soci6te et le directeur du Laboratoire de 
medecine I6gale de la Faculte de m6- 
decine. 

La Soci6t6 de medecine legale 
de France, la Soci6t6 de m6de- 
cine de Paris et la Society de 
dermatologie et de ven6r6olo- 
gie de Paris le comptent 
parmi leurs membres corres¬ 
pondents. 

Le professeur Bogdan,ancien 
s6nateur dans le Parlement 
roumain,estOfficierdela L6gion 
d’Honneur et Commandeur de 
la Couronne de Roumanie. 

L’Universite de Jassy, qui compte ddja 
un demi-siecle d’existence, se prepare 
aux fetes du Jubil6 de son cinquantenaire, 
qui auront lieu du 16 au 18 octobre 
prochain. 



PORTRAIT-CHARGE. - Entoure de tous les acccssoires dont a besoin le medecin legiste, et aussi de 
quelques pieces a conviction macnlees de sang —, le professenr Bogdan expose le resnltat de ses expertises... 


CO ^ ^ c. ^ 

? AUCUNE CUISINE 

PAS D’ADDITIONS PAS DE MELANGES 



La CARNINE LEFRANCQ 


est preparee avec du Sue musculaire de BCEUF pur 

CONCENTRE dans le VIDE et a FROID 

Docteur PLOUZANE 

Je n’ai jamais eu qu'a me loner de la 
CARNINE LEFRANCQ et plus je I’emploie dans 
les cas on elle est indiquee, plus j’en suis satisfait. 

Docteur Vlahlidi, 

Bucarest (Roumanie). 



















CHANTECLAIR 



NAPOLEON et les AEROSTIERS 
IL Y A CENT ANS 


CARNINE LEFRANCQ 

ET CEUFS FRAIS CRUS 


Dans le 18“ volume cle la Correspondance 
de Napoleon il se trouve une piece ori- 
ginale qui merite de prendre place dans 
I’histoire de la navigation aerienne. 

An mois d’octobre 1808, on remettait 
tres serieusement a I’Empereur la 
note suivante : 

« Le general Clarke, ministre 
de la guerre, soumet a I’Em- 
pereur le projet d’u 
Lhomond, ex-chef de ba- 
taillon des aerostiers 
qui propose d’operer 
une descente en An- 
gleterre au moyen d 
100 raontgolfieres de 
100 metres de dia- 
metre, dont la na¬ 
celle pourrait i 
nil- 100 hommi 
des vivres pour 15 
jours, 2 pieces de 
canon avec caissons, 

25 chevaux et le bois 
necessaire pour alimenter 
la montgolfiere. 

Sur cette note, Napoleon 

« Renvoye a M. Monge pour 
savoir si cela vaut la peine de 
faire une experience en grand. 


Je tiens avous communiquer les hen 
rapides resultats que j’ai obtenus 
Gamine Lefrancq chez les tube 
[leux de notre pays. Rien ne vaui 
matiere de tuberculose, la surali 
tation obtenue par ce produit 
;, associe aux oeufs frais 
ite mes confreres a 
arir a ces deux precieux 
aliments, qui n’ont 
contre-indication e 
quels I’estomac s’habitue 
bien vite. Ce sera, du 
■este, le sujet d’une 
communication de- 
taillee que je pre- 
senterai au pro¬ 
chain Congres de 
Medecine de la Fa- 
culte de Beyrouth, 
que je soutien- 


Docteur Negib Batlouni, 

Medecin de I’Hopital Saint-Georges, 

Beyrouth (Syrie). 


CARNINE LEFRANCQ 


EST ASEPTIQUE 


ACCROIT LA RESISTANCE 
AU FROID 


CONTIENT LES FERMENTS 
VIVANTS 

DU sue MUSCULAIRE 


Depot General : ETABLI88EMENT8 FUMOUZE, 78, Faubourg 8aint-Denis « PARK 























AUTOUR DE HOCHE 


Au chateau de Gaillefontaine, dans le pitto- 
resque pays de Bray, en Normandie, h quelques 
kilometres de Forges-les-Eaux, feu le marquis 
des Roys, petit-fils du general Hoche, s’etait 
attache de son vivant a reunir autant qu’il I’avait 
pu les papiers et les reliques de son illustre 
aieul. Dans l’h4ritage de ses parents, il en avait 
trouve un certain nombre. Par des achats succes¬ 
ses et des demarches multipliees, il enrichit ce 
tresor, et ce n’est point un spectacle banal que 
celui de ce gentilhomme de vieille race et d’opi- 
nion royaliste se depensant et se prodiguant, 
avec le zele filial le plus touchant, pour honorer 
la memoire du grand republicain que fut le ge¬ 
neral Hoche. 

Le respect et I’amour qu’il professa toujours 
pour son grand-pere lui avaient Ste inculques 
par la veuve de celui-ci. Hoche survecut 
soixante-deux ans a son mari. C’est au mois de 
septembre 1797 qu’elle lui fermait les yeux au 
quartier general de I’armee de Sambre-et-Meuse, 
et elle-meme n’est morte qu’en 1858. Le marquis 
des Roys I’avait done connue; il avait grandi pres 
d’elie, I’entendant parler a toute heure de I’epoux 


regrette qu’elle pleurait encore k quatre-vingts 
ans comme au jour ou elle I’avait perdu. 

De son mariage avec lui etait nee une fille, qui 
epousa sous la Restauration le descendant de 
I’antique maison des Roys, originaire d’Auvergne, 
deja connue dans cette province aux temps de 
la feodalite, de telle sorte que les archives de 
Gaillefontaine s’ouvrent par des parchemins en 
date du xif siecle et, se continuant a travers 
notre histoire, viennent aboutir a la correspon- 
dance et aux glorieux etats de services d’un 
jeune general sorti des rangs du peuple les plus 
obscurs et les plus humbles et defenseur de la 
Republique. 

Cette terre de Gaillefontaine ou tant de nobles 
souvenirs sont pieusement conserves appartenait, 
lorsqu’eclata la Revolution, a M. de Monlmorin, 
le ministre des affaires etrangeres de Louis XVI. 
Convert de dettes et contraint, pour les payer, de 
se defaire de ce domaine, il le vendit a Joseph 
Duruey, administrateur de la Tresorerie nationale. 
Mais, avant d’en avoir re(;u le prix, il perissait, 
'massacre a la prison des Carmes, pendant les 
journees de Septembre. Bientot apres, tons les 


NE CHERCHEZ PAS 


qui puisse etre compare a la CARNINE LEFRANCQ, 

IL N’EXISTE PAS ENCORE 








CHANTECLAIR 


membres de sa famille etaient envoyes k la mort, 
k I’exception d’une fille qui fut cette poetique 
Pauline de Beaumont qu’a immortalisee Chateau¬ 
briand. Puis, Duruey montait a son tour sur 
I’echafaud, au mois de ventose de Pan II. La 
difficulte d’etablir k qui appartenait la terre de 
Gaillefontaine, vendue mais non payee, la sauva 
de la confiscation. Le calme revenu, les heritiers 
de Duruey la mirent en vente, en 1800, afin de 
s’acquitter envers M™' de Beaumont, heritiere de 
Montmorin. Mms Hoche I’acheta a la condition 
de ne la payer qu’en trois ans, ce que lui permi- 
rent de faire des coupes 
annuelles. En 1803, M">e 
de Beaumont mourait 
k Rome, et c’est a ses 
ayants droit que Mme 
Hoclie eut k faire les 
derniers payements. 

Son petit-fils I’entendit 
mainfes fois raconter 
qu’4 valoir sur la somme 
dont elle etait debitrice, 
elle fut invitee par 
notaire i verser trente 
mille francs a Chateau¬ 
briand, qui etait alors 
secretaire de la legation 
de France J Rome. II vint 
les chercher lui-meme k 
Gaillefontaine. A P 
croire, ils etaient destines 
k payer le monument 
funeraire que, d’accord 
avec les heritiers de M"'*-' 
de Beaumont, il allait ele- 
ver k celle-ci dans Peglise 
Saint-Louis-des-Franfais. 

Cette circonstance ne paralt pas avoir ete 
connue du regrette Edmond Bire, le savant anno- 
tateur des Memoires d’outre-tombe. Dans Pedi- 
tion de cet ouvrage, qu’il a publiee si peu de 
temps avant sa mort, il raconte (tome II) que le 
tombeau couta neuf mille francs et que, pour en 
payer le prix, Chateaubriand dut vendre tout ce 
qu’il avait. La contradiction qui existe entre ce 
dire et celui de M'"® Hoche ouvre un point d’his- 
toire qu’il serait bien interessant d’eclaircir, car, 
si, pour acquitter une dette de neuf mille francs, 
Chateaubriand en avait refu trente mille, on ne 
s’expliquerait pas qu'il eut recouru k un expedient 
pour se liberer, k moins toutefois qu’ils ne lui 
aient ete comptes qu’aprfes coup et a titre de 
remboursement, ce qui, d’ailleurs, ne justifierait 
pas le benefice que, dans cette hypothfese, il 
aurait realise sur le tombeau de son amie. 

Le domaine de Gaillefontaine ne ressemble 
plus aujourd’hui k ce qu’il etait alors. Le chateau 
etait situe au bas d’une colline dont son pare 


couvre les pentes. Le marquis des Roys Pa laisse 
debout. Mais il en a construit un autre au som- 
met de cette colline d’oh le regard embrasse un 
des plus imposants horizons qui se puissent voir. 
C’est un admirable edifice, style Renaissance, on 
le gout le plus edaire, une erudition tres sure, 
une passion des belles choses ont reuni tout ce 
qui peut donner k une demeure un caractere 
somptueusement artiste. 

Je n’en dirai d’ailleurs rien autre, si ce n’est 
que les livres y ont une place d’honneur, les 
beaux livres, — editions rares ou introuvables, 
— aussi bien que les 
livres de travail. L’histoire 
des cent vingt demises 
annees notamment y est 
representee par une collec- 

temporains qui est, je 
crois, la plus complete 
qui existe, aprfes celle de 
notre Bibliothfeque Na- 
tionale. Naturellement, 
qui a ete ecrit sur 
Hoche y figure sur des 
rayons k part, a cotS de ce 
que lui-meme a ecrit a titre 
prive ■ ou a titre public. 

Oh 1 ces papiers, ces 
papiers precieux, ces pa¬ 
piers venerables, tout a la 
fois temoins et revela- 
teurs, formant k cette 
Peure vingt-cinq enorraes 
in-folio, quelie joie on 
goute k les parcourir! Le 
heros legendaire, de ces 
temps tragiques, apparait 
id d^pouillS des apprets et de la pompe dont le 
revet I’histoire; nous le voyons dans son inti¬ 
mity. II nous livre son ame, ame simple, candide 
et charmante, rayonnante de foi, de jeunesse et 
d’ardeur. Ecoutez-le, k la veille de son manage, 
oubliant une minute les soucis de son comman- 
dement et parlant k M»<i Dechaux, sa fiancee ; 

« Ma chere Adelayde, pret k devenir votre 
dpoux, permettez que je vous presente encore 
quelques ryflexions. Mon amitie pour vous, mon 
estime, mon amour meme m’en font un devoir. 
Adelayde, le noeud qui va vous unir k moi est 
saint et sacre. Ce n’est pas pour un moment tjffe 
nous serons attaches I’un a I’autre; c’est pour 
toujours, pour toujours, songez-y bien. Peut-etre, 
n’avez-vous point assez reflechi k cet engage¬ 
ment. Ne voyez en moi qu’un simple citoyen. 
Qu’un nom trop prone dans les gazettes ne 
vous fasse point ddsirer de devenir I’epoux d’un 
homme dont I’unique ambition est de vous ren- 
dre heureuse; il est encore temps, si quelque 



















r 



Lc Profcsseur RIBEMONT-DESSAIGNES 





CHANTECLAIR 


objet avait pu vous frapper. Un mot, je retire ma 
parole et me borne a devenir votre ami, ne desi- 
rant plus que votre estime. Faites librement cette 
confidence 4 un homme assez genereux et juste 
pour ne se plaindre que du sort qui I’aurait rendu 
malheureux. Si, au contraire, belle et chere Ade- 
layde, votre cceur innocent et pur n’a pas encore 
dte touche, accordez-Ie 4 mon amour. En deve- 
nant mon epouse, devenez mon amie. Je ne vous 
adorerai jamais; je vous aimeraitoujours, toujours.» 

Ecrite 4 Metz, oil le jeune commandant de 
I’armee de la Moselle avait etabli son quartier 
general, cette lettre en date du 2 ventose de 
I’an 11 (10 fevrier 1794) ne precede que de quel- 
ques semaines un mariage souhaite non moins 
vivement par la fiancee que par le fiance. Son 
cceur « innocent et pur > elle I’avait donne spon- 
tanement et librement 4 I’homme de son choix. 

Mais les jeunes epoux ne purent s’attarder aux 
douceurs de la lune de miel. Le general Hoche 4 
peine marie, un ordre du Comite de Salut public 
I’arrachait aux bras de sa femme, en le nommant 
au commandement de I’armee d’ltalie. 11 part, 
arrive 4 Nice, ou il est re?u en triomphateur et 
s’y prepare 4 descendre avec son armee dans les 
plaines lombardes oil il rencontrera les Autri- 
chiens. C’est 4 ce moment qu’il est arrete en vertu 
d’un ordre venu de Paris. 

Le void cet ordre. Date du 30 ventose (20 mars), 
entierement dcrit de la main de Carnot, il porte 
sa signature et celle de Collot-d’Herbois : 

« Le Comite de Salut public arrete que I’expe- 
dition d’Oncille, qui devait etre faite par le general 
Hoche, sera confiee au citoyen Petit-Guillaume, 
general 4 I’armee des Alpes, auquel il est donne 
des ordres 4 cet effet. 

< Les representants du peuple 4 I’armee d’ltalie 
feront mettre sans delai le general Hoche en etat 
d’arrestation et I’enverront 4 Paris sous bonne et 

Ce mandat est accompagne d’une lettre dont 
Carnot a ecrit la date et I’en-tete : « 30 ventose, 
2“ annee de la Republique une et indivisible. Les 
membres du Co.mite de Salut public 4 leurs 
collegues au Fort de la Montagne > et que 
Robespierre a continuee : 

« Citoyens collfegues, nous avons la preuve que 
le general Hoche est un trattre. Nous le rempla- 
50ns par le citoyen Petit-Guillaume pour I’expe- 
dition d’Oncille. 11 est necessaire de faire arreter 
Hoche sur le champ. Remplissez cette commission 
et prenez les precautions les plus sures pour le 
faire transferer au Comite de Salut public. » Ont 
signe : « Carnot, Robespierre, Collot d’Herbois, 
Barrere et Billaud-Varenne. » 

Quel temps que celui oh un patriote tel que Hoche 
pouvait etre accuse de trahir sa patrie! En realite, 
I’accusation n’avait aucun fondement et rien ne 
la justifiait. Elle etait le fruit de la haine de Saint- 


Just, d’intrigues miserables et de sourdes rivalit^s. 

Voici, maintenant, I’admirable lettre par laquelle, 
pendant une halte 4 Orange, le 4 avril, Hoche 
annonce 4 Dechaux, son beau-pere, la mesure 
dont il vient d’etre I’objet : 

« Tu as appris, par ma lettre d’hier, 4 Adelayde, 
mon cher ami, que j’allais 4 Paris, mande par le 
Comite de Salut public. J’ignore absolument les 
motifs de cette espfece d’arrestation. Quels qu’ils 
soient, n’ayant absolument rien 4 me reprocher, 
ma conscience est parfaitement tranquille. 

« Bonvarlet t’aura certainement detaille la ma- 
niere dont je fus refu 4 Nice, mon cher ami. 
Je suis bien dedommage des desagrements 
que j’eprouve par les marques d’estime que me 
donne fsicj tons les jours les personnes qui ont 
entendu parler de moi. Bonvarlet t’aura remis une 
lettre que j’avais ecrite 4 ma femme dans le 
premier moment. Tu la lui remettrais en cas d’eve- 
nement. Mes intentions y sont consignees. Ce 
sont des conseils que je donne 4 Tamitie. 

« Je pleure sur toi, homme vertueux, qui jus- 
qu’4 ce jour, au sein d’une famille honnete, n’a 
connu que la tranquillite et le bonheur. Fallait-il 
que je te connaisse pour t’affliger! Ah! pardonne, 
pardonne 4 un homme qui t’aime et te revere et 
qui n’est malheureux que par un exces de sensi- 
bilite. Je demande ton estime ;'je la meritte fsicj 
et sa perte ne ferait qu’ajouter 4 mes peines 
Cache bien 4 ma femme, 4 ma chfere Adelayde 
que I’homme qui voudrait son bonheur aux de¬ 
pens de sa vie est prive de la liberte. 

« Mon cher ami, si j’en crois des pressenti- 
ments flatteurs, je te reverrai bientot. Ah! mon 
Dieu, que fait Adelayde?... Dans les republiques, 
le general trop aime des soldats qu’il commande 
n’est jamais vu de bon ceil, tu le sais. 11 est 
certain que la liberte pourrait souffrir d’un tel 
homme s’il etait ambitieux. Mais, moi, 4 qui 
puis-je nuire? J’ai toujours fait le bien et qui 
pourrait me soupfonner? Je ne vois cependant 
que ce seul grief contre moi. A mon depart, 
quelques personnes m’ont temoigne de I’attache- 
ment. Eh bien, que Ton me fasse rentrer dans la 
classe des autres citoyens; je serai fort heureux. 
Mon exemple ne pourra que servir la chose 
publique. Aprfes avoir sauve Rome, Cincinnatus 
alia labourer son champ. Je suis loin de pretendre 
egaler ce grand homme. Mais, comme lui, j’aime 
ma patrie et, si ma soumission pent etre utile, je 
ne demande qu’4 rentrer dans les rangs d’oh le 
hasard et mon travail m’ont fait sortir trop tot 
pour ma tranquillite! Quel que soit le sort qui 
m’attend, je me resignerai; je suis content 4 
Tavance. Que je vive en paix au sein de ma nou- 
velle famille et je serai heureux en defendant les 
murs qui ont vu nattre ma femme. » 

{A suivre) Ernest Daudet. 

(Recits des Temps Revolationnaires). 








CHANTECLAIR 


UNE USINE DE UN MILLION 


Avec la nouveUe machine de 100 chevaux que nous avons recemment install^ et 
les importantes constructions que nous venons d’edifier, I’Usine de Romainville, construite 
uniquement et specialement pour la Carnine Lefrancq, represente aujourd’hui une 
depense de UN MILLION DE FRANCS. 


La fabrication de la Carnine Lefrancq est placee sous la surveillance constante de 
M. Victor Fumouze, Docteur en Medecine, Pharmacien, Ex-Interne en Medecine des 
H6pitaux, Laureat de I’Academie des Sciences, Officier de la Legion d’Honneur. 

Un medecin-veterinaire, Membre de I’Academie de Medecine, est notre veterinaire-conseil. 


O 

N’INFLIGEZ PAS 

a VOS chers petits malades le supplice du 
Sirop antiscorbuhque, des emulsions, de 
I’huile de morue et autres drogues. 
Donnez-leur la CARNINE LEFRANCQ 
dout le gout est deUcieux et I’activite 
dix fois plus grande, 

V Ils vous seront Reconnaissants 


[> 

A MADEMOISELLE *** 


Oui, femmes, quo! qu’on puisse dire, 
Vous avez le fatal pouvoir 
De nous jeter par un sourire 
Dans I’ivresse ou le desespoir. 

Oui deux mots, le silence meme, 

Un regard distrait ou moqueur, 

Peuvent donner a qui vous aime 
Un coup de poignard dans le coeur. 

Oui, votre orgueil doit etre immense; 
Car, grace a notre lacliete, 

Rien n’egale votre puissance, 

Sinon votre fragilite. 

Mais toute puissance sur terre 
Meurt quand Tabus en est trop grand; 
Et qui sait souffrir et se taire 
S’eloigne de vous en 2deurant. 

Quel que soit le mal qu’il endure. 

Son triste role est le jilus beau. 

J’aime encore mieux notre torture 
Que votre metier de bourreau. 

Alfred de Musset. 

11 Jaiwier 1839 

© © © 

Les fleurs, comme nos plus vraies 
amies, s’associent a toutes les emotions 
de notre ame : elles pavoisent nos fetes, 
temoignent nos sympathies, suivent nos 
deuils. COMTBSSE DIANE 











CHANTECLAIR 





Les femmes tjui 

d’etre jeunes parlent des 
autres comme si la vieillesse 
etait un tort. II n’est pas donne 
a tout le monde de mourir a propos. 

Oil dit cpi’mi voiidrait mourir; oui, on le 
voudrait... mais on ne le veut pas. 


Carninc Lcfrancq 

_ ■ INALTJERABLE 


« .... I'elevage du cheval n’ayant point ete 
fait jusqu’a ce jour pour en faire de la viande 
de boucherie, on risquerait fort de ne trouver 
que de la viande de cheval abattu pour raison 
de sante ou de vieillesse et mieux vaut n’en 
point manger. » 

Dr Rene Savatier, 

(Comment j’al gueri ma Tuberculose). 


Prepare dans le VIDE a basse temperature 

Procdd^ d^posd 

a I’Academie de M^decine de Paris. 


Carnine Lefrancq decheances physiques 


Depot General ; ETABLISSEMENTS FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, PARIS 





CHANTECLAIR 


Le Professeur RIBEMONT-DESSAIGNES 


Alban - Alphonse - Ambroise Ribemont- 
Dessaignes est ne a Vendome (Loir-et- 
Cher), le 27 novembre 1847. Interne des 
Hopitaux de Paris, puis chef de clinique 
d’accoucheraent eh 1878, il etait nomme 
medecin des Hopitaux en 1882 
professeur agrege de la Faculte 
de Medecine de Paris en 1883. 

En 1908, il devenait titu- 
laire de la chaire de Clinique 
obstetricale de la Faculte de 
Medecine de Lyon. 

Le docteur Ribemont-Des- 
saignes s’est, des le debut de 
sa carriere, specialise dans la 
pratique des accouchements. 

Dans sa these d’agregation, il 
etudiait les hemorragies chez les 
nouveau-nes. Lors de la controverse 
qui s'eleva sur la question de savoir si 
la delivrance devait etre operee par ex¬ 
pression de I’uterus ou par traction du 


I cordon, il donnait la preference a ce 
f dernier precede dans les cas normaux. 

f II a imagine un tube insufllateur laryngien 
I destine a faire penetrer de I’air dans la 

i poitrine des enfants nes en etat de mort 

apparente. Outre de nombreux me- 
publies dans les journaux 
speciaux, on lui doit un Precis 
d’Obstetriqiie qui a eu plusieurs 
editions, en collaboration avec 
Lepage (1893), et une Icoiio- 
graphie obstHricale, recueil 
de faits rares interessant 
I’obstetrique observes dans le 
cours d’une pratique hospita- 
liere de 25 ans. 

Le professeur Ribemont - Des- 
saignes a ete directeur de I’enseigne- 

f ment aux sages-femmes de la Faculte de 
Medecine de Paris de 1898 a 1907. Il est 
% meinbre de I’Academie de medecine et 

I Chevalier de la Legion d’Honneur. 



PORTRAIT-CHARGE. — Le professeur Ribemont-Dessaignes en train de faire fonctionner le tube insuffla- 
teur laryngien dont il est tinventeur.^ Sur une table, un second enfant, ne en etat de mort apparente, sera 



La distraction est a la douleur morale ce 
que le chloroforme est a la souffrance phy¬ 
sique, qu’il ne guerit pas, mais qu’il sus¬ 
pend : e’est I’instinct de conservation qui 
conduit les malheureux a puiser dans un 
repos momentane la force de souffrir encore. 

CoMTESSE Diane 


TOUTE CONSIDERATION passant apres 
I'interet de vos malades, vous reviendrez a la 
CARNINE LEFRANCQ si vous lui avez 
momentanement prefere une autre prepara¬ 
tion, parce que vous reconnaitrez 

QUE RIEN NE LUI EST SUPERIEUR 
Nl MEME EGAL 


S’aimer donne envie de vivre ensemble, mais 
s’aimer ne suffit pas pour etre heureux. 

Il faut encore que les gouts se ressemblent, que les 
caracteres se eompletent, et que les ames se vaillent. 

CoMTESSB Diane 





















LA FEMME A L’EVENTAIL 

Reproduction par la photographic des couleurs d’un tableau d’Abel Faivre, Musde du Luxembourg, Paris. 






AUTOUR DE HOCHE 

(Saile et Fin). 


Quelques jours apr6s, le 10 avril, Hoche arrive 
d Paris; il est incarcere h la prison des Carmes. 
Son premier soin est d’ecrire, de nouveau, k son 
beau-p6re : 

« J’ai vu, mon cher ami, une leftre de toi, qui 
marquait que je ne t’avais pas ecrit depuis mon 
arrestation. Pardonne-moi, mon cher ami, je t’ai 
ecrit d’Orange et de Macon. Conserve-moi ton 
amitie. Je suis ce que je fus toujours. Je ne.te dis 
pas, cependant : Bientdt, je serai libre. Pourtant, 
j’espere que Ton sera juste i mon egard. Un 
homme de mon caractere, s'il a des ennemis, 
doit necessairement etre perdu. Je n’en ai qu’un, 
on le dit, en ce moment meme, arretd... Que fait 
ma bonne, ma chere Adelayde? Qu'elle m’aime 
bien et toujours. Thoiras m’a dit beaucoup de 
choses. Ecris-moi, fais-moi ecrire par ma femme. 
Console ton epouse, ma soeur, mon frere et 
Adelayde. Le juste ciel m’a protege jusqu’ici, je 
compte beaucoup sur lui. L’idee du crime n’entra 
jamais dans mon coeur... Done... Le certificat de 
la socidte me sera peut-etre utile. Je desirerais 
que celle de Metz m’en envoyat un pareil ou, 
plutot, I’envoyat au Comite de Salut public. Quel 
que soil mon sort, mon cher ami, je me regarde 
comme membre de ta vertueuse famille. Que de 


secrets j’ai k verser dans ton sein... Mon cher 
Dechaux, ecris k Debelle et dis lui que je lui 
ordonne d’etre circonspect et de se menager. Son 
caractere vif pourrait lui fa'ire renouveler la scene de 
Metz, ce qui est fort inutile. Adieu, mon ami, 
conserve k jamais mon souvenir. Peut-etre, t’em- 
brasserai-je bientot, peut-etre... Adieu, mon ami, 
embrasse ta famille pour moi et ma bonne Ade¬ 
layde en particulier. > 

L’espoir si vague d’une delivrance prochaine 
que Hoche exprime dans cette lettre ne devait 
pas se rdaiiser. 11 avait ete mis en etat d’arresta- 
tion au commencement d’avril; au mois d’aout, 
sa captivite durait encore. Elle ne cessa que le ,4 
de ce mois, huit jours apres le 9 thermidor. 11 
dut sa liberte k la chute de Robespierre. 

Le marquis des Roys etait parvenu k mettre la 
main sur la presque totalite de la correspondance 
de Hoche pendant sa detention. Elle consiste 
surtout en petits billets, ecrits k la hate sur des 
bouts de papier, voire sur les notes du restaurant 
qui lui sert ses repas. Tour k tour, il donne de 
ses nouvelles, remercie des demarches qu’on fait 
pour lui, se plaint d’etre oublie et laisse voir, en 
un mot, le decouragement, Tamertume, la revolte 
dont a rempli son coeur I’inique traitement qu’on 


LA CARNINE LEFRANCQ NE CONSTIPE JAMAIS 










CHANTECLAIR 



lui inflige. II ne salt d’ailleurs de quoi il esi 
accuse, car on ne I’interroge pas; on semble ne 
vouloir pas s’occuper de lui. C’est sans doute a 
cette indifference qu’il dut son salut. 

Aux Carmes, il avail rencontre le capitaine 
d’artillerie Jean-Frangois de Thoiras, arretd, lui 
aussi, sans plus de motif. Le capitaine avail 
vingt-deux ans; le general en avail vingt-cinq. 
Ils se connaissaient deji. Mais, a la faveur de 
leur malheur commun, leur amitie se fit plus 
etroite. En messi- 
dor, elle fut bri- 
see par le bour- 

Un matin, Thoi¬ 
ras est appele au 
tribunal revolu- 

une fournee. C’e- 
taitlamort. Hoche 
assistait au depart 


moi, lui dit Thoi¬ 
ras, et gardez 
ma montre en 
echange. > 

Et cet echange 
accompagne leurs 
derniers adieux. 

Transf^re a la 
Conciergerie, Ho¬ 
che y fait la 
connaissance de - 
Josephine de 
Beauharnais. Que 
se passe-t-il entre 
ia future impera- 
ratrice et le ge¬ 
neral Hoche? A 
quels aveux les 
conduisent I’un 
et Tautre, les md- 
lancoliques loisirs ‘■"“t. br»un a 
de la prison ? Ce 
qui suit permet 
de le soupfonner. Le lendemain du mariage 
de Josephine avec Bonaparte, Hoche, qui se bat- 
tait alors contre les Vendeens, mande de Vannes 
a un ami qu’il a « redemande ses lettres i 
M"'® B... Je ne me soucie pas que son mari 
connaisse mon style amoureux a I’dgard de cette 
femme. Comme elle a 

Des hdros de son temps obtenu les faveurs, 
je la meprise ». Mot singulierement cruel de la 
part d’un homme 4 qui elle n’avait rien refuse, 
moins cruel cependant que ce qu’il disait plus 
tard a Barras. « 11 faut avoir ete en prison avec 
elle pour Tavoir pu connaitre aussi intimement; 
cela ne serait plus pardonnable quand on est 
rendu S la liberte. » 

Enfin sonne Theure de la reparation. Reconnu 
innocent, Hoche revoit ses amis dont les accla¬ 


mations saluent sa delivrance. 11 se derobe h 
leurs embrassements pour ecrire a sa femme que, 
dans sa prison, il a pu « negliger conjugalement», 
mais qu’il aime par dessus tout : « Je suis libre, 
Adelayde; rendons graces au del! Je m’en vais 
a Thionville, a pied, comme il convient a un 
republicain. Adelayde, Adelayde, quel mari tu as, 
le pauvre homme! » 

J’en ai assez dit pour demontrer quel intdet 
presentent ces papiers de Hoche, ecrits en marge 

et si courte, et 
recueillis ou con¬ 
serves par son 
petit-fils avec tant 
de sollicitude et 
de respect. 

A cote de ces 

4 Gaillefontaine 
d’autres reliques 
de lui. C’est d’a- 
bord, indepen- 
damment d’un 
delicieux portrait 
en miniature, un 
mplai 


. nous devons — 
et ils sont innom- 
brables — 4 la 
gravure ou a la 
lithographie; c’est 
ensuite son uni- 
forme, son epee, 
sa montre, celle 
de Thoiras, une 
tabatifere informe 
en ecorce d’arbre, 
les pauvres bi¬ 
joux, — une chai- 
nette-collier et 
une paire de bou- 
cles d’oreilles, 
anneaux i rae- 
daillons, — qui 
formaient la cor- 
beille de noces, offerte h sa fiancee, et enfin 
Tinventaire de sa fortune, tel qu’il fut dresse apr^s 
sa mort, constatant qu’il laisse h ses h^ritiers 
un avoir total de 63.000 francs, y compris ses 
chevaux, sa sellerie et sa batterie de cuisine. On 
ne s’enrichissait pas toujours, en ce temps-lJ, 
au service de la Republique, et Hoche a ete 
de ceux dont le desinteressement est au-dessus 
du soupfon. 

Tel qu’il apparart k travers les lettres que nous 
venons de reproduire, on voudrait pouvoir effacer 
de sa vie la part qu’il prit au 18 fructidor et ofi 
se revfele en lui, de la manifere la plus imprevue, 
une ame de politicien. Soil qu’il ait voulu flatter 
les hommes au pouvoir, soit qu’il ait cru la 
Republique en peril, il se fait leur complice, a 
Texemple de Bonaparte et d’Augereau. Il detache 













Lc Profcsseur Don Rafael pORNS y ROMANS, dc Madrid. 

















CHANTECLAIR 


de son armde plusieurs regiments qui vont jus- 
qu’d Soissons, prets a repondre an premier appel 
du Directoire et que les reciamations du Conseil 
des Cinq Cents I’obligent a rappeler. En outre, 
les caisses du gouvernement etant vides, et pour 
faciliter le coup que medite Barras, il lui prete 
de ses deniers et de ceux de Dechaux son beau- 
pere, une somme de 48.000 livres dont sa veuve 
ne sera remboursee que I’annee suivante. 

Le 21 fructidor, deji mortellement atteint, il 
s'ecriait au re^u des nouvelles du 18 : 

« Docteur, mon rhume est gueri. Voila le 
remede. > 

Le lendemain, il ecrit 4 Barras : 

« Bravo, mon cher Directeur, mille fois bravo! 
Nous sommes tous ici dans I'enchantement. J’at- 
tendais votre courrier avec bien de I’jmpatience. 
•Il faut une justice prompte. Songez 'aux maux 
qu’a soufferts le peuple 
franjais. Pas de faiblesse. 

Si vous vous conduisez 
ainsi qu’en vendemiaire, 
attendez-vous aux memes 
resultats. Dans deux ans 
ce sera d recommencer. 11 
faudra s’occuper de I’epu- 
ration des armees. Songez 
que Scherer (ministre de 
la Guerre) ne vaut rien. 

Je vous offre pour le rem- 
placer Tilly et Champion- 

Le 27, si proche de la 
mort, il envoie ses felicita¬ 
tions auxautres Directeurs. 

« Vous venez de porter 
le plus grand coup aux 
ennemis de la Republi- ^ 

que, citoyen Directeur, 
mande-t-il a La ReveilRre-Lepeaux, et de donner 
aux armees qui la defendent le grand exemple 
du devouement et du courage; recevez les temoi- 
gnages de mon admiration et de mon zele k 
seconder vos genereux efforts. Je dois vous dire 
que le royalisme que vous avez comprime, dont 
vous avez etouffe les esperances, etendait ses 
ramifications perfides jusque dans nos camps. 
Jetez I’oeil le plus severe sur les administrations, 
sur les armees; vous y trouverez la foule des 
agents que les traitres y avaient repandus; les 
demi-mesures sont intempestives et nous ramfe- 
neraient k de nouveaux dangers; frappez, ne 
souffrez pas que la corruption s’introduise dans 
nos armees et la patrie verra son plus beau 
triomphe dans vos derniers coups. » 

Il tient k Rewbell un langage analogue : 

« Votre courage a pleinement triomphe des 
derniers efforts du royalisme, citoyen Directeur; 
je vous en felicite et vous prie d’agreer, avec les 
temoignages de la reconnaissance de Tarmee que 
je commande, la nouvelle assurance du zele et 
de Testime que je vous ai voues. Il faut ajouter 
a la victoire que nous vous devons, la compres¬ 



sion et la destitution prompte de tous les agents 
que les traitres avaient repandus dans les admi¬ 
nistrations civiles et militaires; par la vous 
aneantirez le germe de la corruption et vous 
aurez sauve la patrie. » 

Non content de prodiguer ces flatteries aux 
Directeurs personnellement, il les renouvelle 4 la 
collectivite du Directoire. 

« Citoyens Directeurs, le Peuple franjais, par 
votre energie et grdce a votre perseverance, vient 
de recouvrer sa liberte; vous connaissez, Citoyens 
Directeurs, Thorreur dont j’etais anime pour les 
conspirateurs; plus elle etait profonde, plus je 
dois me rejouir de la grande victoire que vous 
venez de remporter. > 

Puis, sans etre frappe par ce qu’il y a eu 
d’odieux dans la conduite des Directeurs qui ont 
prepare et accompli le coup d’Etat, dans les trai- 
tements barbares qu’ils onf 
infliges aux vaincus et par 
la tache qu’il va lui-meme 
imprimer k son nom, il 
denonce Kleber « comme 
ami de Pichegru », fait 
destituer le general deSalm 
« comme un vil espion > 
et, sous un prdtexte, il 
expedie k Paris les gene- 
raux Ferino, Souham et 
autres qu’il tient pour 
suspects. 

Enfin, en recevant le 
commandant intdrimaire de 
Tarmee de Rhin-et-Moselle 
pendant Tabsence de Mo¬ 
reau appele 4 Paris, il 
revient 4 la charge : 

« Vous m’avez donne le 
commandement de deux 
armees. Le conserverai-je longtemps? Faites-le 
moi connaitre afin que cette armde ressemble aux 
autres. Pichegru qui, depuis six mois, y a fait placer 
beaucoup de ses partisans, pourrait compter sur 
quelques-uns. Je ne veux point de sang; j’abhorre 
les mesures violentes. Il est cependant 4 deplorer 
que les circonstances forcent le gouvernement 4 
faire grace 4 ceux qui voulaient livrer notre pays 
4 leurs plus cruels ennemis. Reflechissez-y, Barras; 
la faiblesse d’un gouvernement encourage les fac- 
tieux et nous n’aurions pas 4 deplorer les temps 
affreux qui viennent de s’ecouler si les chefs des 
sections eussent suivi le mattre 4 Techafaud. » 
Nous voil4 bien loin du Hoche de 1793, que 
le Comite de Salut public faisait arreter comme 
traftre, et de celui de 1795, si chevaleresque 
envers Sombreuil, aprds le desastre de Quiberon. 
Ses actes et ses paroles, au moment de fmctidor, 
ne peuvent que faire regretter qu’il ne soit pas 
mort quelques semaines plus tot. Sa gloire serait 
restee pure et sur cette physionomie glorieuse, 
nous ne verrions passer aucune ombre. 

Ernest Daudet, 

(Re'cits des Temps Revolutionnaires). 








CHANTECLAIR 



Resultats des attaques auxquelles la 

CARNINE LEFRANCQ 

est en butte depuis sa creation 


Nous avons commence 

avec un capital de... 800.000 Francs 

Des agrandissements 
imporiants necessites 
par I’augmentation 
constante de nos af¬ 
faires, nous ont mis 
dans I’obligation de le 
porter a. 1.600.000 Francs 


Toujours pour les me- 
mes raisons, il est ac- 
tuellement de. 


2.000.000 Francs 


SUZANNE. - Musfie de Luxembourg. 

Andre Vermare, sculp, N. D., phot. 


L’HEURE DU BERGER 

La lune est rouge au brumeu.x horizon; 
Dans un brouillard qui danse, la prairie 
S’endort fumeuse et la grenouille crie 
Par les joncs verts ou eircule un frisson ; 
Les fleurs des eaux referment 1 urs corolles ; 
Des peupliers profilent aux lointains. 

Droits et serres, leurs spectres incertains; 
Vers les buissons errent les lucioles; 

Les chats-buants s’eveillent, et sans bruit 
Rament Pair noir avec leurs ailes lourdes 
Et le zenith s’emplit de lueurs sourdes. 
Blanche, Venus emerge, et c’est la nuit. 

Paul Verlaine. 


Notre Usine de Romainville (Seine), a ete construite 
spe'cialement et uniquement pour la fabrication de la 
CARNINE LEFRANCQ, 
et toutes les prescriptions de la science moderne y ont 
ete scrapuleusement observees. 

Etablie d'abord sur 5.000 metres carres, puis sur 
10.000, et actuellement sur 12.000. elle a coOte 

UN MILLION DE FRANCS 


L’orgueil c’est etre, la vanite c’est paraitre. 

COMTESSE DIANE. 


AU SENEGAL 


La Carnine Lefrancq a produit dans la colonie, son 
merveilleux effet, et je la recommande tontes les fois 
que I’occasion s’en prdsente, dans I’lntdret des malades. 

Docteur Etienne Tardif, 
Mddecin-Major, Dakar (Sdndgal). 












CHANTECLAIR 


sue MUSCULAIRE DE BCEUF 

_ PUR ET CONCENTRE 


Nl MELANGES, Nl ADDITIONS 


dans le VIDE et 


INALTERABLE ” 


LA CARNINE LEFRANCa 


est preparee avec du BCEUF, rien que du BCEUF. 



La CARNINE 

possede un abattoir. 
Tons ses boeufs sont sa- 
crifies sous le controle d’un 
veterinaire de la 

VILLE DE PARIS 


TUBERCULOSE 
CHLOROSE :: ANOREXIE 
ANfiMIE 

CONVALESCENCE 
ALIMENTATION 
:: LIQUIDE 
NEURASTHENIE 






















CHANTECLAIR 


Le Professeur don Rafael FORNS y ROMANS, de Madrid 


Rafael Foriis y Romans est ne a Cuevas de Vinroma, province de Castellon (Espagne), 
le 12 decembre 1868. . , 

C’est a rUniversite de Barcelone qu’il fit ses etudes classiques, pharmaceutiques et medi- 
cales. Nomme interne an concours a la Faculte de Medecine de cette yille, il y etait recu 
docteur en 1889. Bientot apres, il etait nomme professeur-adjoint de Clinique a Madrid, et le 
concours de 1892 lui donnait la fonction de medecin du College National des Sourds-Muets 



Des cette epoque, le docteur don Rafael Forns y Romans mena de front deux specialisa¬ 
tions : les etudes bacteriologiques et I’oto-rhino-laryngologie. 

C’est ainsi qu’il fonde a Madrid, en 1896, I’Ecole pra¬ 
tique des Specialites medicales, et que, de 1895 a 1905, 
nous le trouvons enseignant, par interim, Toto-rhino- 
laryngologie a la Faculte de Medecine de Madrid. En 
1908, il obtient, au concours, la chaire d’Hygiene et 
de Bacteriologie sanitaire ala meme Faculte, fonction 
qui ne I’empeche pas, cependant, de consacrer ses 
soins et des lecons speciales aux methodes d’education 
des sourds-muets et d’enseigner I’oto-rliino-laryngo- 
logie a I’Hopital-Clinique de San-Carlos, a la Faculte 
Centrale de Medecine et au College National des 
Sourds-Muets et Aveugles. 

11 dirige, en outre, le seul Institut orthophonique 
qui existe en Espagne. 

Comme savant de laboratoire, le docteur don 
Rafael Foriis y Romans s’est cantonne dans les travaux 
micrographiques d’anatomie normale et pathologique, 
d’embryologie et de bacteriologie generale. 

Mais ees diverses etudes ne suffisent pas a absorber 
son admirable activite ; car, a ses specialisations d’ordre 
medical, il trouve encore le temps d’ajouter deux autres specia- 
lisations; cede du journalisme medical et cede de la peinture, dans lesquedes d reussit d ail- 


leurs remarquablement. , i - - i 

Directeur de la Revue des Specialites medicales, publiee depuis 1898, il a collabore a la 
Semaine medicale et a nombre de journaux de medecine espagnols et etrangers. 

En 1896, il etait President d’honneur du Congres d’Otologie de Madrid, et en IbJJ, il 
presidait le Congres d’Otologie de Barcelone ; puis il etait dflegue par le Gouvernement espa- 
gnol au Congres International d’Otologie de Bordeaux. Il est membre correspondant de la 
plupart des Societes oto-rhino-laryngologiques etrangeres. 

Parmi ses ouvrages, il faut citer un Traite d’Otologie, en 2 volumes, un Album d Histo¬ 
logic normale de Laryngologie humaine et une Collection de 20 Tableaux a 1 huile de 1 m. 7o 
sur 0 m. 90, representant I’anatomie et I’histologie normales de I’oreille. 

On voit que le savant professeur s’est ainsi applique a faire profiter la science et 1 eiisei- 
gnement du talent du peintre, d’ailleurs plusieurs fois recompense aux expositions nationals 
des Beaux-Arts. 


PORTRATTS-CHARGE. — Le professeur don Rafael Forns y Romans, oto-laryn«ologiste ^ 
faisant ses demonstrations sur un de ses tableaux consacres a I’anatomie de rorcille, cependant q 
clients du College des Sourds-Muets et Aveugles taquine le limafond’une oreille ultra-schematiq 
le marteau, I'enclume et I’ctrier sont representes par les objets memes dont ccs diverses partie 


; peintre, apparait 
le dont le tympan, 


Je prescris la CARNINE LEFRANCQ depuis longtemps et je n'ai eu qu a m en louer. 

Docteur Valassopoulo, 

Mededn-Chef de I’Hopital grec, Alexandrie (Egypte). 











CHANTECLAIR 


Nous sommes tellement domines par I’im- 
pression du moment, qu’un service rendu 
par un ennemi pent chasser la haine de 
notre cceur, comme un seul tort de la part 
d’un ami pent nous faire oublier le devoue- 
ment de toute sa vie. 

COMTESSE DIANE. 


Je suis tres heureux de vous annoncer 
que je viens d’obtenir un resultat merveil- 
leux, absolument inespere, par I’emploi de 
la Gamine Lefrancq, dans un cas de tu- 
berculose au seeond degre. 

Docteur L. Borianne, 

La Jonolifere (Haute-Vienne). 



UNE AMENDE HONORABLE 
la photographie des couleurs d’un tableau d’Alphonse Leoros, Mus^ 


du Luxembourg, Paris 
□ = 


Je connais bien la Gamine Lefrancq, c’est une excellente 
preparation et je la trouve tres utile pour les malades qui 
ont un degout pour le lait, aprte les operations abdominales. 
Docteur J. Bland-Sutton, 

Professeur au College Royal des Chirurgiens de Londres, 

Chirurgien du Chelsea Hospital for Women. 

Londres. i 








La curiosite seule m’avait fait quitter 
Londres ; aucun souvenir d’affection natu- 
relle ne s’eveillait en moi pour M. Thiers. 
En qualite de negociant anglais, je me rap- 
pelais meme qu’a une epoque, cet homme 
d’Etat, alors premier ministre, avait failli 
declarer la guerre a mon pays a cause des 
affaires d’Egypte, et je n’avais pas oublie 
que M. Thiers s’etait montre proteetion- 
niste. Mais, depuis la fin de I’Empire, il 
s’etait revele sous un autre jour, et il avait 
conquis les suffrages de la Cite et de toute 
I’Aiigleterre. 

Quaiid je declarai la resolution de venir 
a Paris, la partie feminine de ma maison 
me soumit de graves objections : « J’allais 
me mettre dans quelque bagarre, dans 
quelque « riot )), etc. )) Je passai outre, et 
je me felicite de n’avoir pas cede a des 
peurs que I’histoire du passe rendait fort 
legitimes. Nous n’avions pas, d’ailleurs, 
grande confiance, a Londres, dans la sa- 
gesse fraucaise. 

Je suis arrive a Paris le vendredi dans la 
soiree. La pluie a commence a tomber a 


torrents, et je me demandais ce que, sous 
f un tel deluge, allait devenir la manifesta- 

* tion. Le samedi matin, I’etat du ciel n’etait 
I pas meilleur, I’eau coulait a flots dans les 
I rues. Apres avoir ete prendre mes lettres et 
w lire mes journaux chez Galignani, je me 
I mis en route; le temps s’elevant un peu, 
I je me dirigeai vers la place Saint-Georges, 

ou est situe I’hotel du defunt. Les boutiques 
n’etaient en gen&al qua demi-ouvertes, 
quelques-unes fermees ; et des groupes 
» d’hommes et de femmes, decores d’immor- 
I telles, marchaient dans la meme direction 

* que moi. Je trouvai, en approchant de 
I I’eglise Notre-Dame-de-Lorette, les rues 
I interdites par des troupes a pied, a cheval, 
S et par de nombreux sergents de ville. Je 
% vois passer des brancards charges de cou- 
I ronnes de fleurs, veritables oeuvres d’art, 
% d’une grandeur etonnante. 

I Je reviens sur les boulevards, a onze 
f heures; les trottoirs, les fenetres, les toits, 
I les sommets des larges cheminees sont cou- 
^ verts de monde; partout de I’ordre, du 
Ijj silence, des visages emus; pas une seule 


L’action de la CARNINE LEFRANCQ peut etre utilisee pour provoquer, dans les tissus, 

•' INFECTIONS et INTOXICATIONS 














CHANTECLAIR 



scene discordante. C’est tres digne. La pluie 

A deux heures, le cortege debouche sur 
le boulevard, tous les fronts se decouvrent, 
et le silence devient tel dans cette im¬ 
mense foule, que I’on n’entend que 
le bruit des pas des chevaux de 
la cavalerie, la marche caden- 
cee de I’infanterie et les sons 
d’une musique lugubre qui 
precedent le char funebre. 

Enfin, il parait; a sa vue 
I’emotion redouble. II est 
mauifeste qu’il y a la pres 
de moi bien des hommes 
qui retiennent leurs lar- 
mes. Le cercueil disparalt 
sous un amoncellement de 
bouquets, de couronnes dis¬ 
poses avec le gout francais. 

II est splendide. A gauche, a 
droite, derriere, des citoyens 
deputes par les villes et les cor¬ 
porations s’avancent charges en¬ 
core d’autres couronnes suspendues 
ou portees sur des drapeaux tricolores. 

Puis vient I’imposant cortege; le Senat, w 
les deputes, les deputations des corpora- S’ 
tions, de la jeuuesse des ecoles « le prin- x 
temps de la France », puis la foule, la foule S 
qui ne finit plus. Si un cri de : « Vive la « 
Republique I )) s’eleve, un seuateur, un de- | 
pute, fait un signe; aussitot I’acclamation » 


tombe et les assistants murmurent : « Si- 

Cependant, il y a eu un moment d’indi- 
cible saisissement. Quand la foule a vu une 
grande hanniere noire couverte de 
longs crepes, sur laquelle on lisait 
es mots: ((BelfortaM. Thiers)), 
un fremissement a couru 
dans ces masses profondes, 
et le sourd gemissement 
de tout un peuple qui se 
souvient de ses malheurs 
s’est echappe des levres 
crispees. L’emotion m’a- 
vait gagne, et j’ai trouve 
tres indecente (impro¬ 
per) une musique mili- 
taire qui, placee a la fin 
du convoi, faisait enten¬ 
dre un air leger. 

Depuis le couronue- 
ment de la reine Victoria, 
je n’ai rien vu d’aussi splen¬ 
dide que les funerailles de 
M. Thiers, et rien ne m’a donne 
plus d’estime pour le caractere fran¬ 
cais. Je suis heureux d’avoir assiste a cet 
imposant spectacle, a cette manifestation a 
laquelle ont pris part plus d’un million 
d’hommes : « Hurrah for France! England 
for ever ! )) 

Smith Robertson. 

(Musee Universel). 



LES MAINS LIBRES 


La CARNINE LEFRANCQ tient a declarer 
qu’elle n’a aucune attache, qu’elle est toujours 
restee en dehors des nombreuses combinaisons 
medico-pharmaceutiques qui ont surgi durant 
ces dernieres annees. 

Mais nous nous batons d’ajouter que cette 
declaration ne cache aucune critique : nous 
sommes partisans de la liberte complete. 

La CARNINE LEFRANCQ ne doit son succes 
qu’a sa valeur therapeutique reconnue et appre- 
ciee par le corps medical et son ambition est de 
justifier la confiance dont M.M. les medecins 
I'ont sans cesse honoree, en faisant toujours mieux 
tout en restant completement independante. 


O 

O O 





























r 



I 


Lc Profcsscur GARRIGOP, dc Toulouse 










CHANTECLAIR 



CONVERSATION DE LOUIS-PHILIPPE AVEC VICTOR-HUGO 


Le roi Louis-Philippe me disait 
I’autre jour ; 

- Je n 'ai jamais ete amoureux 
qu’une fois dans ma vie. — Et de qui, 
sire? — De Madame de Genlis. — 

Bah ! mais elle etait votre precepteur. 

Le roi se mit a rire et reprit: 

— Comme vous dites. Et un rude 
precepteur, je vous jure. Elle nous 
avait eleves avec ferocite, ma soeur et 
moi. Leves a six heures du matin, 
hiver comme ete, nourris de lait, de 
viandes roties et de pain; jamais une 
friandise, jamais une sucrerie; force 
travail, pas de plaisir. C’est elle qui 
m’a habitue a coucher sur des 
planches. Elle m’a fait apprendre une 
foule de choses manuelles; je sais 
grace a elle, un peu faire tous les 
metiers, y compris le maier de 
frater. Je saigne mon homme comme 
Figaro. Je suis menuisier, palefrenier, 
macon, forgeron. Elle etait systema- 
tique et severe. Tout petit j’en avals 
peur; j’etais un garcon faible, pares- 
seux et poltron; j’avais peur des 
souris! elle fit de moi un homme 
assez hardi et qui a du coeur. En 
grandissant, je m’apercus qu’elle etait 
fort jolie. Je ne savais pas ce que 
j’avais pres d’elle. J’etais amoureux, 
mais je ne m’en doutais pas. Elle qui s’y 
connaissait, comprit et devina tout de suite. 
Elle me traita fort mal. C’etait le temps 
ou elle couchait avec Mirabeau. Elle me 
disait a chaque instant : — Mais, monsieur 
de Chartres, grand dadais que vous etes, 
qu’avez-vous done a vous fourrer toujours 
dans mes jupons? — Elle avait trente-six 
ans, j’en avals dix-sept. 

Le roi, qui vit que cela m’interessait, 
continua : 

— On a beaucoup parle de Mme de Gen¬ 
lis, on I’a peu connue. On lui a attrihue des 
enfants qu’elle n'avait point faits, Pamela, 
Gasimir. Voici : elle aimait ce qui etait beau 
et joli, elle avait le gout des gracieux visages 
autour d’elle. Pamela etait une orpheline 
qu’elle recueillit a cause de sa beaute; Ca- 
simir etait le fils de son portier. Elle trou- 
vait cet enfant eharmant; le pere hattait le 
fils; — Donnez-le-moi, dit-elle un jour. — 
Le portier eonsentit, et cela lui fit Gasimir. 
En peu de temps, Gasimir devint maltre de 
la maison. Elle etait vieille, alors. Pamela 
est de sa jeunesse, de notre temps it nous. 


LOUIS-PHILIPPE et Mme DE GENLIS 

Mme de Genlis adorait Pamela. Quand il 
fallut emigrer, M™'^ de Genlis partit pour 
Londres avec ma soeur, et une somme de 
cent louis. Elle emmena Pamela a Londres. 
Ges dames etaient misO’ables et vivaient chi- 
chement en hotel garni. G’etait I’hiver. 
Vraiment, monsieur Hugo, on ne dinait pas 
tous les jours. Les hons morceaux rtaient 
pour Pamela. Ma pauvre soeur soupirait, et 
etait le souffre-douleurs, la Gendrillon. G’est 
comme je vous le dis. Ma soeur et Pamfla, 
pour &onomiser les malheureux cent louis, 
couchaient dans la meme chambre. 11 y 
avait deux lits, mais rien qu’une couverture 
de laine. Ma soeur I’eut d’abord; mais un soir 
M™e de Genlis lui dit : « Vous etes rohuste 
et de bonne sante; Pamela a bien froid, j’ai 
mis la couverture a son lit. )) Ma soeur fut 
outree, mais n’osa s’insurger; elle se contenta 
de grelotter toutes les nuits. Du reste ma 
soeur et moi nous aimions M^e de Genlis. 

Mn'o de Genlis mourut trois mois apres 
la revolution de Juillet. Elle eut juste le 
temps de voir son eleve roi. Louis-Philippe 
etait vraiment bien un peu son ouvrage; elle 















CHANTECLAIR 


avail fait cette education comme un homme w 
et non comme une femme. Elle n’avait | 
absolument pas voulu completer son teuvre | 
par la supreme education de I’amour. Chose | 
bizarre dans cette femme si peu scrupuleuse, | 
qu’elle ait ebauche le coeur et qu’elle ait | 
dedaigne de I’achever ! | 

Quand elle vit le due d’Orleans roi, elle | 
se borna a dire : — J’en suis bien aise. — | 

Ses dernieres annees furent pauvres et | 
presque miserables.il est vrai qu elle n avail 
aucun ordre et semait I’argent surles paves. | 
Le roi la venait voir souvent; il la visita f 

□ - a- 


jusqu’aux derniers jours de sa vie. Sa soeur, 
Mme Adelaide, et lui ne cesserent de temoi- 
gner a Mme de Genlis toute sorte de respect 
et de deference. 

Mme de Genlis se plaignait seulement un 
peu de ce qu’elle appelait la ladrerie du roi. 
Elle disait: — Iletait prince, j’en ai fait un 
homme; il etait lourd, j’en ai fait un homme 
habile; il etait ennuyeux, j’en ai fait un 
homme amusant; il etait poltron, j en ai fait 
un homme brave; il etait ladre, je n’ai pu en 
faireun hommegenereux. Liberal,tant qu’on 
voudra; genereux, non. Victor Hugo. 

.□ — □ 


CARNINE LEFRANCQ sue ™u,cu,a,r. 

BCEUF, PUR, CONCENTRE, INALTERABLE 



Prepare dans le VIDE et a FROID 


Precede depose a I'Academie de Medecine 


De 1 a 5 cuillerees 
a bouche par jour a 
n'importe quel moment, 
PURE 

ou additionnee d’un 
liquide quelconque, eau 
minerale ou naturelle, 
the, lait, etc. 

FROID ou TIEDE 


ANEMIE 

CHLOROSE 

NEURASTHENIE 

DEBILITE 

FAIBLESSE 

ANOREXIE 

TUBERCULOSE 


FEMME DU SENEGAL 


JUGEMENT DE NAPOLEON h-- SUR DE SEVIGNE ET Mme de MAINTENON 


« Le style, la grace, la purcte du langage de 
M,'"' de Maintenon me ravissent; je me raccommode 
avec elle. Si je suis violemment heurte par ce qui est 
mauvais, j’ai une sensibilite exquise pour ce qui 
est bon. 

« Je crois que je pr^ere les Letires de M'"" de 
Maintenon a celles de M’"* de Sevigne : elles disent 
plus de choses. M'"" de Sevigne, certainement, restera 
toujours le vrai type, elle a tant de charmes et de 





























CHANTECLAIR 



La CARNINE LEFRANCQ renssii 
merveilleusemeni chez les enfanis 
qui la prennent avec gourmandise 

* ELLE NE CONSTIPE PAS ^ 


Je prescris I’excellente Carnine Lefrancq 
avec le plus grand succes d’ailleurs, dans 
ma clientele. 

Docteur Fabre, 

59, Faubourg Poissonnifere, Paris. 


LA 

Carnine Lefrancq 

Preparee avec du Q ^ 

Sac Muscalaire de I3v J U I 
CONCENTRE 

N’EST JAMAIS 

TOXIQUE 




Depot General : ETABLISSEMENTS FDMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, PARIS 
































CHANTECLAIR 


Le Professeur GARRIGOU, de Toulouse 


Garrigou (Joseph-Louis-Felix), fils du 
savant historien de I’Ariege, Adolphe Gar- 
rigou, est ne a Tarascon le 17 septem- 
bre 1835. 

Api-es avoir fait ses etudes classiques au 
Lycee de Toulouse, il commencait ses 
etudes medicales a I’Ecole de Medecine 
de la meme ville (1854-1856), et les 
finissait a Paris (1856-1860). II fut d’abord 
I’eleve de Bouillaud, dont il a publie de 
nombreuses lecons dans la Ga¬ 
zette des Hopitaux. 

Le docteur Garrigou est ae- 
tuellement professeur a I’Uni- 
versite de Toulouse, ou il oc- 
cupe la chaire d’hydrologie, 
alaFacultede Medecine. C’est 
le seul cours complet de ce 
genre qu’on puisse trouver 
en Europe. Il comprend la geo- 
logie hydrologique, la chimie 
hydrologique, la physique hydro¬ 
logique et la therapeutique thermale. 

Les recherches du professeur Garrigou 
ont porte : sur I’antiquite de Thomme sur 
la terre (1860-1875); sur la geologie hydro¬ 
logique des Pyi-enees (1860-1910); sur la 
chimie des eaux minerales (1861-1897), 
en qualite de medecin aux Eaux d’Ax- 
sur-Ariege (1866-1869) et de medecin a 
Luchon (1869-1897), etc., etc. Le savant pro¬ 
fesseur continue, d’ailleurs, ses recherches 
dans son laboratoire prive, la Faculte de 
Medecine de Toulouse n’ayant pas de 
laboratoire annexe au cours d’hydrologie. 

Les resultats de ces recherches ont fait 
I’objet de nombreu.x memoires presentes 
soit a rinstitut, soit a I’Academie de Mede¬ 



cine, soit a diverses Societes speciales, 
et de nombreux articles publics dans les 
journaux scientifiques et medicaux. Le pro¬ 
fesseur Garrigou a encore publie une Mono- 
graphie des Eaux d'Ax (1862), un volume 
sur Luchon (1891), La Sijnthese hgdrolo- 
gique (1898), Le Vin concentre (1901), etc. 
Avec son eleve et ami le docteur Duhour- 
cau, il a cree La Revue d’Hgdrologie pgre- 
neenne et, avec M. Julien Sacaze, La Revue 
des Pyrenees, devenue publication 
iversitaire. Le docteur Garrigou 
s’est, en somme, specialise 
comme geologue, chimiste et 
medecin hydrologue. Son oeuvre 
ne compcrte pas moins de 
7 volumes et 360 memoires, 
dont 180 manuscrits et inedits. 
La caracteristique de son 
enseignement est d’etre d’une 
clarte remarquable, d’un ordre 
•fait dans I’expose, d’une ties 
haute portee philosophique, et de rendre 
interessante une science un peu aride. 
Son cours d’hydrologie est d’ailleurs com¬ 
plete par des excursions. 

C’est au professeur Garrigou qu’est due 
la creation du premier Congres interna¬ 
tional d’hydrologie, qui eut lieu en 1886, 
et dont il fut le secretaire general, ayant 
voulu en laisser la presidence a Durand- 
Fardel, par deference pour le plus 
eminent des medecins hydrologistes de 
I’epoque. 

Depuis, il a cree le Syndicat des 
medecins hydrologues des Pyrenees, 
dont il est aujourd’hui le president 
d’honneur. 


PORTRAIT-CHARGE. 


in laboratoire 


outeilles d’ 


Ou fabrique-t-on les produits qu’on r\ 
oppose a la, CAnNINE EEFEJANCQ. t ... 


Notre usine de Romainville (Seine), a ete construite specialement et uniquement pour la fabrication de la 
Carnine Lefrancq, et toutes les prescriptions de la science moderne y sont scrupuleusement observees. 

fitablie d’abord sur 5.000 metres carres, puis sur 10.000, et actuellement sur 12.000, elk coute actuel- 
lement un million de francs. 


Extraii du Rapport du Professeur, 
Vinspection de noire Usine par le Cons 


mbre de I'Academie 
i'Hygiene Publique du 


de Medecine, charge de 
Departement de la Seine : 


« L’eau et la lumitre sont distribuees a profusion dans tous les compartiments de I’usine, qui ne laisse vrai- 
ment rien a d^sirer, tant au point de vue de I’hygiene que de la s^curit^ du personnel. 

« C’est pour ainsi dire une Usine Modile. En rSsumd, cette usine rdunissant dans son installation et dans son 
fonctionnement toutes les conditions ddsirables, nous ne voyons pas qu'il y en ait de nouvelles a lui imposer. » 

















LE CHRIST 

Reproduction par la photographie des couleurs du tableau de J. Bonnat, Petit Palais des Champs-ElysSes Paris. 







PREMIER JEUDI 



Armande, sautanl au coa de Delniat. 
— Maman! Maman! Bonjour, ma petite 
mere! Bonjour, ma petite maman! 

Delmat. — Bonjour, Mandette! Bon¬ 
jour, ma jolie I Bonjour, mon petit enfant 


clieri! (Elle la couvre de baisers). Mon petit 
Frise-Poulet! Tu es en retard! II n est rien 
arrive? Pas d’accident? 

Armande. — Bien, mere, rien du tout. 

Mmo Delmat. — Tu n’as pas eu peur toute 
seule en wagon? 

Armande. — J’etais dans le eompartiment 
des dames. 

Mra“ Delmat, examinant Armande. — Tu 
as bonne mine. Comment! tu as mis ta robe 
bleue et ton chapeau neuf, par ce vilain 
temps? 

Armande. — II ne fallait pas? J’aurais du 
mettre mon costume gris et ma vieille toque 
noire, peut-etre? 

M'"'-' Delmat. — Evidemment, ma cherie. 

Armande. — Je men doutais! Mais je ne 
sais pas, moi, tu comprends, mere; je ne 
sais pas, je n’ai pas encore rhabitude... 
(Elle hii montre ses. chaussiires). C’est 
comme pour mes bottines... J ai mis mes 
grosses, a double semellc, est-ce bien? 


La CARNINE LEFRANCQ exerce sar la composition du sang une influence mo i- 
ficatrice intense; invariablement. elle augmente sa teneur en hemoglobine et en hemahes. 
Peut-etre, convient-il de rappeler, d ce propos, que les muscles renferment eux a 
Vhemoglobine. mais une hemoglobine speciale, distincie de celle du sang. 












CHANTECLAIR 


Delmat. — Tres bien!... (Elle sou- 
live legerement le bord de la robe d'Ar- 
mande). Quel jupoii as-tu? Un jupon ouate? 
Oui! A la bonne heurel (Elle embrasse sa 
fille). Tu es un sage petit Frise-Poulet cheri 
a sa maman! 

Elle appelle Toinette. 

Toinette, entrant. — Madame! 

Mine Delmat, lui donnant le chapeau et 
le manteau d’Armande. — Tenez, emportez 
ca sur mon lit, dans ina chambre, et servez- 
nous aussitot que ce sera pret. 

Toinette. — Oui, madame. 

Elle sort. 

Mme Delmat, s'assegant d table. — Tu 
dois mourir de faim, mon tresor? 

Armande. — Nonl Je suis trop contente! 
Ca me coupe I’appetit! (Elle s'assied en 
face de sa mere et regarde autour de la 
piece). Oh! Comme c’est petit ici, maman! 
En comparaison de... 

Elle s’arrete et rougit. 

Mme Delmat, ton gene. — Pour le prix 
que je pouvais y mettre, je n’ai rien trouve 
de mieux. Mais il y a une jolie vue... Et 
puis, au printemps, le jardin est, parait-il, 
rempli de violettes. Je te montrerai le jar- 
din apres dejeuner. 

Armande, d’une ooix basse, et songeuse. 
— Au printemps, c’est encore bien loin le 
printemps. 

Elle jette un triste regard sur le del livide qui 
s’deve au-dessus des champs blafards et 
desoles. 

Mme Delmat. — Mais non, c’est dans trois 

Armande. ~ Trois mois. (Reflechissant). 
Douze jeudis!... Je n’aurai que douze jeudis 
pour te voir avant le printemps, alors? 

Elle souplre profondement et detourne la tele. 
Elle ressemble a sa mere, tres grande, tres 
developpee pour son age, elle a, comme 
M"" Delmat, de lourds cheveux nolrs, un telnt 
pale et des yeux penslfs sous des paupleres 

Mme Delmat. — Ah ! Voila le dejeuner. 
(Elle prend le plat que Toinette vient de 
poser sur la table et elle sert sa fille). Ce 
sont des oeufs brouilles aux cepes. J’ai fait 
mettre une toute petite pointe d’ail. Oh! 
presque rien, pour toi. Tiens ! 

Armande. — Merci ! (Elies mangent en 
silence pendant une minute). 

Armande. — Ils sont tres bons, ces mufs; 
Maria ne les fait pas aussi bien. 


Mme Delmat. — Maria est done toujours 
a la maison? 

Armande. — Oui, mere. 

Mme Delmat. — Je eroyais que ton pere 
devait la renvoyer. 

Armande. — II a change d’avis, ou plu- 
tot... (Elle hesite). C’est moi qui ai de- 
mande a pere de la garder. 

Mme Delmat. — Pourquoi ? 

Armande. — Parce que... Oh! mere! 
parce qu’elle t’aime bien; et que, avec elle, 
je peux parler de toi, tout le temps... C’est... 
c’est la seule personne, a present, avec qui 
je puisse parler de toi! 

Mme Delmat, pale. — Ton pere ne pro¬ 
nonce done jamais mon nom? 

Armande. — Jamais I 

Elle balsse les yeux. Long silence. Toinette 

apporte un autre plat, puls elle sort. 

Mme Delmat. — Veux-tu un peu de 
rosbeaf ? 

Armande. — Non, merci. 

Mme Delmat, doucement. — Un peu! ma 
chd’ie, je t’en prie! manges-en un peu. Je 
I’ai fait faire pour toi, tu I’adores! 

Armande. — Alors, tres, tres peu s’il te 
plait! 

Mme Delmat lul decoupe une tranche au milieu 

du rosbeaf, recouvre la tranche de jus sal- 

gnani et hn domic son assiette. Pour elle, 

les deux essalent de manger. 

Mme Delmat. — II est tendre, n’est-ce 
pas? 

Armande. — Tres tendre! On a de la 
bonne viande dans ce pays-ci. 

Mme Delmat. — Et meilleur marehe qu’a 
Paris. 

Armande — Vraiment? 

Mme Delmat. — Oui! 

Silence. 

Mme Delmat, timidement, sans regarder 
Armande. — Ainsi, Maria te parle de moi? 
Qu’est-ce qu’elle te dit? 

Armande. — Elle me dit la seule chose 
qui puisse me consoler; elle me dit que tu 
reviendras a la maison. 

Mme Delmat, le visage ponrpre. — Elle 

Armande. — Oui 1 C’est triste, a la maison, 
va! II semblequ’ilyait quelqu’un demortl... 
Je ne peux pas entrer dans ta chambre 
sans pleurer... et, a table, dans cette grande 
salle a manger, quand je vois ton petit 
tabouret en soie verte et blanche, sous ta 












Lc Profcsscur D’ARSONVAL 








CHANTECLAIR 


place, la place ou pere veut que je me mette 
a present, je laisse tomber ma serviette par 
terre, expres, pour me pencher sur ton 
petit tabouret et I’embrasser. (La voix 
pleine de larmes.) C’est vrai, ca me fait 
plaisir de I’embrasser, ton petit tabouret! 

M"" Delniat, les traits convulses, veut repon- 
dre, rnais Toinette entre, portant des le¬ 
gumes et le saladier. Cependant qu’elle fait 
le service, Ics deux lemmes se laisent. Aus- 

M'"" Delmat eclate en sanglots. 

Armande, elle se leve precipitamment et 
se jette aux genoux de sa mere. — Pardon ! 
pardon, maman! Ne pleure pas! Je t’en 
supplie! Je n’ai pas voulu te faire de la 
peine!... Maman! maman! Reponds-moi! 
(Elle essaie de liii ecarter les mains de la 
figure.) Reponds-moi! dis-moi que tu ne 
crois pas que je veuille te faire de la peine !... 
mere cherie! petite mere! mere aimee! 

Delmat. — Non !... Non, mon petit... 
Non, ce n’est pas pour cela... C’est... C’est 
autre chose! C’est... tu ne peux pas com- 
prendre... Vois-tu! Plus tard; plus tard, 
quand tu seras femme... tu me compren- 
dras... Tii me pardonneras... tu verras!... 
tu me pardonneras. La vie... la vie avec ses 
mensonges, ses hypocrisies, ses lachetes, te 
fera horreur!... Et, alors, tu te souviendras 
et... et tu pen seras : Pauvre maman! Elle 
n’a pas su, elle n’a pas pu tromper, trahir, 
elle! Elle a prefere tout quitter... Tout 
briser!... Elle... Elle a... (Elle sanglote si 
desesperement quelle ne pent pas continuer.) 

Armande. — Oui... oui! Je sais va! je 
comprends, je comprends... deja!... oui, je 
comprends !... Mais... mais... un jour... 
dans bien longtemps... lorsque tu... Lors- 


qu II... Enfin, si tu es malheureuse et si 
pere te demande de revenir a la maison, tu 
reviendras, dis ? Tu reviendras pour ta petite 
Mandette! pour ton petit Frise-Poulet ch&i? 

M™e Delmat, etreignant sa fille dans ses 
bras. — Ma petite fille! 

Armande. — Oui, ta petite fille, a toi! 
qui s’ennuie tant de sa maman! Songe, 
mere! Une fois par semaine! Te voir une 
fois par semaine, le jeudi, seulement! Je 
t’assure, cherie, que ce n’est pas assez! 
Quand pere m’a dit : (( Tu iras chez ta 
mere tous les jeudis », j’ai repondu : 
« Pere, ce n’est pas assez ! » 

Toinette, entrant brusquement. — Voila 
la tarte pour mademoiselle. 

Armande se releve tres vite et se rassied a sa 
place. M"' Delmat aussi, tache de se faire une 

M™^ Delmat, a Toinette. — Malheureu- 
sement, mademoiselle n’a plus faim. 

Armande. — C’est toi qui as fait cette 
tarte, maman? 

Mine Delmat. — Oui, j’espO’ais que tu 
en mangerais volontiers... et... 

Armande. — Donne-m’en un petit mor- 
ceau. (Elle tend sou assiette.) J’emporterai le 
reste, si tu veux, ce soir, quandje m’en irai... 

Mmo Delmat. — Mais, ce soir, tu dines 
avec moi, mon mignon, n’est-ce pas? 

Armande. — Non! (Elle attend que Toi¬ 
nette soit sortie.) Pere a dit que, pour ce 
premier jeudi, je dejeunerais seulement. II 
viendra me chercher a la gare de I’Est, a 
six heures. 

Mrai^ Delmat, courbant la tete. — Ah!... 

J. Marni. 

00 





















CHANTECLAIR 


PERFIDE ALBION 

Au xve siede, Alain Chartier ^crivit « la 
Ballade de Fougiferes que les Anglois, anciens 
ennemis de France, prindrent (1448) pendant 
et durant les treves comme parjures ». Aprfes 
avoir d6bute par ces vers : 

Angloys, Angloys, chastiez-vous 
De I’ung promettre et I'autre faire ! 
le poete poursuit en stigmatisant la mauvaise 
foi des Anglais : 

Mais ceux qui coutuniiers vous voient 
D'essaier a chacun trahir 
Sont provoquSs a vous hair, 

En priant Dieu qu’il vous punisse. 

Toujours vous voulez fourvoier 
Faisant ce qu’oncques preux ne fist. 


Jamais homme saige ne simpie 

S’il ne veut estre d’une guimple 
Affubld par vostre barat. 

De Carthage ayez en mdmoire 
Et de Troye la punicion. 


Done, on suspectait dej4, 11 y a prfes de 
500 ans, la bonne foi de nos voisins. 

(Intermediaire des Chercheurs et Curieux) 



MOUCHARABIEH 
Le Caire. 


I CARMINE LEFRANCQ, doni 


uand on considere les moyens d’w 
ns, ses dix annees d'experience; qaand on salt ga’eue a un aoattoir. une usine qui u . 

s laguelle toutes les prescriptions de la science moderne sont scrapaleasement obi 

PEUT-ON RAISONNABLEMENT LUI PREFERER UN PRODUIT SIMILAIRE 


O 


o 


« GOD SAVE THE KING » 


Sait-on que ce chant national de nos 
amis d’Outre-Manche fut tout simplemen't 
emprunte i la France. 

En effet, chaque fois que Louis XIV en- 
trait dans la Chapelle de Saint-Cyr, tout le 
choeur des nobles pensionnaires chantait ce 
motet, dont les paroles etaient de la Supe- 
rieure, et la musique, de Lulli : 

Grand Dieu, sauvez le Roi; 

Grand Dieu, vengez le Roi; 

Vive le Roi! 

Que, toujours glorieux, 

Louis victorieux, 

Voie a ses pieds ses ennemis 
Toujours soumis ! 

. Hffindel, visitant Saint-Cyr, entendit cet 
air et fut enthousiasme par I’effet majes- 
tueux et puissant de sa tres simple orches¬ 
tration. II demanda la permission de le 
copier et I’offrit a Georges pr de Hanovre, 
qui lui servit une genereuse pension. 















CHANTECLAIR 



LA CONVERSATION 


Le ton de la bonne conversation est coulant 
et naturel; il n’est ni pesant, ni frivole; il est 
savant sans pedanterie, gai sans tumnlte, poll 
sans affectation, galant sans fadeur, badin sans 
equivoque. Ce ne sont ni des dissertations, ni 
des epigrammes; on y raisonne sans argumenter; 
on y plaisante sans jeux de mots; on y associe 
avec art I’esprit et la raison, les maximes et 
les saillies, I’ingeniense raillerie et la morale 
austere. On y parle de tout, pour que chacun 
ait quelque chose a dire; on n’approfondit 
pas les questions, de peur d’ennuyer; on les 
propose comme en passant, on les traite avec 
rapidite; la precision mene a I’elegance; chacun 
dit son avis et I’appuie en peu de mots; nul 
n’attaque avec chaleur cclui d’autrui, nul ne 
defend opiniatrement le sien. On dispute pour 
s’eclairer; on s’arrete avec la dispute, chacun 
s’instruit, chacun s’amuse, tons s’en vont contents; 
et le sage meme pent rapporter de ces instructions 
des sujets dignes d’etre medites en silence. 

J.-J. Rousseau. 



J’ordonne journellement la Carnine Lefrancq et j’obtiens 
parfois de beaux resultats, tel par example un nourrisson 
de 4 mois, qui ne supportait plus rien et qui a pris quatre 
livres depuis deux mois, ou plutot est ressuscite. 

Docteur Archambault, Langeais (Indre-et-Loire). 


J’ai toujours d’excellents resultats de I’emploi de 
la Carnine Lefrancq, que je prescris tres frdquemment 
4 la suite de i’ablation des vegetations addnoides et 
des amygdales. Les enfants la prennent avec plaisir 
et s’en trouvent fort bien. 

Docteur Le Couteur, 

Brest (Finisttre). 


J’ai obtenu, avec la Carnine Lefrancq, des services 
importants, surtout dans le traitement de la gastro-entdrite 
des nourrissons. 

Docteur Gaudin, Roche-la-Molitre (Loire). 


CARNINE LEFRANCQ: Depot General: ETABLI88EMENT8 FUMODZE, 78,Faubourg8aint-Denls, PARIS 











CHANTECLAIR 


Le Professeur D’ARSONVAL 


Arsene d’Arsonval est ne le 8 juin 1851 4 La 
Borie (Haute-Vienne). Ses etudes classiques, com- 
mencees au college de Limoges, out ete termi- 
nees au college Sainte-Barbe, 4 Paris. 

En 1872, 11 commeufait 4 Limoges ses etudes 
de mddecine, qu’il venait finir 4 Paris, ou 11 pas- 
sait sa these, en 1877. Ce travail, oil le jeune 
docteur exposait des Recherches theoriqaes et 
expMmentales sur le rdle de I'ilasticiti pul- 
monaire, tut couronne par la Faculte. 

Chef du Laboratoire de Physique bio- 
logique 4 I’ficole pratique des Hautes 
Etudes (creation de Paul Bert), en 
1882; puis, en 1887, professeur 
suppleant 4 la Chaire de medecine 
du College de France, le docteur 
d’Arsonval devenait, en 1894, 4 la 
mort de Brown-Sequart, titulaire 
de cette Chaire. La meme annde, il 
heritait egalement du si4ge de I’il- 
lustre physiologiste 4 I’Academie des 
Sciences. Entre temps, en 1883, il avait dte 
membre de I’Academie de Medecine en rempla- 
cement de Giraud-Teulon. 

L’oeuvre du professeur d’Arsonval, tres consi¬ 
derable, se trouve un peu eparse, sous forme de 
memoires, dans les comptes rendus de I’Academie 
des Sciences, de la Societe de Biologie, de la 
Societe de Physique et dans divers organes spe- 
ciaux. Cette oeuvre est caractdrisee par I’applica- 
tion des methodes de physique aux etudes biolo- 
giques et physiologiques. 


Pour resoudre les probRmes dont il cherchait 
la solution, M. d’Arsonval a du inventer de trds 
nombreux instruments et appareils, qui se font 
tons remarquer par une ingeniosite tr4s elegante, 
et une rare perfection au point de vue theorique. 
Malheureusement, leur manipulation un peu deli¬ 
cate ne leur a pas toujours permis de se repandre 
dans le domaine de la pratique. 

Rappelons que, sous la denomination de Ca- 
racteristique d’excitation de d’Arsonval. 
designe la courbe graphique engen- 
dree par les contractions muscu- 
laires que determinent les diverses 
varietes de courants electriques 
appliquds au niveau des muscles 
des nerfs. La machine dynamo 
de d’Arsonval est une modification 
de la machine magneto en usage 
actuellement pour la production des 
courants sinusoidaux. 

Le savant biologiste est surtout connu, 
dans le public medical, par I’application des courants 
de haute frequence au traitement de quelques 
maladies. Cette application, connue sous le nom 
de Darsonvalisation, se fait surtout en vue d’ob- 
tenir la diminution de la pression sanguine chez 
les hypertendus. C’est 14, en effet, un rdsultat 
tout 4 fait surprenant de Faction des courants en 
question sur I’organisme humain. 

Le professeur d’Arsonval a obtenu, en 1882, le 
prix Monthyon pour la physique experimentale. 
11 est Commandeur de la Ldgion d’Honneur. 



PORTRAIT-CHARGE. — Les foudres que manie le Jupiter moderne (de I’Acaddmie des Sciences) sont des 
foudres bienfaisantes ; et I’eiectricitd qu’il dispense aux malheureux patients, dont les muscles se contractent sous le 
passage du courant, est une dlectricitd thSrapeutique. Le serpent d’Esculape en garantit la nature. 
























CHANTECLAIR 



On conteste souvent — et avec raison — 
la reconnaissance du malade envers son medecin, 
mais elle ne manque jamais de se produire 
lorsque celui-ci lui ordonne ia 

CARNINE LEFRANCQ 

parce que ses effets sont immediats et durables, 


Lesresultatsque j'obtiens avec la Carnine Lefrancg 
sont incomparables ; je la prescris souvent comme 

dont les malades sont toujours 
reconnaissants aux mMecins, 

Dr J.-J. JosS Domingo, Barcelone (Espagne). 


Jugement de Napoleon h'' sur Diderot 

« Diderot est le coryphee des philosophes et de 
I’encyclopedie. Sa pi^ce, le Pere de Famllle, mi- 
rite les plus grandes critiques. Tout y est faux et 
□ ridicule. A quoi bon parler a un insense dans le 
fort de ia fifevre ebaude? Ce sont des remedes 
qu’il lui faut, de grandes mesures, et non des 
arguments. Qui ne sait que la seule victoire contre 
Tamour, e’est la fuite? 

« Mentor, quand 11 veut garantir Telemaque, le 
precipite dans la mer. Ulysse, quand il veut se 
preserver des sirenes, se fait tier, apres avoir 
bouche avec de la cire les oreilles de ses com- 
'' pagnons. > 

















SALVETTE ET BERNADOU 


CINQUIEME ANNEE 

N" 72 

d£CEMBRE 1910 ( 2) 


C’est la veille de Nofl, dans une grosse 
ville de Baviere. Par les rues blanches de 
neige, dans la confusion du brouillard, le 
bruit des voitiires et des cloches, la foule 
se presse, joyeuse, aux rotisseries en plein 
vent, aux baraques, aux etalages. Frolant 
avec un bruissement leger les boutiques 
enrubannees et fleuries, des branches de 
houx vert, des sapins entiers charges de 
pendeloques passent portes a bras, domi¬ 
nant toutes les tetes, comme une ombre 
des forets de Thuringe, un souvenir de na¬ 
ture dans la vie factice de I’hiver. Le jour 
tombe. La-bas, derriere les jardins de la 
Residence, on voit encore une lueur de so- 
leil couchant, toute rouge a travers la brume, 
et il y a par la ville une telle gaiete, tant de 
preparatifs de fete que chaque lumiere qui 
s’allume aux vitres semble pendre a un 
arbre de Noel. C’est qn’aujourd’hui n’est 
pas un Noel ordinaire I Nous sommes en 
fan de grace mil huit cent soixante-dix, et 


la naissance du Christ n’est qu’un pretexte 
de plus pour boire a I’illustre Von der Than 
et celebrer le triomphe des guerriers bava- 
rois. Noel! Noel! les juifs de la ville basse 
eux-memes sont en liesse. Voila le vieil 
Argustus Cahn qui tourne en courant le 
coin d la Grappe bleue. Jamais ses yeux 
de furet n’ont relui comme ce soir. Jamais 
sa petite quouette en broussaille n’a fretille 
si allegrement. Dans sa manche usee aux 
cordes des besaces est passe un honnete 
petit panier, plein jusqu’aux bords, convert 
d’une serviette bise, avec le goulot d une 
bouteille et une branche de boux qui de- 
passent. 

Que diable le vieil usurier compte-t-il 
faire de tout cela? Est-ce qu il'feterait Noel, 
lui aussi? Aurait-il reuni ses amis, sa fa- 
mille, pour boire a la patrie allemande ?... 
Mais non. Tout le monde sait bien que le 
vieux Cahn n’a pas de patrie. Son Vater- 
land a lui, c’est son coffre-fort. II n a pas 
de famille non plus, pas d’amis; rien que 



Aseptique et non Toxique, la Carnine Lefrancg n'altere pas les dements anatomiques, ai 
contact desquels elle est placee; en mobilisant les lymphocytes et les macrophages, 
elle active les defenses cellulaires de I'organisme e 













CMANTECLAIR 


des creanciers. Ses fils, ses associes plutot, 
sont partis depuis trois mois avec I’annee. 
Ils trafiquent la-bas derriere les fourgons 
de la landwehr, vendant de I’eau-de-vie, 
achetant des peudules, et, les soirs de ba- 
taille, s’en allant retourner les poches des 
morts, eventrer les sacs tombes aux fosses 
des routes. Trop vieux pour suivre ses 
enfants, le pere Cahn est reste en Baviere, 
et il y fait des affaires magnifiques avec les 
prisonniers francais. Toujours a roder au- 
tour des baraquements, c’est lui qui rachete 
les montres, les aiguillettes, les medailles, 
les bons sur la poste. On le voit se glisser 
dans les hopitaux, dans les ambulances. II 
s’approche du lit des blesses, et leur de- 
mande tout bas en son hideux baragouin : 

« Afez-vus giidgue josse a feiitre ? » 

Et tenez ! en ce moment meme, si vous 
le voyez trotter si vite avec son panier sous 
le bras, c’est que I’hopital militaire ferme a 
cinq heures, et qu’il y a deux Francais qui 
I’attendent la-haut, dans cette grande mai- 
son noire aux feuetres grillees et rtroites, 
oil Noel n’a, pour eclairer sa veillee, que 
les pales lumieres qui gardent le chevet des 
mourants... 

II 

Ces deux Francais s’appellent Salvette et 
Bernadou. Ce sont deux chasseurs a pied, 
deux Provencaux du meme village, enroles 
au meme bataillon et blesses par le meme 
obus. Seulement Salvette avait la vie plus 
dure, et deja il commence a se lever, a faire 
quelques pas de son lit a la fenetre. 
Bernadou, lui, ne veut pas guerir. Dans 
les rideaux blafards de son lit d’hospice, sa 
figure parait plus maigre, plus languissante 
de jour en jour; et quand il parle du pays, 
du retour, c’est avec ce sourire triste des 
malades, ou il y a bien plus de resignation 
que d’esperance. Aujourd’hui, cependant, 
il s’est anime un peu, en pensant a cette 
belle fete de Noel qui, dans nos campagnes 
de Pi'ovence, ressemble a un grand feu de 
joie allume au milieu de I’hiver, en se rap- 
pelant les sorties des messes de minuit, 
I’eglise paree et lumineuse, les rues du 
village toutes noires, pleines de monde, 
puis la longue veillee autour de la table, 
les trois flambeaux traditionnels, I’a'ioli, les 
escargots et la jolie ceremonie du cacho fio, 
(buche de Noel) que le grand-pere promene 
autour de la maison et arrose avec du vin 

« Ah! mon pauvre Salvette, quel triste 
Noel nous allons faire cette anneel... Si 


seulement on avait eu de quoi se payer un 
petit pain blanc et une Hole de vin clairet!... 

m’aurait fait plaisir avant de passer 
I’arme a gauche, d’arroser encore une fois 
le cacho fio avec toi... » 

Et en parlant de pain blanc et de vin 
clairet, le malade a ses yeux qui brillciit. 
Mais comment faire? Ils n’ont plus rien, 
les malheureux, ni argent, ni montre. 
Salvette garde bien encore dans la doublure 
de sa veste un bon de poste de quarante 
francs. Seulement c’est pour le jour ou ils 
seront fibres, et la premiere halte qu’on 
fera dans une auberge de France. Get ar¬ 
gent-la est sacre. Pas moyen d’y toucher... 
Pourtant ce pauvre Bernadou est si malade 1 
Qui salt s’il pourra jamais se reraettre en 
i-oute pour retourner la-bas? Et puisque 
voila un beau Noel qu’on pent encore feter 
ensemble, est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux 
en profiler? 

Alors, sans rien dire a son pays, Salvette 
a decousu sa tunique pour prendre le hon 
de poste, et quand le vieux Cahn est venu 
comme tons les matins faire sa tournfe dans 
les salles, apres de longs debats, des dis¬ 
cussions a voix basse, il lui a glisse dans la 
main ce carre de papier, raide et jauni, 
sentant la poudre et tache de sang. Depuis 
ce moment, Salvette a pris un air de mys- 
tere. Il se frotte les mains et rit tout seul 
en regar-dant Bei'nadou. Et maintenant que 
le jour tombe, il est la a guetter, le front 
colle aux vitres, jusqu’a ce qu’il ait vu, 
dans le brouillard de la place deserte, le 
vieil Argustus Cahn tout essouffle, qui 
arrive, un petit panier au bras. 

Ill 

Ce minuit solennel, qui sonne a tons les 
clochers de la ville, tombe lugubremeut 
dans la nuit blanche des malades. La salle 
d’hospice est silencieuse, eclairee seulement 
par les veilleuses suspendues au plafond. 
De grandes ombres errantes flottent sur 
les fits, les murs nus, avec un balancement 
perprtuel qui semble la I'espiration oppres- 
see de tons les gens rtendus la. Par mo¬ 
ment, il y a des reves qui parlent haut, des 
cauchemars qui gemissent, pendant que de 
la rue montent un murmure vague, des 
pas, des voix, confondus dans la nuit so- 
nore et froide comme sous un porche de 
cathedrale. On sent la hate recueillie, le 
mystere d’une fete religieuse traversant 
I’heure du sommeil et mettant dans la ville 
eteinte la lueur sourde des lanternes et 
I’embrasement des vitraux d’egllse. 







Lc Profcsseur Martinez, VARGAZ 

de rUniversite de Barcelone 



CHANTECLAIR 


— « Est-ce que tu dors, Bernadou?... )) 

Tout doucement, sur la petite table, pres 

du lit de son ami, Salvette a pose une bou- 
teille de vin de Lunel, un pain rond, un 
joli pain de Noel ou la branche de houx est 
plantee toute droite. Le blesse ouvre ses 
yeux cernes de fievre. A la lumiere indecise 
des veilleuses et sous le reflet blanc des 
grands toits ou la lune s’eblouit dans la 
neige, ce Noel improvise lui semble fantas- 
tique. — « Aliens, reveille-toi, pays... II ne 
sera pas dit que deux Provencaux auront 
laisse passer le reveillon, sans I’arroser d’nn 
coup de clairette... » Et Salvette le redresse 
avec des soins de mere. II emplit les gobe- 
lets, coupe le pain; et Ton trinque, et Ton 
parle de la Provence. Peu a peu Bernadou 
s’anime, s’attendrit. Le vin blanc, les sou¬ 
venirs... Avec cette enfance que les malades 
retrouvent au fond de leur faiblesse, il de- 
mande a Salvette de lui chanter un Noel 
provencal. Le camarade ne demande pas 
mieux : « Voyons, lequel veux-tu ? Celui 
de I'Hote ? ou les Trois Rois ? ou Saint 
Joseph in’a dit ? 

— « Non j’aime mieux les Bergers. C'est 
celui que nous chantions toujours a la mai- 


— Va pour les Bergers ! A demi-voix, la 
tete dans les rideaux, Salvette commence a 
fredonner. Tout a coup, au dernier couplet, 
quand les patres, venant voir Jesus dans 
son etable, ont depose sur la creche leur 
ofFrande d’oeufs frais et de fromageons et 
que, les congediant d’un air affable, 

Joseph leur dit : Allons ! soyez bien sages, 
Tournez-vous-en et faites bon voyage. 



voila le pauvre Bernadou qui glisse et re- 
tombe lourdement sur I’oreiller. Son caraa- 
rade, pensant qu’il s’endort, I’appelle, le 
secoue. Mais le blesse reste immobile, et la 
petite branche de houx, en travel’s sur le 
drap rigide, semble deja la palme verte que 
Ton met au chevet des morts. 

Salvette a compris. Alors, tout pleurant, 
un peu ivre de la fete et d’une si grande 
douleur, il reprend a pleine voix, dans le 
silence du dortoir, le joj'eux refrain de 
Provence : 

Bergers, 

Prenez votre conge. 

Alphonse Daudet. 



Malgre les agrandissements successifs 
de notre Usine de ROMAINVILLE, 
celle-ci n’arrive que peniblement a 
repondre aux ordres qui nous par- 
viennent, et c’est pour cela que nous 
venons d’installer une fabrication 


a BARCELONE 

Calle de Bailen, 127 

pour satisfaire aux demandes chaque 
jour plus considerables de I’Espagne. 


CARNINE LEFRANCQ : capital de 2.000.000 de francs. — Usine sur 12.000 metres cartes 

5e vend couramment dans les cinq parties du monde. 














CHANTECLAIR 


PE©TESTAT1]@N 


Dans le compte-rendu de la derniere reunion du Syndicat Mddical de I’flrrondisse- 
ment d’Orldans, le Rapporteur a dit : 

, Parmi les specialites pharmaceutiques, ou meme 
„ cosmetiques, le Sue de Viande qui fait concurrence 
, a la Carnine Lefrancq, cette derniere patronnee 
„ aussi par une Societe de mime nature que la 

, Societe exploitant ce Sue. . 


dicat Mddical de I’flrron- 
dissement d’Orl6ans nous 
a adress6 la lettre sui¬ 


te g^rant de la Carnine Lefrancq, M. le Docteur Fumouze ayant, par lettre, 
energiquement proteste et donnd le dementi le plus formel a cette assertion, 

. le President du Syn- 

« J’ai communique voire lettre au Rapporteur. 

« Celui-ci m’a dit tenir ces renseignements du 
Syndicat des Pharmaciens d’Orleans. 

« Je me suis adresse a celui d’entre eux qui les 
avail fournis, it n’avait lui-meme ces indications 
que de seconde main et a ecrit au collegue qui les 
lui avail procures. 

« II resulte de cette enquMe, que e’est par deduc¬ 
tion et sans preuves que Von a affirme au Rappor¬ 
teur votre entente avec une Societe Medicale. 

« Votre reclamation est done justifiee et j’en ferai 
part a mes collegues lors de notre prochaine 
Reunion. 

« Une rectification sera fade au proces-verbal 
de la Seance. » 


Notre succes considerable, et sans un seul precedent dans le commerce de la 
Pharmacie, paralt anormal a beaucoup de gens qui tentent de I’expliquer en alteguant 
que nous sommes affilies a certaines sociStes rnddicales. 

C’est vouloir nous retirer le merite de tous nos efforts et ignorer la valeur th6rapeu- 
tique vraiment remarquable de la Carnine Lefrancq. 

C’est oublier que, sur notre capital de deux millions, nous avons consacre un million 
& notre Usine de Romainville; que, depuis plus de 10 ans, nous n’avons recute devant 
aucun sacrifice pour amdiiorer sans cesse notre fabrication qui a attaint aujourd’hui a 
la perfection. 

Mais MM. les MSdecins savent tout cela ; ils savent que la Carnine Lefrancq est une 
preparation foncierement honngte et nous savons, nous, que beaucoup d’entre eux la 
prescrivent quoique faisant partie d’un groupement quelconque. 

On nous reproche notre prix dlevd mais nous sommes certains que la Carnine, 
sue concentre, est beaucoup moins chere que la plupart des produits qu’on lui r' 
oppose, et puis. oil, comment et avec qiioi fabrique-t-on ces produits * 











INNOCUITE 


GOUT 

TRES AGREABLE 


DIX FOIS PLUS 

ACTIVE QUE 


Je suis heureux de vous signaler le □ 
beau succes que je viens d’avoir, en 
obtenant par la Carnine Lefrancq, la 
Resurrection dans toute Tacception du 
mot, d’un pauvre bebS de 26 mois, ter- 
rasse par une crise suraigue de diarrhee 
choleriforme. L’enfant a tres bien accepte 
votre delicieuse preparation, ce qui nous 
a fait le plus vit plaisir, car il refusait 
systematiquement toute chose. 

Docteur Georges Coupry, 

Bernay (Eure). 


Un bebe de ma famille, ige de 5 mois, 
deperissait a vue d’oeil et ne pouvait suppor¬ 
ter le lait pur; j’ai eu Tidde d’essayer de me- 
ler a son lait coupe la valeur d’une cuilleree 
a cafe de Carnine Lefrancq par 24 heures. 
Depuis lors, il augmente regulierement de 
12 a 13 gr. par jour. J’avais fait cet essai 
comme derniere ressource. Devant les bons 
effets produits par cette excellente prepara¬ 
tion, je vous prierais de m’en envoyer un 
Docteur Decourtieux, 

Punchy (Somme). 


D6p6t G6n6ral : ETABLISSEMENTS FUMOUZE, 78, Faubourg Saint-Denis, Paris 
































CHANTECLAIR 


Le Professeur Martinez VARGAZ 

de rUniversite de Barcelone 


Don Andres Martinez Vargaz est ne a Barbasto, province de Huesca, en 1861. 

Apres de brillantes etudes medicales fades a I’Universite de Saragosse, etudes qu’il 
couronnait par la soutenance d’une these tres remarquee, le docteur Martinez Vargaz aait 
nomme medecin des Hopitaux a Madrid, en 1884, puis en 1888 professeur a I’Universite de 
Grenade, on il obtenait la chaire des Maladies de I’enfance. En 1892, il passait a I’Universite 
de Barcelone. 

Le professeur Martinez Vargaz s’est entierement consacre a la medecine des enfants. 
En 1892, il combattait la theorie de Landouzy et sontenait que 
les pleuresies purulentes ne sont pas tuberculeuses et qne leur 
guerison, par le traitement chirurgical, est d’autant mieux 
assure qu’elles sont plus franchement purulentes. En 
1895, il montrait la neeessite de supprimer, apres la 
resection des cotes, les irrigations pleurales comme etant 
capables de compromettre la guerison. Plus tard, il 
attirait I’attention sur I’bj’pothermie dans la grippe, 
comme signe diagnostique. 

A son autorite de clinicien et a son habilete 
d’operateur tres expert en chirurgie infantile, le 
docteur Martinez Vargaz joint la renommee d’etre 
un ecrivain specialiste tres recherche. Il a redige le 
chapitre (( Myosites aigues » dans le Traite des 
maladies de Venfance, de Grancher et Comby; il a 
ecrit deux articles anglais et un article espagnol dans 
I’ouvrage : Festschrift in Honor of A, Jacobi (New- 
York, 1900), et aussi un chapitre du livre : In Honor of 
Nicholas Senn (Chicago, 1907). Citons encore plusieurs 
articles parus dans Monatschrift fur Kinderheilkunde, dans 
les Annales de medecine et de chirurgie infanliles, etc. Le 
professeur Martinez Vargaz park, en effet, presque toutes les 
langues vivantes. Son role dans les Congres a ete tres actif, et il fut president d’bonneur de 
presque tons les Congres internationaux de pediatric, de gouttes de lait, d’hygiene scolaire, etc. 

Directeur de la Medicina de los Nihos, I’unique journal consacre en Espagne aux 
maladies de I’enfance, il est en outre collaborateur de revues scientifiques anglaises, alle- 
mandes et francaises. 

On doit a son initiative la fondation de deux dispensaires pour les maladies de I’enfance, 
I’un a Grenade, en 1888, et I’autre a Barcelone, en 1892; on lui doit encore I’organisation de 
I’enseignement de I’hygiene dans les lycees de garcons et de lilies et dans les principales 
ecoles (1900). 

Le professeur Martinez Vargaz est membre de I’Academie royale de medecine depuis 
1893, membre d’honneur de la Soeiete de pediatrie de Moscou et membre correspondant de 
la Soeiete de pediatrie de Paris. 



PORTRAIT-CHARGE. — Grand pontife dc la medecine infantUe, entoure de ses oeuvres et la plume a la 
de Grenade et de Barcelone. 

0 - -^ =o.=i _ . — O 

JE M’EN MOQUE COMME DE L’AN QUARANTE 


Au xie sifecle, une opinion universellement repan- 
due etait que la fin du monde devait arriver en I’an 
1040. La peur avait gagne tons les esprits, on faisait 
penitence, se detachant des biens de la terre pour 
obtenir la remission des peches. Mais I’epoque 
redoutable arriva sans amener aucune perturbation, 


aussi une evolution se fit aussitot. Ne craignant plus 
la disparition de la soeiete, la date tatidique etant 
passee, on prit I’habitude de se servir de I’expres- 
sion «]e m’en moque comme de fan quarante I » 
chaque fois qu’on ^prouvait de I’indifldrence pour 
une menace quelconque qui devait rester sans effet.